LE CAS «PALIPEHUTU».
Par le
MEPROBA (Mouvements des Etudiants Progressiste Barundi) - 1989
TABLE
DES MATIERES
1.
PARTI RESPONSABLE OU ALIBI ?
2. LA BATAILLE DES «MAJORITES»
3. EVEIL OU AVEUGLEMENT ?
4. UN COURANT NOUVEAU ?
5. LES AVATARS DE «LA PROPORTIONNELLE».
Notes et références
:
| retour au sommet
1. PARTI RESPONSABLE OU ALIBI ?
Pour le Collège professoral, le PALIPEHUTU (Parti de libération du
peuple hutu) n'a aucune bonne raison d'être. Ce parti, estime le
Collège, tente de légitimer son idéologie tribale en affirmant que
«les Hutu, dans leur ensemble, ne se reconnaissent pas, ne se sont
jamais reconnus dans les institutions et rouages mis en place
jusqu'ici par les différents régimes qu'a connus le Burundi» (1).
D'éminentes personnalités du PALIPEHUTU se sont exprimées
plusieurs fois dans ce sens. Mais «leur excuse ne tient pas. Elle
est dénuée de toute objectivité, et même tout à fait mensongère.
Nous allons en donner la preuve», promet le Collège, "en évoquant
une date capitale de l'histoire du Burundi moderne : 1965" (1).
Malheureusement, les souvenirs historiques du Collège sur l'année
1965 se limitent aux contre-vérités déjà stigmatisées : les Hutu
avaient tout le pouvoir, etc., etc. A aucun moment on ne prouve
que les Hutu, dans leur ensemble, se reconnaissaient dans les
institutions de l'époque. Le PALIPEHUTU a été créé du reste en
avril 1980. Pour établir l'illégitimité de ce parti, il faut donc
démontrer que depuis la fin de l'année 1979 (au plus tard) le
Burundi a des institutions glorifiées par l'ensemble des Hutu. Le
Collège n'aurait pas capitulé devant cette mission s'il ne l'avait
pas jugée impossible.
Le péché originel du PALIPEHUTU consiste (pour le Collège) en ce
que le parti recrute dans la seule tribu hutu et s'affirme comme
un mouvement de libération d'un peuple hutu (2). «La dénomination
même de PALIPEHUTU l'atteste : aucune place n'y est faite au
Tutsi, quand bien même celui-ci vivrait dans les mêmes conditions
socio-économiques que son frère hutu, se sentirait lié au même
sort, mangerait à la même table ou boirait à la même coupe» (3).
Voilà dans quelles bassesses les agents du régime burundais sont
tombés. On juge un parti, non pas d'après sa politique, mais
d'après l'origine tribale de ses membres !
Le PALIPEHUTU veut libérer les Hutu ? Si ceux-ci sont opprimés
l'entreprise n'est que louable, et il faut blâmer tout Burundais,
Tutsi ou non, qui ne se sent pas concerné par cette tâche, car il
contribue d'une manière ou d'une autre à l'oppression des Hutu. Le
PALIPEHUTU refuse-t-il de libérer aussi les Tutsi, même ceux
d'entre eux qui sont défavorisés ? N'ayant ni le droit ni les
moyens de l'y contraindre, les citoyens qui déplorent cette
carence n'ont qu'à y remédier en s'occupant eux-mêmes des opprimés
négligés par le parti. Celui-ci ferme-t-il ses portes à des Tutsi
pourtant désireux de libérer les Hutu ? Tant pis pour lui : avec
ou sans l'aîde du PALIPEHUTU, les Tutsi honnêtes trouveront bien
un moyen de secourir les Hutu opprimés.
A propos de l'appellation «PALIPEHUTU», on peut discuter longtemps
pour savoir si les Hutu du Burundi constituent un peuple, une
ethnie ou une tribu. Du moment qu'on accorde le même statut aux
groupes tutsi et twa, les bases d'un dialogue utile restent sauves. Encore
faut-il, enchaine le Collège, que le PALIPEHUTU
cesse de crier à l'apartheid tutsi sur les Hutu (2). En effet,
«qu'est-ce que l'apartheid ? La volonté déclarée d'instaurer un
système politique uniquement basé sur l'ethnie (fût-elle
majoritaire) et excluant les autres composantes de la société, ou
celle de chercher à tout prix l'unité du pays et de faire
prévaloir le projet politique sur l'appartenance ethnique» (2) ?
La volonté d'instaurer un système basé sur une ethnie et excluant
toutes les autres ethnies du pays sent fort l'apartheid. Si les
affirmations du Collège professoral sont exactes, le dessein
avancé par le PALIPEHUTU est
l'instauration d'un
apartheid hutu.
Mais le projet politique qui est en cours de réalisation au
Burundi, et qui n'est pas du tout l'oeuvre du PALIPEHUTU, fait
prévaloir lui aussi l'appartenance ethnique.
«Dans les centres à grande concentration démographique, certains
quartiers commencent à être ethniquement exclusifs. on constate
une injustice délibérée dans la distribution des
fonctions et
des
postes de responsabilité, à la faveur de l'ethnie tutsi. La
Sécurité de l'Etat se présente comme la sécurité des Tutsi contre
les Hutu. Les écoles secondaires en général et les cycles longs en
particulier sont concentrés dans les régions et villes à
prédominance ethnique tutsi. Le déséquilibre ethnique des
effectifs des élèves et des étudiants est manifeste. Il est la
conséquence du système d'identification ethnique des candidats au
concours national de la sixième année. Les Hutu sont presque
totalement exclus de l'armée. Chaque fois que des Hutu sont
ensemble, ils sont toujours suspectés de comploter quelque chose comme s'ils n'avaient pas le droit de se rassembler et de se
fréquenter» (4).
Voilà le témoignage d'un Tutsi sur la situation qui régnait au
Burundi en mai-juillet 1988. Seuls des Tutsi tribalistes peuvent
regretter que cet apartheid tutsi déjà existant soit décrié par
les Hutu, et/ou ne pas comprendre qu'il suscite chez ces derniers
l'envie d'instaurer un apartheid hutu.
Quel système est le meilleur : l'apartheid des Tutsi ou celui des
Hutu ? Le Tutsi dirigeant ou bien placé répond que l'apartheid
hutu serait une catastrophe, le Hutu opprimé ou exilé par les
Tutsi tribalistes estime que l'apartheid tutsi est un crime contre
l'Humanité. A nos yeux, les 2 systèmes sont nuisibles pour le
Burundi et l'Humanité. Mais dans les tribulations actuelles du
peuple burundais, l'apartheid tutsi porte la plus grande
responsabilité, d'autant qu'il est la source objective du rêve
d'un «apartheid hutu».
D'après le PALIPEHUTU, souligne avec indignation le Collège, «les
Hutu ne seraient que des victimes et n'ont aucune responsabilité
dans la situation qui prévaut dans le pays, tandis que les Tutsi
sont les bourreaux et les responsables de tous les maux dont
souffre le pays» (5). Cette propagande est l'exacte réplique de la
thèse des membres du Collège (et des Tutsi tribalistes qui les ont
éduqués et recrutés) selon laquelle tout le mal vient des Hutu
(6). Quelques-uns de ces Tutsi ont poussé l'impudence et
l'arrogance jusqu'à écrire que «sous les régimes qu'on les accuse
de dominer, les Tutsi ont fait la preuve qu'ils n'entendaient pas
nuire à leurs concitoyens hutu. En dehors des troubles que ces
derniers ont toujours provoqué les premiers, les populations de
cette ethnie (hutu) n'ont jamais fait l'objet ni de sévices, ni
d'atteintes à leur sécurité, ni de traitements socialement
discriminatoires» (7).
La vérité objective se situe quelque part entre la position des
uns et celle des autres. Le PALIPEHUTU nous semble en être moins
éloigné que ses contradicteurs tutsi sur les faits survenus au
Burundi depuis l'indépendance de ce pays en juillet 1962.
Au sujet des événements de Marangara et de Ntega proprement dits,
le PALIPEHUTU est accusé d'avoir poussé les populations hutu à
l'insurrection. Le gouvernement burundais prétend que les
activistes du PALIPEHUTU ont agi «en exacerbant chez une partie de
la population d'ethnie hutu des sentiments de haine et de
vengeance mêlés de peur et de suspicion envers leurs voisins de
l'ethnie tutsi. Cette idéologie a été régulièrement distillée à la
population visée, dans une série de réunions subversives appuyées
par des tracts» (8) qui incitaient les gens à la haine ethnique
généralisée (9), au dénigrement du pouvoir et des institutions du
pays (10), à la violence et aux massacres (11).
D'après cette révélation, le PALIPEHUTU n'a pas inculqué à ses
cibles un état d'esprit nouveau ; il a «exarcerbé» lletat d'âme
existant chez les Hutu : des sentiments de haine, de vengeance, de
peur et de suspicion envers les Tutsi. La suspicion et la peur
peuvent manquer de raisons objectives. La vengeance, pour sa part,
est toujours motivée. Pourquoi le gouvernement évite-t-il de citer
et de discuter les actes concrets qui ont éveillé chez les Hutu le
sentiment de vengeance sur les Tutsi ?
La diffusion éventuelle de tracts et la tenue de conciliabules par
des opposants n'a rien d'étonnant dans un pays où la liberté
d'expression n'est garantie qu'à certains ténors du régime.
Critiquer les dirigeants et les institutions du pays n'est pas non
plus un crime à nos yeux. Quant au dénigrement de l'adversaire, ce
sont les autorités burundaises qui en ont donné le ton et qui
l'ont amplifié depuis l'ère Micombero. Sous Bagaza déjà, il était
apparu que la terminologie utilisée envers «les fauteurs de
troubles est plus méprisante encore qu'auparavant. Pour
l'essentiel il s'agirait de déclassés sociaux, d'aigris et
d'irresponsables» (12). On observe la même attitude dans la façon
dont l'Administration Buyoya décrit le PALIPEHUTU et les Burundais
réfugiés en Europe (13).
Les vrais responsables
de la crise qui a culminé dans les
événements de Marangara et de Ntega sont les personnes qui, au
Burundi même, ont (eu) en charge la gestion quotidienne du pays.
Nous avons démontré ce point en long et en large au début de cet
article. Il est néanmoins possible que certaines attitudes du
PALIPEHUTU aient encouragé les malfaiteurs à consommer leur
forfait, en leur laissant croire qu'ils obtiendront facilement un
alibi.
Le gouvernement burundais se réfugie derrière eles tracts du
PALIPEHUTU» (14). Dans quelle mesure ces textes portés à la
connaissance du grand public après les massacres n'ont-ils pas été
remaniés ou rédigés d'emblée par le gouvernement lui- même ? Le
PALIPEHUTU, qui jusqu'à ce jour ne les a ni revendiqués ni reniés
officiellement, pourrait de son côté déclarer brusquement n'en
être pas l'auteur. Pour éviter ces écueils, nous argumenterons à
partir d'écrits reconnus par le PALIPEHUTU et/ou émis avant
l'instauration de la Troisième République et la crise d'août 88 :
«la persécution des Bahutu du Burundi» (sorte de manifeste du
PALIPEHUTU imprimé en 1986) et l'organigramme du «PALIPEHUTU»
publié en juillet 1987 par le Secrétariat de ce parti à
l'Information.
Par leur contenu, ces documents rendent plutôt plausibles les
thèses du régime de Bujumbura sur le rôle de «lopposition hutu»
que constitue le PALIPEHUTU. Abordons, pour commencer, la question
de la responsabilité du déclenchement du pogrom d'août 1988.
L'incendie de la paille déjà sèche de Marangara et de Ntega a-t-il
été allumé par des activistes hutu venant de l'étranger ? On a
incriminé le PALIPEHUTU, parti fondé «le 18 avril 1980 dans le
camp des réfugiés hutu du Burundi situé à Mishamo, District de
Mpanda, Province de Rukwa en Tanzanie» (15). «Depuis 1983, ce
parti a commencé à pénétrer à l'intérieur du Burundi et continue à
conscientiser les masses hutu dans les communes et sur les
collines> (16).
Est-il vrai que les agents de cette conscientisation s'en prennent
à tous les Tutsi du Burundi sans distinction ? Le PALIPEHUTU est
convaincu que «les Tutsi se sont mis en tête depuis longtemps
qu'ils sont créés pour gouverner et mener une vie agréable, tandis
que les Hutu et les Twa sont créés pour exécuter les travaux
pénibles. Cette situation n'a pas changé jusqu'à maintenant» (17).
«Le Tutsi, partout où il se trouve et quel que soit son rang
social, ne tolère jamais qu'un Hutu soit son supérieur ou son
collaborateur égal il veut toujours que le Hutu reste son
subalterne» (18).
Le PALIPEHUTU prêche-t-il dès lors la confrontation des ethnies ?
Selon ce parti, «le Tutsi ne peut pas accepter le partage du
pouvoir avec le Hutu, et seule une lutte acharnée peut permettre
au peuple hutu de recouvrer ses droits> (19). «Les Tutsi ont
toujours manifesté un sentiment de dédain à l'égard du peuple
hutu» (20). «Ils font preuve de solidarité lorsqu'il s'agit de
faire du mal au peuple hutu.
Les Hutu devraient aussi s'organiser
et opposer une contre-offensive énergique à la
domination t utsi»
(21). Mais «un chien ne lâche ce qu'il tient entre ses dents que
s'il reçoit des coups de massue» (22). «Compte tenu de l'endurcissement et de l'arrogance du régime minoritaire
tutsi qui
est au pouvoir depuis plus de 4 siècles, les Hutu du Burundi ne
croient plus au règlement pacifique du problème ; c'est pourquoi
le PALIPEHUTU a créé les forces nationales de libération, qui
forment sa branche armée» (16).
Exige-t-on que les Hutu qui n'adhèrent pas au mouvement ou qui
n'avalisent pas la révolution rwandaise de 1959 et la violence
contre les Tutsi soient mis au ban de la communauté hutu (2)? Le
PALIPEHUTU constate que «pour qu'un peuple puisse lutter,
recouvrer son pays et arriver à la victoire, la première
préoccupation à tenir à coeur est le renforcement de son identité»
(20). «L'objectif principal est de libérér le peuple hutu de la
domination séculaire tutsi» (23). «Aujourd'hui, beaucoup
d'intellectuels hutu jouissant d'une situation économique
confortable n'hésitent pas à collaborer avec les Tutsi» (20). Oui,
il «existe des intellectuels hutu, inconscients de l'action
libératrice à entreprendre, (qui) collaborent avec les Tutsi et
trahissent ainsi leur peuple ... Jusqu'à présent ils se sont
caractérisés par des divisions de toute sorte (régionales,
confessionnelles et idéologiques) ... Cette mésentente est à
combattre afin qu'elle n'entrave pas le processus de libération.
Tout élément divisionniste doit être démasqué et signalé sans
tarder. S'il ne veut pas changer d'attitude, il doit être écarté
et mis en quarantaine pour que les autres Hutu ne soient pas
atteints par cette maladie qu'est la zizanie» (24) et qui freine
«leur libération du joug colonial tutsi» (24).
| retour au sommet
2. LA BATAILLE DES
«MAJORITES»
Le thème de loin le plus explosif reste celui de «la majorîté». En
vérité, la plupart des Tutsi qui accusent le PALIPEHUTU de
confondre la démocratie avec «la loi de la majorité ethnîque»
n'ont pourtant pas d'autre conception du pouvoir «démocratique».
En 1974, il était déjà évident que les «élites» politiques tutsi
sont en train d'édifier, «à coup de baïonnettes, un nouvel ordre
social : une société où seuls les Tutsi sont qualifiés pour
accéder au pouvoir, à l'influence, à la richesse» (25).
L'aisance et la fréquence avec lesquelles la «répression» d'une
«poignée de rebelles> manipulés par des «groupuscules hutu»
devient élastique pour se transformer en massacres aveugles et
impitoyables emportant des dizaines de milliers de Hutu innocents,
ainsi que l'intarissable compréhension manifestée par les
dirigeants du pays envers ces prétendues «bavures» et leurs
auteurs, traduisent une véritable obsession de muer la tribu tutsi
en majorité numérique, afin de conférer au régime ségrégationniste
actuel une étoffe démocratique.
Serguei l'a d'ailleurs bien
illustrée le caricaturiste dessine trois altiers militaires
tutsi puissamment armés, entourés d'une multitude de cadavres et
de 3 piteux survivants Hutu (tous des civils) auxquels ils
déclarent : «On en avait assez d'être une minorité> (26).
Outre l'élimination physique de centaines de milliers de leurs
concitoyens Hutu, de nombreux politiciens tutsi du Burundi veulent
constituer une «majorité tutsi> en recrutant leurs «frères» des
pays voisins. L'appel s'adresse en premier lieu aux 500.000 Tutsi
de souche rwandaise qui vivent comme réfugiés au Zaïre, au Kenya
et en Ouganda, «diaspora florissante à tous points de vue et, pour
cette raison peut-être, pas toujours plébiscitée par les
populations locales> (27). Tant que «la porte de la patrie leur
est hermétiquement fermée» (28), ils sont prêts à se battre pour
une nouvelle Sion (28). En plus des milliers de réfugiés rwandais
qu'abrite la Tanzanie, on lorgne aussi sur le demi-million de
Tutsi résidant au Rwanda, dont plusieurs se sentent discriminés
par la politique des «quota ethniques» pratiquée par ce pays.
Bref, les 2 millions de Tutsi qui vivent sur le continent africain
doivent être rassemblés dans leur «unique foyer» (27) !
Même s'il n'était pas déjà réalisé presqu'à moitié, ce projet de
commuer le Burundi en un «Bututsi» exempt de Hutu mériterait
d'être pris très au sérieux : ses similitudes avec le plan
sioniste conçu par les Juifs pour créer un Etat hébreu en
Palestine aux dépens de la «majorité arabe> sont évidentes. Comme
de juste, Gilles Bimazubute, un des tout premiers porte-parole de Micombero, a affirmé en décembre 1965 ceci : les jeunes officiers
devenus maîtres du Burundi à travers la «répression» du coup
d'état d'octobre 1965 «ne sont pas loin d'admirer le modèle
israélien» (29). on sait dans quelles tribulations l'Etat d'Israel
maintient non seulement les Arabes de la région, mais aussi les
Juifs eux-mêmes. Si elle n'est pas interrompue et annihilée, la
tutsisation du Burundi tramée par lUPRONA peut plonger tôt ou
tard toute la région des Grands Lacs dans un profond chaos.
Le PALIPEHUTU confond-il à son tour la majorité ethnique avec la
majorité politique, et l'ethnie avec la classe sociale ? Veut-il substituer l'une à l'autre ? A propos du gouvernement formé par
Rwagasore en 1961, le PALIPEHUTU recense parmi les ministres 6 Tutsi et 3 Hutu. Et d'ajouter : «nous remarquons que le parti
UPRONA du prince Rwagasore n'avait pas pris en considération les proportions ethniques de la population
burundaise. Il est démocratiquement inacceptable que les Tutsi, qui ne représentent
que 14 % de la population du Burundi, soient plus nombreux» dans le gouvernement, et «que les Hutu, majoritaires (85 soient
marginalisés» (30).
La démocratie consiste moins à respecter les proportions ethniques
qu'à exécuter les volontés exprimées librement par le peuple.
Au
lieu de vilipender Rwagasore, le PALIPEHUTU ferait mieux de
constater que le peuple burundais avait délibérément relégué au
second plan les calculs ethniques lors des législatives du 18
septembre 1961, pour confier exprès la gestion du pays au parti
UPRONA. Rwagasore devait donc s'entourer de militants de l'UPRONA
surtout, et il l'a fait. Si dosage ethnique il fallait, le chef de l'UPRONA devait considérer la structure de son organisation. Il
est clair que tout Burundais ayant voté pour IIUPRONA n'était pas
forcément un membre de ce parti. D'ailleurs, le PALIPEHUTU a
relevé que les assises de l'UPRONA reposaient sur le clan royal
restreint des Bezi et sur les Tutsi (31). Qu'y a-t-il alors
d'étonnant ou d'antidémocratique à ce que les Hutu aient été moins
nombreux que les Tutsi à récolter les fruits les plus juteux de la
victoire du parti UPRONA ?
Concernant les luttes d'influence qui ont secoué
l'UPRONA entre
1962 et 1965, le PALIPEHUTU soutient que «les 86 % de la
population (Hutu et Twa) voulaient élire Mirerekano à la tête de
11UPRONA» (32). Cette formulation trahit que le PALIPEHUTU accorde
plus d'importance
ci l'appartenance tribale des citoyens qu'à leurs
opinions politiques. Car enfin, chacun sait qu'entre 1962 et 1965
il y avait des Hutu dans des partis concurrents de l'UPRONA (le PP
par exemple) et, plus nombreux sans doute, des Hutu sans parti.
Or, le PALIPEHUTU prétend que toute la population hutu souhaitait
participer à des élections internes à l'UPRONA et le méritait.
Peut-on dire que le PALIPEHUTU se substitue à tous les Hutu ? Ce
parti observe que beaucoup d'intellectuels hutu ne font que
collaborer avec les Tutsi, dans «l'espoir de voir s'établir
l'intégration des 2 groupes» (20). Le PALIPEHUTU qualifie cet
espoir d'illusoire (20), puis il prête ses propres convictions à
tous les Hutu pour déclarer que «les Hutu du Burundi ne croient
plus au règlement pacifique du problème» (16) hutu-tutsi.
Ce parti se permet ensuite de mépriser et d'ignorer les Twa.
Certes, il affirme à tout bout de champ que «la vérité
fondamentale à rétablir est l'existence des ethnies au Burundi :
les Hutu (85 %), les Tutsi (14 %) et les Twa (1 %) de la
population» (33). Dans le concret, cependant, le PALIPEHUTU ne
reconnait pas les Twa comme une tribu à part entière, ayant le
droit de réclamer à son tour une représentation indépendante si
les Hutu et/ou les Tutsi le font. Il les considère comme un
appendice plus ou moins inutile de la communauté hutu.
Ainsi, lorsque Rwagasore nomme comme ministres 6 Tutsi contre 3
Hutu, le PALIPEHUTU déclare que ces derniers sont là «pour
représenter 86 % de la population» (34), à savoir les Hutu et les
Twa. Lors des frictions hutu-tutsi opposant les partisans d'André
Muhirwa à ceux de Paul Mirerekano au sein de l'UPRONA, le
PALIPEHUTU prétend que «les 86 % de la population (Hutu et Twa)
voulaient élire Paul Mirerekano» (32). Enfin, le PALIPEHUTU est
d'avis que «le PP (Parti du Peuple) était un parti des Hutu» (31)
et cependant «censé représenter les 86 % dela population» (35),
donc les Twa aussi.
Le cachet tribal est collé sur tout, y compris les classes
sociales. «Dans tous les pays du monde>, écrit le PALIPEHUTU, «il
existe des classes des nantis et celles des démunis. La
particularité du Burundi est que ces classes sont basées sur les
ethnies. La classe des riches est constituée de Tutsi qui ont le
monopole du pouvoir, bénéficient de l'instruction nécessaire et
obtiennent par conséquent un emploi. Celle des pauvres est
composée de Hutu et de Twa ne jouissant d'aucun avantage de la
classe des riches tutsi. Tous les bienfaits de l'instruction, de
l'administration publique ou privée et de tous les secteurs de la
vie économique sont destinés à la seule minorité ethnique tutsi»
(36), «tandis que les Hutu vivent dans la paysannerie la plus
pauvre et croupissent dans la misère» (36).
Si cela est juste, le Burundi ne compte pas de Hutu instruits et
riches, ni de Tutsi pauvres. Or, le PALIPEHUTU nous informe
qu'aujourd'hui «le pourcentage des Hutu est très faible dans
l'enseignement secondaire et supérieur» (37), mais pas nul.
«Beaucoup d'intellectuels hutu jouissant d'une situation
économique confortable n'hésitent pas à collaborer avec les Tutsi»
(20). Déjà à l'époque de l'indépendance, un certain nombre
d'évolués hutu exerçant des professions bien vues (enseignement,
médecine) étaient sortis de la catégorie des Burundais ordinaires
(paysans) et ne songeaient nullement à combattre les Tutsi (23).
Par conséquent, tous les Hutu ne sont pas pauvres, tous les riches
ne sont pas des Tutsi, et il existe une certaine coopération entre
Hutu aisés et Tutsi nantis ; telle est d'ailleurs la clé du succès
actuel de la politique de domination des riches sur les pauvres au
Burundi.
Les Tutsi sont-ils réellement tous riches et instruits ? Certes,
répond le PALIPEHUTU, «le régime tutsi dira qu'il existe aussi des
Tutsi pauvres comme les Hutu. Nous répliquons qu'ils sont pauvres
mais libres, car la paix est assurée pour eux. Ils ne sont pas
inquiétés par quoi que ce soit. Ils bénéficient du soutien de
leurs enfants qui occupent des postes de responsabilité
importants» (36).
On se demande : est-il anormal ou criminel de soutenir ses parents
quand on en a les moyens ? En admettant que les Tutsi pauvres
soient effectivement libres, protégés et assistés, doit-on le leur
reprocher ? Ne faut-il pas plutôt réclamer que les Hutu aussi et
les Twa soient traités de cette façon-là ? Mais l'essentiel pour
notre propos est d'avoir discerné que certains Tutsi, en dépit du
soutien non négligeable que leur apportent leurs enfants et
affins, «sont pauvres comme les Hutu>. Cela signifie que leur
position personnelle de départ est plus précaire que celle de
nombreux Hutu. Le Burundi abrite donc des Tutsi pauvres et des
Hutu démunis.
Ainsi, la répartition des Burundais en classes sociales n'est pas
identique à leur recensement par tribus. Le PALIPEHUTU le sait
fort bien, lui qui se garde tant d'appliquer au conflit hutu-tutsi
la terminologie en vigueur dans tous les pays du, monde pour
traiter de la contradiction entre les «démunis» et la classe moderne des «nantis>. Qu'à cela ne tienne : à notre avis, le
Burundi compte à présent plus de démunis que de nantis, et sans
doute plus de pauvres que de Hutu. C'est donc à son attitude
envers la classe des Burundais pauvres que nous jugeons chaque
parti qui prétend avoir une politique aussi conforme que possible
aux intérêts de «la majorité> de la population du pays.
| retour au sommet
3. EVEIL OU AVEUGLEMENT ?
Le PALIPEHUTU veut-il et peut-il libérer les Hutu du Burundi ? La
tâche exige que ce parti voie et dise aux Hutu la vérité, et qu'il
garantisse à chacun d'eux le plein exercice de la liberté
d'opinion, d'expression et d'association, ainsi que la pleine
jouissance des autres libertés individuelles universellement
reconnues comme Droits de l'Homme. Or, tous les doutes semblent
permis là-dessus. Nous avons vu, en effet, que le PALIPEHUTU ne
supporte pas que des Hutu aient des convictions idéologiques
différentes des siennes (24). C'est à peine s'il ne leur impose
pas un conjoint déterminé (20). Quant au souci de vérité et à la
perspicacité politique, les exemples ci-après sont éloquents.
Le PALIPEHUTU dit : «A la fin du dix-neuvième siècle, la monarchie
et l'administration du pays étaient l'apanage des Tutsi» (17).
Toutefois, «l'écartement des Hutu de l'administratîon du pays
s'est manifesté dès 1918» (38), donc au vingtième siècle, sous la
colonisation européenne !! De deux choses l'une : ou bien
l'élimination politique des Hutu est antérieure à la fin du dixneuvième siècle, ou bien l'Administration du Burundi n'est devenue
l'apanage des Tutsi qu'à partir de 1918.
Sous la colonisation, surenchérit le PALIPEHUTU, «seuls les
enfants des -Tutsi avaient accès à l'enseignement secondaire dans
les établissements d'Astrida au Rwanda, de Gitega et dans bien
d'autres. De même, l'administration directe était confiée aux
seuls Tutsi» (39). Ces affirmations sont accompagnées de
statis-Liques sur les effectifs du groupe scolaire dAstrida et des
cadres dirigeants. Le calcul révèle que le pourcentage des Hutu à
Astrida (Butare aujourd'hui) est passé de 15 % en 1946 à 20 % en
1954 (39). Au sein des cadres de l'administration directe, les
Hutu représentaient 13 % des effectifs en 1953 (39) et 17 % en
1959 (40). Rien de tout cela n'autorise à conclure que les Hutu
i,létaient pas admis dans les écoles secondaires et dans
l'administration du pays, ou qu'ils en ont été progressivement
exclus par le colonisateur.
Qu'enseigne le PALIPEHUTU sur la psychologie du Tutsi ? «Les
Tutsi se sont mis en tête depuis longtemps qu'ils sont créés pour
gouverner et mener une vie facile, tandis que les Hutu et les Twa
sont créés pour exécuter les travaux pénibles» (17). «Cette
situation a été aggravée par les colonisateurs qui ont continué à
soutenir le préjugé selon lequel les Tutsi sont plus intelligents que les Hutu et les
Twa, donc plus aptes à gouverner» (38). En
définitive, «les colonisateurs et les missionnaires ont inventé de
toutes pièces de fausses théories sur les caractéristiques des
différentes ethnies. Pour eux, les Tutsi sont beaux, intelligents,
évolués, sages, rusés et par conséquent plus aptes à gouverner»
(38). «Par contre, les Hutu et les Twa sont laids, bêtes,
primitifs et incapables de gouverner» (39) !! ou bien les
préjugés en question existaient déjà parmi les Tutsi et ils ont
été accentués, ou bien ils ont été créés de toutes pièces par les
colonisateurs : c'est l'un ou c'est l'autre, sinon la logique est
en péril.
Analysant les «partis politiques au Burundi» entre 1959 et 1962,
le PALIPEHUTU écrit que le Mouvement Progressiste du Burundi (MPB)
«voulait l'abolition de la monarchie et la proclamation d'une
république» (41). Trois pages plus loin, le PALIPEHUTU déclare que
«tous les partis ont un point commun : ils optent pour le maintien
de la monarchie» (42). Est-ce très cohérent ?
Tout à l'heure, le PALIPEHUTU a tancé vertement le colonisateur
(39) et le prince Louis Rwagasore (30) pour n'avoir «pas pris en
considération les proportions ethniques de la population
burundaise» (30) afin de laisser les Hutu et les Twa occuper les
postes qu'ils méritent dans le cadre de la «démocratie réelle» ou
«anthropocentrique» (15) du PALIPEHUTU. Si cette attitude est
correcte, pourquoi louer ensuite-Pierre Ngendandumwe (43) dont les
gouvernements successifs ne comprenaient pas de Twa (44) et pas
plus de 50 % de Hutu (45) ? Serait-ce parce que Ngendandumwe, à
l'inverse des colonisateurs et de Rwagasore, pouvait affirmer
«être né Hutu» (45) ?
Le PALIPEHUTU rapporte que le PP s'est déf ini c omme une
«organisation des Burundais ordinaires» ou «de souche paysanne»
(23), qu'il ne s'est pas donné pour «principal objectif de libérer
le peuple hutu de la domination séculaire tutsi» (23), et qu'il ne
s'est pas préoccupé «d'éveiller et de conscientiser les Hutu qui
étaient encore endormis dans l'asservissement et l'exploitation
tutsi» (23). Y a-t-il plus inconséquent que celui qui prêche
ensuite qu'une telle organisation «était un parti des Hutu» (31)
ou un parti «qui voulait lutter pour la libération et
l'émancipation des Hutu exploités par la minorité tutsi» (23) ? Le
PALIPEHUTU est-il tombé dans le piège parce que les dirigeants du
PP auraient allégué «être nés Hutu> ?
Le PALIPEHUTU est de ceux qui soutiennent que les colonisateurs,
de connivence avec les Tutsi, ont tout fait pour tenir les Hutu hors et loin de l'arène du pouvoir. Il voit aussi, au début des
années 60, des partis dits populaires (UPROHUTU, PP, VPM) collaborer avec la Tutelle belge et avec des partis féodalo
dynastiques (comme le PDC et le PDR) pour retarder l'indépendance, en arguant qu'il faut donner aux colonisateurs et aux Tutsi
féodaux le temps de réaliser ce qu'ils n'ont jamais voulu faire
pendant le demi-siècle précédent la responsabilisation progressive des Hutu afin qu'ils puissent «se préparer et être
équitablement représentés au pouvoir> (46). Pour quiconque lutte à
fond pour la libération réelle des Hutu du Burundi, il n'est pas
dommage que ces partis fantoches à la solde des colonisateurs et
des féodaux aient perdu les élections législatives de 1961. Le
PALIPEHUTU, lui, en est presque inconsolable (35).
Voyons à présent la façon dont s'explique le succès de l'UPRONA et
la leçon à tirer de l'échec retentissant du PP en 1961.
D'après le
PALIPEHUTU, la victoire de l'UPRONA n'a été acquise que grâce au
vote massif des Hutu en faveur de ce parti. A l'époque, «les Hutu
pensaient qu'il était impossible qu'une autre personne dirige le
pays si ce n'est le roi. Comme le parti UPRONA était fondé par le
prince Rwagasore de sang royal, le peuple hutu était convaincu que
seule cette formation politique devait l'emporter. Il en aurait
été de même si le prince Rwagasore était à la tête d'un autre
parti comme le PDC (Parti Démocrate Chrétien) ou le PP (Parti du
Peuple»> (47), voire 11 UPROHUTU (Union pour la Promotion des Hutu)
ou la VPM (Voix du Peuple Murundi).
L'argumentation est fausse. D'une part, les Burundais voyaient et
savaient (depuis 1922 au plus tard) que le pays peut très bien
être gouverné par des gens n'ayant rien à voir avec la dynastie
burundaîse, en l'occurrence des Belges. D'autre part, le parti
UPRONA a perdu les élections de 1960, alors qu'à ce moment aussi
il était dirigé par Rwagasore. Le résultat électoral de 1961
traduit donc un changement radical dans la tactique et les
orientations des protagonistes. .
C'est vrai, reconnaît le PALIPEHUTU : «les ruses politiques qu'ont
utilisées les Tutsi pour détourner l'attention populaire hutu sur
les véritables intentions du parti UPRONA ont contribué à la
victoire de ce parti. LIUPRONA prétendait rétablir au Burundi
l'égalité, la justice sociale et la démocratie. Si les Hutu
avaient été déjà éveillés et conscientisés sur les vrais mobiles
des dirigeants de l'UPRONA, ils n'auraient pas voté pour ce parti
monarchique. Seuls les Hutu de cette époque, crédules, pouvaient
avoir confiance aux bonnes paroles de leurs compatriotes tutsi de
l'UPRONA. Les dirigeants tutsi de l'UPRONA ont trompé les leaders
hutu en leur faisant comprendre la nécessité et l'urgence
d'accéder à l'indépendance sous la bannière du parti UPRONA. Les
Hutu ont payé cher cette farce politique> (47).
Le PALIPEHUTU oublie sciemment d'ajouter que le premier à avoir
payé cher le processus de l'indépendance est le prince Rwagasore
lui-même, assassiné 3 semaines après la victoire de l'UPRONA. Si
les Hutu avaient effectivement voulu voter pour un parti non
monarchiste, la plupart d'entre eux n'auraient eu d'autre choix
que l'abstention. Car l'unique parti antimonarchiste de l'époque
recensé par le PALIPEHUTU, à savoir le MPB, «était cantonné
seulement à Bujumbura» (41). En supposant que les Hutu aient
choisi le MPB à Bujumbura et se soient abstenus partout ailleurs,
il n'est pas dit que l'UPRONA n'aurait quand même pas gagné les
législatives de 1961 grâce à l'appui de l'électorat tutsi.
Admettons enfin que les revendications de Rwagasore et de l'UPRONA
ont séduit les Hutu jusqu'à ce que ceux-ci «votent massivement
pour l'UPRONA» (47). Cela prouve que le PALIPEHUTU a tort
d'affirmer que «les Burundais de l'époque ne votaient pas pour un
programme politique et des objectifs répondant à leurs
aspirations» (47).
Quels pouvaient donc être les souhaits de la majorité en 1961 ?
Abolir l'oppression coloniale, secouer le joug féodal et émanciper
la petite-bourgeoisie et surtout la population paysanne,
composante essentielle du «peuple hutu» et/ou du peuple burundais.
L'émancipation du «petit peuple» figurait parmi les objectifs de
la quasi-totalité des partis politiques. Mais elle restait
impossible tant que le colonisateur et la féodalité, symbolisée
ici par la monarchie, tenaient les rênes du pays. Tous les partis
étaient d'accord pour maintenir la monarchie, à l'exception du MPB
cantonné à Bujumbura. A l'échelon national, les différentes
formations politiques ne pouvaient donc être distinguées que par
leur attitude envers le colonisateur.
Objectivement, les seuls partis luttant pour la démocratie et
l'émancipation du petit peuple et de la majorité des Hutu sont
ceux qui exigeaient la décolonisation immédiate. Rwagasore,
instruit par son échec de 1960, réussit en quelques mois à faire
de l'UPRONA le chef de file des partis indépendantistes burundais.
C'est d'ailleurs pourquoi «11UPRONA parvint à. établir de profondes
relations d'amitié avec le MNC de Patrice Lumumba et le TANU de
Julius Nyerere» (31).
Les Hutu qui ont donné leurs suffrages à l'UPRONA en septembre
1961 s'avèrent ainsi être des citoyens réalistes et raisonnables
qui, entre 2 maux, ont su choisir le moindre. Quant à la ruse et à
la perfidie des politiciens tutsi, le PALIPEHUTU regarde de haut
les Hutu de 1961 et leur reproche leur prétendue myopie politique.
Il oublie seulement que le citoyen d'alors n'avait pas à sa
disposition les mêmes informations que celui de 1986. Quoi qu'il
en soit, le PALIPEHUTU a tort de calquer son jugement et ses
préjugés actuels sur la situation de jadis.
En effet, le parti UPRONA d'aujourd'hui n'est plus celui de
Rwagasore. «Au départ, l'UPRONA était un parti d'union nationale ;
mais par la suite, il a été monoethnisé par les tribalistes tutsi»
(48). «Une consultation populaire a été organisée le 18 septembre
1961. Le parti UPRONA est sorti vainqueur de ces élections et le
Front Commun, soutenu par les colonisateurs belges, fut ainsi
vaincu. Mais cette démocratie durera-t-elle longtemps ? Après la
mort de Rwagasore, cette démocratie sera perturbée par les Tutsî»
tourmentés par les «événements qui avaient éclaté au Rwanda en
novembre 1959» (35). Les manoeuvres de ces Tutsi tribalistes ont
donc été facilitées par les assassins de Rwagasore et par les
promoteurs de la révolution rwandaise de 1959, les uns et les
autres ayant pour chef d'orchetre le colonisateur.
Bref, l'UPRONA a gagné les législatives de 1961 parce qu,à
l'époque elle était un parti démocratique de libération et d'union
nationales. Mais le PALIPEHUTU se rebelle aussitôt contre ce
corollaire de ses observations. LIUPRONA, rectifie-t-il alors, a
gagné les élections de 1961 grâce aux lacunes de ses concurrents,
et non de par ses vertus propres. Si le Parti du Peuple (PP)
s'était officiellement proclamé parti des Hutu, ceux-ci s'y
seraient rués, et l'UPRONA n'aurait eu ni militants ni électeurs
hutu (23).
Cette assertion du PALIPEHUTU est-elle exacte ? Elle contredit en
tout cas une autre affirmation du PALIPEHUTU, selon laquelle les
Burundais de 1961 ne votaient pas pour la dénomination, le
programme et les objectifs des partis, mais «plutôt pour une
personne de leur choix» (47). L'apparition des dirigeants et des
autres membres du PP aurait donc pu et dû suffire à faire adhérer
tous les Hutu à ce parti, et/ou à se retirer de l'UPRONA. Ce ne
fut pas le cas.
Il y avait du reste un parti portant l'étiquette tribale voulue :
l'Union pour la Promotion des Hutu (UPROHUTU). A en croire le
PALIPEHUTU, le parti UPROHUTU «fut reconnu officiellement en
décembre 1960. Il luttait pour l'abolition de la discrimination
dont les Hutu étaient l'objet. Il se portait en défenseur déclaré
des Hutu» (49). Quel a été le score de l'UPROHUTU le 18 septembre
1961 ? Ce parti a été battu par 11UPRONA et ne s'en est jamais
remis, alors que le PP, moins «tribaliste», parvint à survivre et
à relever la tête en 1965. A bon entendeur, demi-mot suffît !
Après 1961, la vie politique fut marquée par une tribalisation
accélérée. Et la question se pose . «Les Hutu sont-ils vraiment
tribalistes» (24) ? Si cette insinuation des Tutsi est exacte,
demande le PALIPEHUTU, «pourquoi le gouvernement de Ngendandumwe
et l'UPRONA présidés par des Hutu ne se sont-ils pas arrangés pour
massacrer les Tutsi ? Les Hutu (en 1965) disposaient de tous les
pouvoirs pour se défaire de ce fardeau qu'est le joug tutsi. Ils
ne l'ont pas fait, dans le seul souci de préserver un climat
d'entente entre toutes les composantes de la nation burundaise»
(50).
Qu'est-ce à dire ? Tout d'abord, le PALIPEHUTU considère que la
seule façon pour les Hutu de secouer leur joug est de massacrer
les Tutsi. Ensuite, le PALIPEHUTU est du même avis que le
colonisateur et les Tutsi arrogants : à ses yeux «les Hutu sont
des êtres pitoyables» (51) et ridicules qui, même quand ils en ont
la possibilité, n'osent pas s'émanciper pour ne pas incommoder
l'oppresseur !
Le PALIPEHITTU estime de surcroit qu'une instance ou une
organisation présidée par un Hutu est d'office et tout entière à
la solde et au service des Hutu. C'est sans doute ce crétinisme
politique qui est à la base de l'acharnement du parti à réclamer
l'augmentation du nombre des Hutu dans les instances dirigeantes
du régime actuel, alors que celui-ci est tout à fait hostile à la
«cause hutu» telle que le PALIPEHUTU l'entend.
Enfin, chacun sait que des Tutsi ont été tués dans la province de
Muramvya en octobre 1965. Les insinuations contenues dans la
déclaration ci-dessus du PALIPEHUTU tendent à donner raison aux
Tutsi tribalistes, pour qui les congénères massacrés à l'époque
l'ont été parce que les Hutu contrôlaient l'Etat (52), de sorte
que la sécurité des Tutsi d'aujourd'hui oblige à écarter les Hutu
de tout organe névralgique du pouvoir (7). Cela est bien dans la
ligne de la politique burundaise des 30 dernières années un
égarement ou un extrémisme en appelle et en attise un autre, puis
l'inflation du mal galope si vite et si bruyamment que les gens
raisonnables n'arrivent pas à se faire entendre.
Le point crucial est que le PALIPEHUTU déclare qu'en 1965 les Hutu
avaient tous les pouvoirs. Par là il avalise sans la moindre
retenue les affirmations mensongères des Tutsi tribalistes,
propagées pour jeter sur les Hutu l'entière responsabilité des
événements de 1965 et de la tribalisation ultérieure de l'Etat
burundais. Nous avons déjà montré pourquoi et comment cette thèse
cède à toute analyse objective.
Mais le PALIPEHUTU n'a pas peur des incohérences. En août 1968,
révèle-t-il, «les militaires hutu Karolero Charles, Bazayuwundi
Mathias et Katariho Nicodème qui venaient de terminer l'Ecole
Royale Militaire à Bruxelles rentrent au Burundi. Micombero et les
autres Tutsi haissaient et craignaient beaucoup ces Hutu. En
septembre 1969, Micombero monta un complot imaginaire afin de
pouvoir justifier l'arrestation et l'exécution de ces
nationalistes ainsi que de 60 autres intellectuels Hutu» (53) dont
Kanyaruguru Barnabé, Henehene Cyprien, Bitariho Ferdinand,
Ndoreraha Balthazar, Kabura, Nicimbikije Grégoire et l'abbé
Gahungu (53).
Et le PALIPEHUTU insiste : «en 1969, Karolero, Bazayuwundi,
Katariho et leurs compagnons soupçonnés d'avoir tenté de renverser
le régime de Micombero ont été lâchement assassinés sans jugement,
sans pitié et sans recours» (21). Bref, «en 1965, 1969 et 1972,
d'innombrables Hutu ont été tués pour avoir tenté de renverser le
régime. Le cas de dirigeants rôdés en politique peut être
compréhensible, mais aucune explication ne peut être fournie pour
justifier la mort des enfants, des vieux, des malades et des
femmes enceintes» (51).
Rien n'empêche qu'un vieux, un malade ou une femme enceinte soit
par ailleurs un «dirigeant rôdé en politique». Le PALIPEHUTU
pourrait donc fermer l'oeil sur l'élimination physique des
innombrables Hutu tués en 1965, 1969 et 1972, sauf les enfants.
Après avoir juré qu'en 1969 Micombero a exécuté des intellectuels
hutu sur base de soupçons en rapport avec un complot imaginaire,
le PALIPEHUTU se rétracte et déclare que Karolero, Bazayuwundi,
Katariho et leurs compagnons avaient réellement tenté d'effectuer
un coup d'état, et il est prêt à composer avec ceux qui les ont
liquidés !! Nous disons que "les assassinats sans jugement et sans
recours" sont et restent des crimes dont la Justice doit
se saisir
ou être saisie.
Les éléments déjà exposés permettent,
pensons-nous, de jauger la
science du PALIPEHUTU sur la décade-clé (1959-1969) de l'histoire
contemporaine du Burundi. Elle ne plane pas très haut et elle ne
colle pas sur le terrain du réel. Cela en dit long sur ses vertus
salvatrices.
| retour au sommet
4. UN COURANT NOUVEAU ?
Au cours des événements de Marangara et de Ntega
en août 1988,
l'Armée du PALIPEHUTU, pour autant qu'elle ne soit pas purement
fictive, n'a pas osé se mesurer comme promis avec les troupes de
l'Administration Buyoya. Le comportement politique actuel s'en
ressent. Au lieu d'asséner des coups de massue aux détenteurs du
pouvoir, le PALIPEHUTU proclame que «les négociations et les
élections constituent la seule voie qui menèra le Burundi à une
véritable réconciliation nationale et une réelle démocratie» (54).
Les dirigeants sont parfois invités à ne pas représenter leur
tribu : le PALIPEHUTU les exhorte alors à «s'imprégner des idées
de démocratie, à travailler pour le compte de l'intérêt général
afin d'éviter la politique des groupes à caractère ethnique» (55).
Enfin, une «Nation> composée par «le peuple burundais tout entier>
se superpose de temps à autre au «peuple hutu» (55).
Assistons-nous à la percée d'un second courant ou au maquillage
des convictions d'antan ? Pour bien cerner le problème, examinons
les thèses avancées par le PALIPEHUTU après le pogrom d'août 88 :
le 7 octobre 1988 dans un document intitulé «simulacre de solution
du conflit ethnique hutu-tutsi» (56) et traitant notamment «du
gouvernement d'union nationale du Major Buyoya» (57) ; le 3
novembre 1988, lors de la «Conférence de Presse» au cours de
laquelle le PALIPEHUTU a exposé à Bruxelles «la solution pour le
Burundi» (58) ; et enfin le 2 janvier 1989, lorsque le parti a
exprimé son «inquiétude sur la sécurité des réfugiés hutu
rapatriés au Burundi malgré les accords quadripartites de novembre
1988» (59).
Quelles sont les conditions du retour à la paix et de la
réconciliation nationale au Burundi ? D'après le PALIPEHUTU, le
régime burundais actuel doit immédiatement respecter la vie et la
dignité humaine ainsi que les Droits de l'Homme(55), mettre fin
aux arrestations arbitraires(60), renoncer aux emprisonnements et
aux massacres - même sporadiques - de populations innocentes (55),
libérer tous les prisonniers d'opinion et rechercher puis juger
les auteurs du génocide (60). La revendication est juste mais
incomplète : le sort des personnes lésées par les auteurs du
génocide n'est pas évoqué.
Le PALIPEHUTU estime nécessaire aussi «que les partenaires
bilatéraux du Burundi cessent de soutenir le régime
ségrégationniste tutsi par leur coopération financière et
militaire» (60). L'idée serait plus compréhensible si le parti
avait recommandé de ne pas soutenir le régime de Bujumbura aussi
longtemps qu'il sera ségrégationniste. Mais même dans ce cas, la
formule resterait insatisfaisante.. D'une part, l'injonction ne
devrait pas valoir pour les étrangers seulement : les Burundais
non plus n'ont pas à soutenir la ségrégation tribale dans leur
pays.
D ' autre part, i 1 est hypocrite de. récuser la coopération
financière et militaire et/ou la la coopération bilatérale
seulement. En effet, pourquoi laisser les partenaires bilatéraux
du Burundi continuer de soutenir sur le plan diplomatique et
scientifique un régime ségrégationniste ? Imaginons que les
concernés confient dorénavant à un organisme multilatéral leur
coopération militaire et financière avec le Burundi. Celle-ci
cessera-t-elle d'être nuisible parce que formellement elle n'est
plus bilatérale ?
Tout cela n'est que vétilles, assure le PALIPEHUTU. L'essentiel
est «le partage équitable du pouvoir et des richesses matérielles
de la Nation entre toutes les composantes ethniques du Burundi.
Cela suppose une justice sociale distributive et un dialogue
franc entre les trois groupes ethniques» (55), dont l'existence
doit au préalable être officiellement et explicitement reconnue
(60) : Hutu (85 %), Tutsi (14 %) et Twa (1 %) (57).
La justice sociale et le dialogue entre Burundais ont en principe
été admis par le régime actuel et par ses prédécesseurs. Ce point
ne provoque donc pas d'antagonisme entre le PALIPEHUTU et
l'Administration Buyoya. La reconnaissance explicite et officielle
des «ethnies» (tribus) hutu, tutsi et twa est pratiquement
acquise. On s'en était déjà rendu compte à la manière dont le
gouvernement burundais a rapporté les événements de Marangara et
de Ntega l'an dernier. Plus récemment (août 1989), le président
Buyoya en visite officielle dans la province de Kirundo a concédé
publiquement que «le Burundi ne peut pas être le pays d'une seule
ethnie : les Hutu, les Tutsi ou les Twa. Le Burundi a toujours été
un pays de Hutu, de Tutsi et de Twa» (61).
Quelle est la part des uns et des autres ? Le PALIPEHUTU la fixe
respectivement à 85 %, 14 % et 1 %, sans toutefois préciser ses
sources. Le régime de Bujumbura conteste ces chiffres qu'il juge
périmés et empruntés à une littérature coloniale malveillante.
Curieusement, ni le PALIPEHUTU ni 11UPRONA ne parlent d'actualiser
les donnes, comme si l'un et l'autre partis craignaient d'être
démentis par une enquête sérieuse sur l'appartenance tribale des
Burundais.
Le PALIPEHUTU, toutefois, se déclare prêt à aborder le thème. Plus
exactement, il souhaite que les représentants de l'ONU, de l'OUA de la CEE et des pays limitrophes du Burundi (Rwanda, Tanzanie,
Zaïre) supervisent des pourparlers entre l'UPRONA, «instrument des
Tutsi» (54), et le PALIPEHUTU, afin que ces 2 partis recherchent
en commun une solution acceptable et durable à la problématique
burundaise (54). «Toute oeuvre de réconciliation nationale qui ne
passe pas par une table de négociation entre les 2 formations
politiques (UPRONA et PALIPEHUTU) sera vouée à l'échec» (62).
Dans les circonstances actuelles, nul ne peut raisonnablement
contester ce pronostic. Ce qui est sûr, c'est que toute solution
des problèmes nationaux exclusive au tandem UPRONA-PALIPERUTU
échouera aussi, et encore plus certainement les solutions basées
uniquement sur l'une de ces 2 formations.
| retour au sommet
5. LES AVATARS DE «LA PROPORTIONNELLE».
Que proposera le PALIPEHUTU à l'UPRONA lors de leurs entretiens
bipartites ? La première suggestion sera «d'abolir toutes les
formes de discrimination ethnique dans tous les secteurs de la vie
nationale en respectant partout la loi de la proportionnelle
ethnique dans l'Armée, dans les écoles secondaires et supérieures
(y compris les écoles privées) et dans les emplois de la Fonction
publique et du secteur privé» (55).
Les écoles, l'Armée, la Fonction Publique et les instances
politiques supérieures sont des secteurs de la vie nationale, les
métiers moins prestigieux aussi. Le PALIPEHUTU va-t-il donc
interdire aux Hutu (par exemple) de constituer moins de 85 % des
paysans, des analphabètes ou des chômeurs burundaîs ? Le citoyen
détenteur d'une entreprise privée n'aura-t-il pas le droit
d'embaucher uniquement des membres de sa famille ? L'Etat devra-til accorder des mandats politiques en fonction de la masse
informelle des individus repérables dans chaque tribu, et non en
raison du nombre des citoyens militants effectivement pour tel ou
tel projet social ? Un membre d'une tribu donnée sera-t-il
condamné à se fier à son congénère, même si ce dernier défend des
vues politiques diamétralement opposées aux siennes ?
Le Parti UPRONA pratique le tribalisme autant que possible en
coulisse, le PALIPEHUTU veut le faire au grand jour. Le premier
cultive la discrimination tribale dans le domaine public surtout,
le PALIPEHUTU veut l'étendre ouvertement au secteur privé. S'estil jamais demandé ce que vaut le recrutement «ethniquement
équilibré> des élèves et des étudiants pour le cîtoyen dont
l'enfant croupira à la maison parce que les écoles sont trop rares
et/ou trop chères ? En quoi le respect de la proportionnelle
ethnique dans l'Armée et dans lAdministration avance-t-elle le
paysan à qui les structures actuelles interdisent de prendre part
au pouvoir ? Et que rapporte un tel «partage ethnique» à l'ouvrier
qui, d'une façon ou d'une autre, restera chômeur parce que
l'expansion de l'industrie est insuffisante ?
La solution correcte des problèmes nationaux du Burundi n'est pas
de doser le nombre des Hutu, des Tutsi et des Twa parmi les rares
citoyens privilégiés. Elle consiste à abolir les «privilèges»
actuels en les accordant à l'ensemble de
la population ou en
créant au plus vite les conditions nécessaires pour que chaque
citoyen(ne) puisse les obtenir. Le respect de la proportionnelle
ethnique ne peut que couper les ailes à ceux qui voudraient
s'envoler vers ce but.
La seconde idée que le PALIPEHUTU brûle de soumettre à
l'UPRONA
est d'organiser des élections libres et supervisées par «une
commission mixte, indépendante, comprenant des personnalités nationales
(hutu et tutsi) et Internationales» (60). Ce processus
devrait permettre au peuple burundais de choisir, «à partir de
candidatures multiples des différentes ethnies» (57), ses
représentants à tous les échelons du pouvoir. on élirait, entre
autres, «un Président qui s'érige en Père de la Nation
garantissant les intérêts et respectant les aspirations profondes
du peuple burundais tout entier» (55). «Le Parti (PALIPEHUTU ou
UPRONA) qui arrachera la victoire après ces élections sera reconnu
pour constituer la majorité politique et diriger le Burundi» (54).
Ce procès repose tout entier sur les tribus. Mais les Twa, une
fois de plus, sont des laissés pour compte, comme le montre la
composition de la «commission électorale». Quant au Président que
le PALIPEHUTU compte faire élire, le peuple burundais sait
d'expérience que tout chef d'Etat qui «sérige» en quoi que ce
soit, fût-ce en «Père de la Nation», est un dictateur en puissance
qui tôt ou tard menèra le pays au désastre. Par ailleurs, la durée
du règne du parti victorieux n'étant pas précisée, le PALIPEHUTU a
sans doute fait sienne la conception de l'UPRONA. Ce parti prétend
que sa victoire de septembre 1961 (et/ou de mai 1965 ?) justifie
le monopartisme qui étouffe la vie politique burundaise depuis
plus de 20 ans.
Toujours est-il que les élections préconisées par le PALIPEHUTU ne
sont point nécessaires à «la justice distributive» selon le
«principe de la proportionnelle ethnique». L'UPRONA peut très
bien, en puisant dans ses propres rangs, porter au niveau voulu la
part des Hutu et des Twa dans l'Armée, l'enseignement, le
gouvernement et le reste de la Fonction publique. En clair, "la
proportionnelle ethnique "peut certes amener des néophytes au
pouvoir, mais elle ne garantit pas du tout le changement et la
démocratisation des Institutions.
Le président Buyoya semble avoir compris la situation. Lors du
remaniement ministériel du 18 octobre 1988, il a installé
davantage de Hutu dans1es sinécures de son Administration. Ce fut
en quelque sorte un premier pas vers la proportionnelle ethnique,
réalisé toutefois sans négocier ni collaborer avec le
PALIPEHUTU.
Celui-ci, pris à son propre piège, en a été réduit à geindre que
«Buyoya est loin de composer un gouvernement d'union nationale
puisqu'il refuse d'y associer le PALIPEHUTU, formation politique
qui représente la grande majorité des citoyens burundais» (57).
Cette déception suffira-t-elle à persuader le PALIPEHUTU que
détenteurs du pouvoir représentent moins une tribu donnée et plus
effectivement un camp politique au service de telle ou telle
classe économique ?
Si les élections envisagées par le PALIPEHUTU ne sont pas vitales
à la proportionnelle ethnique, elles peuvent en revanche lui être
fatales. N'est-il pas possible, en effet, que des urnes sortent
plus (ou moins) d'élus hutu (ou tutsi ou twa) que ne le veut
ladite règle ? Que faire dans ce cas : destituer des élus sous
prétexte que leur tribu a obtenu trop de suffrages par rapport à
son poids démographique et les remplacer par des membres d'une
autre tribu pourtant rejetés par les électeurs ?
On peut tenter de s'épargner cette absurdité en procédant d'emblée
à des élections par tribu, chaque communauté ayant à pourvoir une
nombre fixe et connu de sièges. Comment se déroulerait alors
l'élection des députés par exemple ? Admettons que chaque
circonscription compte des membres des 3 tribus - ce qui est
vraisemblable - et que les proportions soient partout celles
qu'avance le PALIPEHUTU. Chaque circonscription devra élire au
moins 100 députés pour que les Twa (1 %) puissent avoir leur
représentant.
Bien plus : la campagne électorale se faisant par tribu, les Twa
mèneraient la leur de manière autonome. Ils pourraient donc créer
à leur guise un ou plusieurs partis, que cela plaise ou non au PALIPEHUTU. Les Tutsi n'ayant pas moins d'autonomie que les
Twa,
le PALIPEHUTU n'aurait pas plus qu'aujourd'hui le droit de les
embrigader tous et d'office dans l'UPRONA (54). Enfin, il ne faut
pas être grand prophète pour savoir que la tribu hutu verrait
pousser d'autres partis à côté du PALIPEHUTU.
Supposons quand même que chaque tribu gagne l'inutile pari de
supprimer la concurrence entre ses partis, et que les Hutu sont
réunis pour désigner leurs 85 députés. Si le PALIPEHUTU était
conséquent, il prônerait ici la stricte application du principe de
la proportionnelle en faveur du groupe majoritaire de la
population hutu, c'est-à-dire les paysans. Or, cette clause
n'existe pas dans le catéchisme du parti.
Les dirigeants du PALIPEHUTU ergotent plus que de besoin sur la
«majorité hutu», sans doute parce qu'ils espèrent que cette «loi»
les propulsera au pouvoir en lieu et place de leurs concurrents et
homologues tutsi. Mais ils sont plus muets qu'une tombe sur la loi
de la majorité des Hutu, car elle ruinerait les ambitions de
l'intelligentsia et du reste de la bourgeoisie burundaise
d'origine hutu. Avec des opérations certes différentes, le parti
UPRONA aboutit au même résultat quant au sort de «la majorité» des
citoyens, fussent-ils tutsi. Le témoignage du Collège professoral
selon lequel «les paysans tutsi n'exerceront sans doute jamais de
pouvoir politique» (3) en dit assez sur la réalité du processus.
Tant et si bien que la sauvegarde des intérêts objectifs de la
majorité de la population du Burundi exige une pratique politique
tout autre que celle de l'UPRONA ou du PALIPEHUTU.
Point n'est besoin de démontrer non plus que sous la forme
esquissée ci-dessus, les élections établiraient le chaos dans
toutes les instances (gouvernement, Présidence, ambassade, etc. )
dont le personnel est inférieur à la centaine. Le seul artifice
susceptible de limiter les dégâts serait de morceler le Burundi en
3 Etats différents, l'un réservé aux Hutu, l'autre aux Tutsi et le
dernier aux Twa. Quand bien même le peuple burundais serait acculé
à la tolérer, cette variante du «modèle Israélien> (décrit plus
haut) n'irait pas sans appeler des pleurs et des grincements de
dents ; elle consacrerait d'ailleurs la division des Burundais
plutôt que leur unité et/ou leur réconciliation nationales (63).
De toute manière, la solution conconctée par le PALIPEHUTU suppose
la reconnaissance de ce partÏ par l'UPRONA, donc l'abolition des
lois instituant le monopartisme et interdisant le multipartisme au
Burundi. Si cela venait à se produire, pourquoi le PALIPEHUTU
devrait-il être la seule organisation politique admise à négocier
avec l'Uprona ? N'en existe-t-il pas d'autres qui se déclarent
opposées au régime actuel ? Le Mouvement pour la Paix et la
Démocratie (MPD), par exemple, a dénoncé le pogrom d'août 1988
assez tôt (64) et avec non moins de clarté que le PALIPEHUTU (65).
Va-t-on nous objecter que les pourparlers de paix sont à réserver
aux «formations politiques connues au Burundi» (55) ? La nuance
est trop fine pour être saisissable. Le MPD n'est d'ailleurs pas
inconnu au Burundi : les autorités de ce pays ont pris la peine de
commenter sa déclaration sur l'utilisation du napalm par l'armée
burundaise (64) contre la population hutu de Marangara et de Ntega
(66). Nous pourrions également citer le cas du Parti des
Travailleurs du Burundi («UBU»). Il y a quelques années, l'UBU
distribuait sa littérature au grand jour à Bujumbura, notamment
dans l'entreprise COTEBU (67), et l'Administration Bagaza n'a pas
manqué de réprimer cette action. L'expérience acquise alors a
permis à 11UBU de repérer et de dénoncer, en mars 1988, le
caractère «irresponsable> et aventurier de certaines publications
du PALIPEHUTU (68).
Ce dernier réduit-il «les formations politiques connues au
Burundi» à celles qui, à l'heure actuelle, y exercent réellement
des activités ? Dire que seules ces organisations-là ont le droit
de participer aux conversations sur la paix et la réconciliation
nationale revient à déclarer - comme l'UPRONA - que les réfugiés
burundais n'ont pas à s'occuper de la politique de leur patrie.
Mais cela ne prouve pas que le MPD et l'UBU ne sont pas présents
et actifs sur le terrain. Par ailleurs, ce sont moins les
formations actuelles qui comptent, que celles qui seront en
activité lorsque le dialogue souhaité démarrera. L'UPRONA et le
PALIPEHUTU seront-ils toujours de la partie ? D'autres
organisations les auront-elles déjà talonnés ? Cela ne peut pas
être exclu a priori.
N'oublions pas cependant que le but avoué du PALIPEHUTU serait
l'éradication des injustices des Tutsi contre les Hutu. A ce
sujet, réaffirme le parti, il n'y a «plus de doute pour personne :
c'est l'armée monoethnique tutsi qui impose l'apartheid à
l'encontre de la majorité hutu et exécute le génocide planifié et
programmé par l'UPRONA» (69). Cette «armée devrait être dissoute
pour être réorganisée sur une base réellement représentative des
différentes ethnies du pays (Hutu 85 %, Tutsi 14 % et Twa 1 %)»
(57). Il faut absolument «que soit constituée une armée
véritablement nationale, reflétant la composition ethnique et donc
capable de protéger tous les citoyens sans distinction aucune>
(60).
Une armée recrutée selon la loi de la proportionnelle ethnique
garantit-elle ipso facto la sécurité à tous les citoyens ? Pas du
tout. Lors du procès «régionaliste» de 1971-72, par exemple, des
Tutsi ont été accusés, emprisonnés, et condamnés injustement par
d'autres Tutsi. L'armée, pourtant déjà fort tutsisée à l'époque,
n'a rien fait en tant que telle pour les protéger.
Imaginons que la proportionnelle ethnique devienne réalité dans
l'armée. Qui garantit que le soldat hutu (ou tutsî), conditionné
pour représenter sa tribu, obéira à son supérieur si celui-ci
n'est pas son congénère ? Personne ne peut certifier non plus que
l'officier tutsi (ou hutu), nommé pour sécuriser sa tribu, enverra
ses troupes à la rescousse de ressortissants d'une communauté
autre que la sienne.
La création d'un corps militaire par tribu résoudraît-elle ces
difficultés ? Ce n'est pas dit. En pratique, la tribu tutsi va
probablement refuser de réduire son contigent. Cela impliquera la
création d'un contingent militaire hutu 6 fois plus important, et
d'un autre, twa, 14 fois plus modeste. Et quand le Burundi se sera
ainsi encombré d'une armée professionnelle de plus ou moins cent
mille hommes, on constatera que les Twa n'en restent pas moins à
la merci des Tutsi et/ou des Hutu, et que ceux-ci pourraient même
se défaire des Tutsi. D'où notre conclusion : une armée recrutée
selon le principe de la proportionnelle ethnique ne garantirait
pas obligatoirement la sécurité "à tous les citoyens sans
distinction aucune", mais elle pourrait (ou devrait) à tout moment
réaliser l'inverse.
Qui plus est, cette armée ne répond guère au problème posé par le
PALIPEHUTU. S'il est vrai que l'armée actuelle ne fait qu'exécuter
le programme néfaste de l'UPRONA, la solution consiste à forcer
IIUPRONA à changer de programme ou à détruire le parti en
question. Ceci ne sera toutefois possible qu'après la
neutralisation de l'armée existante dont l'UPRONA, pour des
raisons vitales évidentes, n'acceptera jamais la neutralité.
Espérer que le régime actuel modifiera de quelque manière que ce
soit la structure de l'armée afin que celle-ci puisse s'opposer
aux activités ségrégationnistes et antidémocratiques de l'Uprona,
c'est se nourrir d'illusions.
Par ailleurs, le passé récent a montré que même des Tutsi
upronistes ont besoin de protection contre «leur» régime et «leur»
armée. Où est la preuve que la population de chaque tribu ne sera
pas de même l'ôtage de "son armée", et/ou que l'ensemble de la
population burundaise ne sera pas écrasée par une armée pourtant
équilibrée ethniquement ? La façon la moins déficiente d'assurer
la sécurité la plus étendue possible est donc l'armement général
et permanent de toute la population. Le régime de Bujumbura sait
qu'il aurait alors infiniment moins de latitude pour réprimer les
citoyens démocrates et patriotes qui s'opposent à sa dictature. Ce
n'est pas pour rien que le Burundi a mis rapidement fin au
service militaire obligatoire des étudiants que l'Administration
Micombero avait institué au lendemain du génocide de 1972.
Au demeurant, la mise sur pied de l'armée souhaitée par le
PALIPEHUTU implique la dissolution des troupes burundaises
actuelles. Aucune instance ne mènera à bien cette opération si
elle ne dispose pas elle-même d'une force armée, soit que celle-ci
lui appartienne en propre, soit qu'elle lui soit prêtée pour la
circonstance. L'envoi d'une force internationale au Burundi pour
amener «l'armée monoethnique tutsi» à la réflexion ou à la raison
n'est pas inconcevable. Peut-être est-ce d'ailleurs cet espoir qui
se cache derrière l'invitation lancée par le PALIPEHUTU à l'OUA, à
l'ONU, à la CEE et aux pays limitrophes pour superviser les
négociations de paix et «les élections libres» au Burundi.
Mais aucun étranger désintéressé et raisonnable ne songera à
réaliser pour les Hutu du Burundi ce que ceux-ci semblent répugner
à faire pour eux-mêmes. Pourquoi les Hutu, pourtant majoritaires,
ne se constituent-ils pas une puissante armée pour mettre les
troupes tutsi en échec ? Pourquoi veulent-ils que les soldats
chargés de les libérer et de les protéger soient formés par leur
ennemi au sein de l'armée du régime actuel ? Pourquoi préfèrentils le bulletin de vote au fusil ? Certes, les Hutu n'occupent
généralement pas les meilleurs postes dans l'enseîgnement,
l'armée, la Fonction publique, etc. Mais faut-il être
universitaire, officier ou ministre pour obtenir et utiliser à bon
escient une arme à feu ? Autant de questions que les secouristes
présumés des Hutu du Burundi ne manqueront pas de (se) poser avant
de décider éventuellement d'intervenir.
A notre avis, nul ne créera une véritable armée de libération s'il
considère que tout Hutu est a priori nationaliste et patriote, ou
que la quantité doit primer sur la qualité : cette conception
permet tout au plus de rassembler des troupeaux, mais pas de
réunir des troupes effectives et efficaces. Pour approfondir la
discrimination tribale, étouffer le débat politique, restreindre
la liberté d'expression, maintenir la marginalisation des Twa et
poursuivre l'exploitation des paysans, il n'est d'ailleurs pas
nécessaire de détruire le régime actuel du Burundi et son armée.
Le Hutu privilégié qui ne veut que consolider au plus vite sa
position n'est pas obligé non plus de recourir à la lutte armée ;
une campagne militaire lui paraît à juste titre plus exigeante,
plus coûteuse, plus incertaine et par conséquent moins
intéressante qu'une campagne électorale. N'avoir plus rien à
espérer de la fidélité au système existant et plus rien à perdre
en partant en guerre contre lui : telle est la condition d'un
engagement sérieux pour un véritable renouveau social. Combien de
Hutu déjà culbutés dans cet état participent à la Direction
politique du PALIPEHUTU ?
La question fondamentale est toutefois de savoir si le Burundi a
vraiment besoin d'un «régime hutu». La nécessité de mettre un
terme définitif à la tutsîsation de l'Etat est attestée
notamment par les rébellions et les «répressi ons»-génoc ide qui couvrent le
Burundi de honte et de pleurs depuis 1965. A ces occasions la "révolution hutu" a perdu plus de terrain qu'elle
n'en a gagné.
Cela pourrait à son tour indiquer que le Burundi, pour réussir sa
rédemption, n'a pas besoin d'un apartheid hutu non plus.
Il importe donc de trouver des alternatives valables aux «modèles»
israélien et rwandais. Le PALIPEHUTU peut y contribuer en
rectifiant
non seulement
son discours, mais aussi sa stratégie.
C'est en effet une très grave erreur de considérer la
problématique burundaise du seul point de vue des relations HutuTutsi et de ravaler celles-ci au tribalisme ; de même,
exactement, qu'il est erroné de nier l'existence des tribus et du
tribalisme au Burundi, comme le font trop souvent les membres de
l'UPRONA et du «Collège professoral».
| retour au sommet
Notes et références
:
(1) «A propos des récents événements de Ntega et de Marangara :
une réflexion critique par L. Kagabo, S. Makoroka,
T. Mubamba,- D.O. Nimpagaritse, Pierre Nkanira,
F. Rutembesa et Cyrille Sigejeje, Professeurs à l'Université du Burundi», page 10.
Bujumbura,15.09.1988, 21 pages.
(2)Une réflexion critique», p. 13
(3)«Une réflexion critique», p.
9.
(4)BUDUDIRA B., «Vivre en frères dans le Burundi d'aujourd'hui
et de demain : analyse et propositions du clergé du
Diocèse de Bururi», pp. 2-3. Bururi, 10 mai 1988,
7 pages.
(5)«Une réflexion critique», p. 14.
(6)"Une réflexion critique", pp. 12-13.
(7)«Les origines du problème ethnique au Burundi, les
difficultés et les condit ions de sa solution.
Une réflexion d'intellectuels non partisans
sur la question», p. 9.
(8) «L'origine des événements sanglants de Ntega et Marangara»,
page 13. Dossier de 34 pages élaboré par la Direction Générale des Publications de la Presse
Burundaise. Ministère de l'Information, République du Burundi, Bujumbura, septembre 1988.
(9) «L'origine des événements ... >, p. 14.
(10) «L'origine des événements ... », p. 16.
(11) «L'origine des événements ... »,, p. 21.
(12) LE JEUNE G., «L'unité nationale dans les textes de la
Deuxième République», p. 87. Article paru dans LE MOIS EN AFRIQUE, N2 174-175 (1980), pp.81-97.
(13) «L'origine des événements ... », p. 15.
(14) «L'origine des
événements ... », p
p. 14-22.
(15) Organigramme du PALIPEHUTU, 1987, p. 1.
(16) Organigramme du PALIPEHUTU, 1987, p. 3.
(17) GAHUTU R., «Persécution des Bahutu du Burundi», page 13.République du Burundi, 1986, 88 pages.
(18) GAHUTU R., op. cit., p. 43.
(19) GAHUTU R., op. cit., p. 3.
(20) GAHUTU R., op. cit., p. 78
(21) GAHUTU R., op. cit., p. 59
(22) GAHUTU R., op. cit., p. 82
(23) GAHUTU R., op. cit., p. 34
(24) GAHUTU R., op. cit., p. 79
(25) LEMARCHAND R. et MARTIN D., «Génocide sélectif au Burundi>,p.13. Minority Rights Group (MRG), Rapport N2 20,novembre 1974, 24 pages.
(26) LE MONDE (quotidien parisien), 26.08.1988, p. 1.
(27) LA LIBRE BELGIQUE, nQ 244, 31.08.1988, p. 5.
(28) JEUNE AFRIQUE, ng 1444, 07.09.1988, p. 27.
(29) CART H.-P., «Etudiants et
construction.nationale au
Burundi
(1962-1969)», page 67. Centre d'Etudes et de
Documentation Africaines (CEDAF), Cahier 2-3/1973,
Bruxelles, 93 pages + annexes.
(30) GAHUTU R., op. cit., p. 35
(31) GAHUTU R., op. cit., p. 25
(32) GAHUTU R., op. cit., p. 41
(33) GAHUTU R., op. cit., p. 80
(34) GAHUTU R., op. cit., p. 36
(35) GAHUTU R., op. cit., p. 32
(36) GAHUTU R., op. cit., p. 83
(37) GAHUTU R., op. cit., p. 70
(38) GAHUTU R., op. cit., p. 20
(39) GAHUTU R., op. cit., p. 21
(40) GAHUTU R., op. cit., p. 22
(41) GAHUTU R., op. cit., p. 27
(42) GAHUTU R., op. cit., p. 30
(43) GAHUTU R., op. cit., p. 46
(44) GAHUTU R., op. cit., p. 42
(45) GAHUTU R., op. cit., P. 45
(46) GAHUTU R., op. cit., p. 26
(47) GAHUTU R., op. cit., P. 33
(48) GAHUTU R., op. cit., p. 80
(49) GAHUTU R., op. cit., p. 29
(50) GAHUTU R., op. cit., pp.71-72
(51) GAHUTU R., op. cit., p. 72
(52) «Une réflexion critique», p. 11.
(53) GAHUTU R., op. cit., p. 55
(54) PALIPEHUTU, «Burundi :Inquiétude sur la sécurité des
réfugiés rapatriés malgré les accords
quadripartites de novembre 1988», p. 7. Bujumbura, 2 janvier 1989, 7 pages.
(55) PALIPEHUTU, «Burundi : Simulacre de solution du conflit ethnique hutu-tutsi». Bujumbura,
In :B.I.I.B. (Bureau international sur le Burundi), décembre 1988, p. 07.10.1988.
d'information
7
(56) Bulletin international d'information sur le Burundi (B.I.I.B), décembre 1988, pp. 7-8
(57) B.I.I.B., décembre 1988, p. 13
(58) PALIPEHUTU, eLa solution pour le Burundi». Conférence
de Presse, Bruxelles, 03.11.1988, 3 pages.
(59) PALIPEHUTU, «Inquiétude sur la sécurité des réfugiés ... »
(60) PALIPEHUTU, «La solution pour le Burundi», p. 3.
(61) LE RENOUVEAU DU BURUNDI, n2 2964, 13-14.08.89, p. 4.
(62) PALIPEHUTU, «Burundi : simulacre de solution ... », p. 8
(63) MEPROBA, Dossier «ARC-EN-CIEL» (juillet 1976), pp. 3-4
(64) LA LIBRE BELGIQUE, n2 233-234, 20-21 août 1988, p. 6
(65) LE SOIR, édition du 19.08.1988, p. 5
(66) LA LIBRE BELGIQUE, n2 235, 22.08.1988, p. 5
(67) LE FLAMBEAU DE LA REVOLUTION, n2 4, juillet 1981.
(68) U.B.U., «Appel à la conscience internationale sur les
massacres ethniques au Burundi», août 1988,page 7. Communiqué de Presse, 11 pages.
(69) PALIPEHUTU, «La solution pour le Burundi», page 2.
MEPROBA-BELGIQUE, Voie du Progrès, N2 19, Novembre 1989.
|