Commémoration du début du génocide des Hutu du Burundi de 1972

JOURNEE DU SOUVENIR LE SAMEDI 27 AVRIL 2002

Mot de circonstance prononcée, à Bruxelles, lors de la commémoration du 30ème anniversaire du début du génocide contre les hutus du Burundi de 1972

Chers Compatriotes,

Chers amis du Burundi,

Chers invités,

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Au nom des organisateurs de cette journée :

Je vous remercie d’être venus si nombreux honorer la mémoire des victimes du génocide des Bahutu du Burundi de1972.

Nous aurions préféré nous retrouver ici en ce jour pour commémorer un événement heureux.

Mais notre devoir de burundais nous a fait rassembler pour nous souvenir des moments terribles de notre histoire. Un génocide a été perpétré contre le peuple hutu du Burundi. Ce génocide obéissait au plan d’extermination du peuple Hutu dit «  plan Muhirwa-Simbananiye », et dénoncé par le Commandant Martin Ndayahoze, ministre de l’Information d’alors.

En résumé en quoi consistait ce plan ?

  1. Semer la haine entre les ethnies en noircissant fortement quelques hauts intellectuels bahutu ;
  2. Tuer le chef de l’Etat pour amener le pays dans la confusion et partant exacerber le peuple qui, corollairement va se soulever ;
  3. Tabler sur les rumeurs déjà en circulation et accuser les Bahutu de récidive de 1965.

Dès lors massacrer les Bahutu identifiés d’avance pour clamer plus tard le pouvoir comme rançon de son zèle.

En avril 1972, dans le Sud du pays des Batutsi sont morts aussi parque qu’ils étaient tutsi.

Ces massacres ont été mis sur le compte d’une rébellion hutu aidée des mulelistes ce qui en partie facilita la demande d’intervention de l’armée de Mobutu par Micombero. Mais toutes les thèses de complots avancées par Micombero : complots des Bahutu, complot du roi Ntare V revenu dans le pays avec des mercenaires pour venger sa destitution, ont été démontées pour mettre en évidence le machiavélisme d’un système politique d’Etat qui préférera sacrifier des vies pourtant sous sa protection et faire une mise en scène, dans le but de mettre son plan d’extermination des Bahutu à exécution.

Comme l’a si bien décrit M.B. Whitaker dans son rapport de «   l’Etude sur la question de la prévention du crime de génocide »établie le 2 juillet 1985, ( Doc. ONU E/CN.4/Sub.2/1985/6 )

« Le génocide est une menace constante contre la paix. C’est donc avec un sens aigu des responsabilités que doit être abordée l’étude d’une question qui suscite une vive émotion. Le but ici n’est donc absolument pas d’offrir des commentaires de caractère politique ou d’éveiller des sentiments d’amertume ou de revanche, mais bien au contraire – il faut l’espérer - de décourager la violence future en renforçant le sens des responsabilités de la Communauté Internationale et en développant les moyens de s’y opposer .Cet objectif serait compromis, la vérité historique violée et l’honnêteté des études de l’organisation des nations unies mise en doute , si les auteurs de génocide venaient à croire qu’il leur était possible , par des pressions politiques ou autres, de détourner l’attention de la Communauté Internationale ou de changer les annales de l’histoire. Si pareille tentative devait réussir, ceux qui à l’avenir envisageraient des crimes analogues trouveraient matière à encouragement ».

Il avait vu juste.

En effet si les auteurs du génocide de 1972 des Bahutu du Burundi avaient été jugés et condamnés, les massacres de 1988, 1991 et 1993 n’auraient pas eu lieu . Le Burundi serait peut-être aujourd’hui un havre de paix. Plus loin dans le même rapport il poursuit en citant la déclaration des droits de l’homme :

« Le droit à la vie est, de tous les droits de l’homme, celui qui prime, qui est fondamental, celui sans lequel aucun des autres droits de l’homme ne peut exister puisqu’ils sont tous tributaires du maintien de la vie humaine. »

La logique de l’impunité a droit de cité au Burundi. Qui peut garantir que la culture du génocide ne persistera pas aussi longtemps que les auteurs de ce crime odieux ne seront pas traduits devant le Tribunal International ?

Le génocide des Bahutu du Burundi de 1972 , ses prolongements en 1988, 1991 et 1993 et jusqu’aujourd’hui, est la plus grande catastrophe de l’histoire du Burundi. Il est l’aboutissement de toute une série de mécanismes de violence structurelle exercée sur la population Hutu du Burundi depuis l’indépendance par un groupe militaro-civil éthniste dont le seul but est de s’emparer du pouvoir pour leur seul profit.

« Génocide des Bahutu du Burundi » restera dans les tiroirs des institutions de l’ONU.

Quelqu’un a dit que :

« Tant que les régimes sont forts, même s’ils sont coupables des pires violations des droits de l’homme, ils seront toujours soutenus à l’étranger. C’est lorsqu’ils vacillent qu’on les achèvent ».

Trente ans que des centaines de milliers d’innocents ont été massacrés ; leur seul crime fut d’être Bahutu.

Encore une fois, au nom des Organisations qui ont préparé cette journée, à savoir :

Je vous remercie encore une fois d’être venus si nombreux et de m’avoir prêté attention.

VIVE LE BURUNDI

VIVE LA LIBERTE LE RESPECT MUTUEL LA DEMOCRATIE

QUE LA PAIX NOUS REVIENNE AU BURUNDI

 

Jacques KENESE