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Histoire politique du BURUNDI

de 1958 à 1993

COMITE POUR LA DEMOCRATIE AU BURUNDI


INDEX

1. Repères géographiques et historiques
2. De 1958 à l'indépendance: le bras de fer

A. Espoirs et incertitudes
B. Bonjour victoire, bonjour tristesse
C. Les conséquences de la mort de RWAGASORE
D. L'année de l'indépendance

3. De l'indépendance au coup d'état royal

A. L'indépendance entre amis et ennemis
B. Coup d'Etat manqué
C. Quels lendemains ?

4. La première république

A. Une république éphémère
B. La honte

5. La deuxième république
6. La troisième république

7. La quatrième république


 

1. Repères géographiques et historiques

Le Bu ru ndi est un petit pays d'Afrique centrale dont la superficie est de 27.834 km . Il est limité à l'Ouest par le Zaïre, au Nord par le Rwanda, à l'Est et auSud par la Tanzanie. Son relief est essentiellement montagneux. Néanmoins, il comporte plusieurs collines et des plateaux au centre du pays qui s'affaissent progressivement pour donner naissance à la plaine du MOSSO au Sud-Est. Au Nord, on trouve les petits lacs très appréciés des touristes. La grande plaine de la RUSIZI dans laquelle se trouve la capitale BUJUMBURA est séparée des plateaux centraux par la crête montagneuse de séparation ZAïRE - NIL.

Le BURUNDI a un réseau hydrographique important. On y trouve plusieurs rivières et ruisseaux; de plus, la source la plus méridionale du fleuve NIL se trouve au Sud du BURUNDI. C'est dans la plaine de la RUSIZI quesetrouve le lacTANGANIKA, ledeuxième lacdu mondeen profondeur et très poissonneux. Le climat y est tropical.


Ce bel aspect géographique du BURUNDI contraste avec sa situation économique. En effet, le BURUNDI fait partie des pays du Tiers-Monde et plus précisément des 36 pays les moins avancés de la planète. Le pays exporte surtout du café mais aussi du thé et du coton. Cependant, l'agriculture reste d'autosubsistance. L'élevage du gros bétail est en décroissance. Ce fait est le résultat de la diminution progressive des pâturages au profit des cultures. Le petit élevage (moutons, chèvres et porcs) permet de diversifier les apports alimentaires mais l'agriculture reste caractérisée par son faible rendement. Le pays possède quelques usines et industries d'un faible poids économique. La densité de population est forte et ne cesse de croître.

Le BURUNDI est un état laïc mais la majorité de la population est catholique. La liberté de culte était la seule garantie. Pour tous les Burundais, la culture occupe une place importante. Elle est commune au peuple burundais pourtant formé de trois composantes. Ce sont les TWAS, vivant de la chasse et de la cueillette qui se sont installés les premiers. Ce n'est qu'après que sont venus les HUTUS, sédentaires vivant de l'agriculture. Les TUTSIS sont arrivés bien plus tard à la recherche de pâturages pour leur bétail. Ces trois peuples s'organisèrent pour constituer finalement le royaume du BURUNDI.

Avant la colonisation, le royaume du BURUNDI avait une organisation propre. Le Roi était à la tête du pays. Les dirigeants de l'époque, les princes et les descendants de la famille royale concentraient les pouvoirs. A partir de 1885, le BURUNDI passa dans les mains des pays européens. Les Allemands, suite à la conférence de BERLIN de 1885 s'emparèrent du pays. Après leur défaite en 1918, le BURUNDI passa aux mains des alliés. Jusqu'en 1962, le BURUNDI restera sous administration belge, tout d'abord sous mandat, ensuite sous tutelle. En 1929, une école, d'abord d'administration puis regroupant d'autres sections est créée au RWANDA. C'est le groupe scolaire d'ASTRIDA. Seuls les enfants des princes, des chefs et sous-chefs ont accès aux formations. Cequifavorisa les TUTSIS par rapport aux autres couches sociales de la population burundaise. Après la deuxième guerre mondiale, le régime de mandat fut changé en régime de tutelle et cela dans le but de préparer les différentes colonies à acquérir leur autonomie. Des intellectuels africains se basant sur les principes de liberté et de démocratie des pays occidentaux vont fonder des partis politiques qui vont accélérer le processus d'émancipation et l'accession à l'indépendance. Le premier parti politique est crée en 1958. Lorsdesélections législativesde 1961, on en dénombrait unevingtaine. Le parti UPRONA remporta les élections qui accélérèrent la lutte pour l'indépendance du pays qui fut proclamée le premier juillet 1962. Mais elle consacrait un système monarchique dominé par les TUTSIS.


2. De 1958 à l'indépendance: le bras de fer

A. Espoirs et incertitudes


La conférence de BANDOENG de 1955 a été un détonateur pour les pays du TiersMonde. Certains commencèrent à réclamer leur indépendance au colonisateur. Le tandem RWANDA-BURUNDI, sous tutelle de la Belgique mandatée par l'ONU, a pris conscience devouloir recouvrerson indépendance confisquée par la conférence de BERLIN de 1883-1884. De janvier 1958 à nos jours, l'histoire du BURUNDI se résume à un bras de fer engagé entre le BURUNDI, la BELGIQUE et l'ONU.

La période entre 1958 et l'indépendance sera marquée par les aspirations de tout un peuple, les réticences de la tutelle à laquelle l'ONU réclame des comptes, au moins officiellement, et les incertitudes du lendemain. Au cours de la 22ème session de l'ONU à NEW-YORK en 1958, l'URSS critique la tutelle pour sa gestion du BURUNDI. Le pays connaît alors une modification radicale de l'administration traditionnelle. Tous les chefs et sous-chefs sont déposés. Ils sont remplacés par des bourgmestres et des gouverneurs, chargés d'administrer des communes et des provinces naissantes. Et puis, il y avait déjà les relations difficiles entre les HUTUS et les TUTSIS. Le roi MUTARA du RWANDA refusait de voirla réalité et l'ampleur du problème. Cependant, latension s'amplifiait. Et la fièvre de l'indépendance continuait de monter. Au BURUNDI, les partis politiques oeuvrent dans l'ombre. Les uns luttent contre la tutelle pourobtenir une indépendance immédiate. Les autres préfèrentaccéder petit à petit à l'indépendance.


Une commission de quelques personnalités, parmi lesquelles le célèbre Abbé KABILIGI, réclame l'autonomie interne. Il présente un projet de constitution du BURUNDI. Cette commission préconise entre autres la séparation du BURUNDI et du RWANDA.


La position de la BELGIQUE devenaittrès difficile. Située à des milliers de kilomètres, elle devait administrer ses trois colonies: CONGO, RWANDA et BURUNDI. Ces trois pays réunis étaient cent fois plus grand qu'elle ! De plus, la situation au CONGO estdramatique. La guerre inter-ethnique fait rage au RWANDA. La monarchie y est malmenée. Et les Burundais indépendantistes trépignent d'impatience. La tutelle refuse de légaliser les partis politiques. Pour elle, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. C'est une grave erreur.


Dans un hôtel de BUJUMBURA, MUTARA, le roi du RWANDA, est assassiné. C'est le début du déclin de la monarchie dans ce pays voisin maisaussi au BURUNDI. D'autant qu'en 1959, le prince sef iance avec une roturière, qui plus est himakazi. Ce qui lui attire la sympathie des paysans mais aussi la haine des royalistes extrémistes. Avant la fin de cette annéelà, la tutelle dut dans sa déclaration gouvernementale, prendre des décisions importantes. Parmi les principales mesures, il yeut la séparation définitive du RWANDA et du BURUNDI. Le conseil aura la charge de mettreen placede nouvelles structures administratives, un gouvernement transitoire en accord avec le MWANI (le roi) et la tutelle, et enfin de préparer les élections au suffrage universel.


B. Bonjour victoire, bonjour tristesse

La tutelle va organiser les structures administratives du pays à la va-vite. Le conseil supérieur du pays est aboli. Il est remplacé par la Commission Intérimairedu BURUNDI. Elleva finalement légaliser les partis politiques. IL y aura au moins vingtdeux partis agréés. Tous pourront manifester librement leurs opinions pour séduire l'électeur. Au mois de mars, une mission de l'ONU rencontre les représentants de la tutelle et du BURUNDI. Le discours reste le même. Les uns veulent l'indépendance immédiate, les autres plus tard.


Jusqu'alors, les médias n'avaient guère eu droit à la parole. La tutelle les avait proprement ignorés. Elle s'empressa de réparer son erreur. RadioBurundi est sur les ondes. Elle servira uniquement les différents pouvoirs en place. Les Burundais pourront être désormais informés de la vie politique du pays. Nous sommes à un an de l'indépendance. Le CONGO ( le Zaïre actuel) vient d'y accéder le 30 juin 1960. Par conséquent, la Force Publique du BURUNDI, constituée uniquement par des soldats congolais est désarmée. Elle esttransitoirement remplacée pardes paracommandos belges. Les militaires burundais en formation au CONGO durent rentrerau pays mais ils nefirent plus partiede l'armée burundaise.


Suite à un colloque tenu à BRUXELLES, un gouvernement comprenant des Belges et des Burundais prépare les élections communales. C'est un début qui annonce de profonds bouleversements. Qui va s'opposer lors de ces élections? D'un côté, il y a le Parti Démocrate Chrétien (P.D.C.) de Joseph BIROLI et de Jean NTIDENDERAZA, de la dynastie des BATARE. De l'autre, l'Union pour le Progrès National (UPRONA) du prince Louis RWAGOSORE, fils du MWANI MWAMBUTSA, de la dynastie BEZI. Le premier a le soutien de la tutelle. Le second est proche du peuple, au grand dam du résident général qui embastille le prince du 27 octobre au 9 décembre 1960. Aux élections de novembre, le P.D.C. arrive en tête ... et chacun de préparer avec hargne et détermination les législatives de 1961.


Entre temps, le conseil intérimaire remplace la commission et s'auto proclame Assemblée Législative. Ses membres se nomment députés. La tutelle ne désapprouve pas. Le MWANI MWAMBUTSA IV n'est guère actif dans cette bataille politique. Il est manipulé par la tutelle. Son fils lui reproche d'ailleurs de ne pas la bouter hors du pays. Quant à l'ONU, elle organise sa quatrième commission de tutelle à laquelle se rendent des personnalités diverses. Les dirigeants de la tutelle sont tiraillés de tous les côtés. Elle est confrontée aux Burundais déterminés à être indépendants et à l'ONU, sans oublier les puissance étrangères qui réclament le départde la Belgique. Pourquoi? Parce qu'elles ont déjà des vues sur le pays. L'ONU proposa à la tutelle de liquider le gouvernement et l'assemblée législative intérimaire et de recevoir la commission des Nations Unies pour le RWANDA-BURUNDI (CNURU) pour organiser et superviser les élections législatives. Mais à l'approche de ces élections, des troubles violents comprenant mort d'hommes éclatent aux quatre coins du pays. La CNURU prit acte de ces déchaînements et s'attacha à aider la tutelle à sortir de l'impasse. Il fallait aussi trouver un mode de scrutin f iable pour les élections. Toutes les parties concernées trouvèrent un consensus, y compris sur le vote des femmes qui sera accordé.


La date des élections est fixée au 18 septembre 1961. En soirée, les résultats tombent. La victoire de l'UPRONA est écrasante. Sur 64 sièges
à pourvoir, ce parti en raf le 58. Le f ront commun se contente de 6 sièges. Les vainqueurs doivent désormais gérer la victoire. LOUIS RWAGASORE est nommé formateur du nouveau gouvernement. Le prince se nomme premier ministre et ministre des affaires communautaires du BURUNDI et du RWANDA. Le gouvernement reçoit la confiance de l'assemblée nationale. La mission de l'ONU peut repa rti r à N EW-York avec le sentiment du devoir accompli


Le BURUNDI a p p a r t i e n t désormais aux Burundais. Mais R W A G A S 0 R E n'assumera plus longtemps ses fonctions. Dans la nuit du 13 octobre 1961, il est abattu dans un restaurant par un tireur embusqué. Son corps est transporté à GITEGA. Avec la mort du Prince, meurt également et pour longtemps la paix, la justice et la démocratie au BURUNDI.


C. Les conséquences de la mort de RWAGASORE

La mort de RWAGASORE va provoquer de graves et irréversibles conséquences pour le BURUNDI. On peut se demander si les commanditaires de l'assassin du prince avaient mesuré la conséquence de leur acte. A qui en voulaient-ils ? Au chef de file de l'UPRONA uniquement? Ou avaient-ils l'intention de faire basculer le BURUNDI dans sa situation actuelle ?


L'assassin, le grec Jeran KAGEORGIS fut fusillé. Ses complices furent pendusdans le stade de football de GITEGA. L'atmosphère qui a suivi ces événements fut une catastrophe pour tout le pays. Selon les règles démocratiques, le vice-premier ministre, Pierre NGENDANDUMWE, devait lui succéder. Mais il n'en fut rien. Le roi MWAMBUTSA lui préféra son gendre. Ce dernier occupa donc les postes de premier ministre, de ministre des affaires communautaires et de l'intérieur. En octobre 1961, l'Assemblée Nationale s'installe pour de bon à BUJUMBURA. La cohabitation entre les UPRONISTES et les fonctionnaires de la tutelle est de plus en plus difficile. Les incidents se multiplient danstous le pays. Le parti de

l'UPRONA connaît des scissions internes. L'ethnisation au sein du parti commence. Les deux clans veulent acquérir au plus vite l'indépendance. Une concertation entre l'ONU et la puissance administrante était nécessaire. Les ultras UPRONA mettent en garde le MWAMI de se méf îer de son gendre. Les HUTUS prépareraient un coup d'état af in de le mettre au pouvoir. Mais pourquoi les HUTUS auraient-ils provoqué un coup d'Etat?


Du côté ad min istratif, la restructuration s'impose. Presque la totalité des administrateurs des provinces sont remplacés. Ces nouveaux venus avaient eu parle passé maille à partir avec les autorités supérieures. Avec la Jeunesse Nationaliste Rwangasore, ils vont s'opposer à la tutelle. L'atmosphère du pays était empoisonnée. Des troubles sporadiques sont signalés à BUJUMBURA. La tournée du premier ministre et de certains de ces conseillers de la tutelle ne suffit pas à ramener la sérénité sur les collines ou dans les villes, et encore moins à BUJUMBURA. C'est le début d'une longue période de violence. Le Roi quitte le pays pour la SUISSE, où il se fait soigner.


Rien ne va plus au BURUNDI. La pagaille s'amplifie sur tout le territoire. Le premier ministre lance des appels au calme à la radio. Ils ne sont pas entendus. Les fêtes de fin d'année approchent. La délégation conduite par Pierre NGENDANDUMWE à BRUXELLES aboutit à la suppression de la tutelle administrante et à l'autonomie interne totale du BURUNDI. Le Haut Représentant de la Belgique remplace le Résident Général. Nous sommes en décembre 1961. Les différentes négociations entre les délégations du BURUNDI à BRUXELLES, à NEW-YORK et les pourparlers entre la tutelle et l'ONU aboutissent à f ixer la date de l'indépendance au premier juillet 1962.


D. L'année de l'indépendance

Le Roi a quitté les montagnes suisses pour retrouver son pays en proie à l'agitation. Le MWAMI se met alors à faire la tournée des camps miliaires pours'assurerde leur état d'esprit. Cesvisitessont motivées par deux raisons. Premièrement, le Roi comble l'incapacité de son gendre à assurer la paix et l'ordre dans le pays. Deuxièmement, il tient à tenir en main lestroupes de l'UPRONA qui se fissurent en de multiples tendances ethnisantes. Le BURUNDI se dirige vers le jour J.


Dans la nuit du 30 juin au ler juillet 1962, à minuit, le drapeau belge descend pour laisser place à celui du BURUNDI, frappé des emblèmes de la monarchie. C'est l'indépendance.

 

 


3. De l'indépendance au coup d'état royal

A. L'indépendance entre amis et ennemis

Le prince Louis RWAGASORE avait réussi à rassembler dans son entourage tous les Burundais, sans distinction aucune. Tous les groupes ethniques étaient logés à la même enseigne. Les HUTUS siégeaient au gouvernement et au parlement. Le mariage du prince avec une HIMA n'était toujours pas accepté par tout le monde. Surtout pas la noblesse. Si le roi tentait par tous les moyens d'unir les habitants de son pays, ses amis détruisaient sans scrupules l'unitédu pays. La situationva dégénérer.


L'incompétence du gendre devient de plus en plus évidente. Les tensions montent entre l'Assemblée et le palais royal. Les extrémistes de connivence avec les radicaux rwandais réfugiés dans le pays jouent la provocation. Les bourgmestres sont assassinés ou enterrés vivants. Il n'y a ni enquête, ni jugement. Les assassins sont connus. Mais ils coulent une vie paisible. Le parlement se divise en deux blocs: le groupe "Casablanca" des ultras, à la tête duquel se trouve le gendre du roi et le groupe "Monrovia" des intellectuels progressistes et démocrates, dirigés par le tandem Pierre NGENDANDUWE et Thaddée SIRYUYMUNSI .


Finalement, le roi destitue son gendre. Il appelle Pierre NGENDANDUWE à composer le gouvernement et à rétablir la paix dans le pays. Dès sa nomination, le nouveau premier ministre ouvre une enquête sur les assassinats des bourgmestres. Mais il sera rapidement révoqué pour avoir refusé de destituertrois ministres hutus. Le roi le remplace par un pur et dur du groupe Casablanca. Il regrettera vite son choix. La terreur règne. Les emprisonnements se multiplient. Les procès fabriqués aussi. Le roi frappe du poing sur la table. Il veut se faire une idée précise sur les inégalités ethniques. Il confie cette mission à Pierre NGENDANDUMWE. Celui-ci dirigera unecommission royalequi dressera untableau éloquent de la répartition ethnique dans l'administration.


Les inégalités vont s'avérer stupéfiantes. Le MWAMI constate que les HUTUS sont presqu'inexistants danstous les domaines. Cette constatation dérange. Surtout le premier ministre qui conduit le pays à la dérive. Le MWAMI sévit. Il révoque le gouvernement. Il s'adresse une nouvelle fois à Pierre NGENDADUMWE afin de former un nouveau gouvernement. Les extrémistes se liguent contre lui. Après 8jours de consultation et de réflexion, le premier ministre présente au roi la composition de son gouvernement. Les manifestations anti-NGENDANDUMWE, organisées par les extrémistes ne tardent pas. Cet homme dérange. Pourquoi? Il connaît trop bien les problèmes du BURUNDI. Et le roi lui accorde toute sa confiance. Heureusement, le groupe MONROVIA le soutient.


Cet humaniste connaîtra le même sort que Martin Luther KING. Le 15 janvier 1965, il est abattu par un tireur devant la clinique où sa femme vient d'accoucher. L'enquête est confiée à un substitut qui opere plusieurs arrestations dans les milieux extrémistes. Le premier coupable montré du doigt est le MWAMI ou du moins son entourage. Sur ordre du roi, plusieurs inculpés sont libérés. Il fallait trouver un coupable. Un pauvre rwandais servira de bouc émissaire. L'assassin, connu de tous, se réfugieen OUGANDA. C'est un hommedit modéré au sein desextrémistes qui succède à NGENDANDUMWE.

Constitutionnellement, le temps des élections arrive. Les dernières ont eu lieu voici quatre ans. Le roi, sous l'influence du groupe de Casablanca dissout l'Assemblée. Le 10 mai 1965, les élections ont lieu. Elles sont entachées de tricheries. Elles ont donné la majorité à l'ethnie la plus importante, les HUTUS. Le roi nomme son cousin Léopold BIHA premier ministre.


B. Coup d'Etat manqué

On a beaucoup parlé du coup d'Etat du 18 au 19 octobre 1965. Seulement, des détails importants ont été volontairement omis. Reprenons le fil de l'histoire. Et les événements qui ont précédé ce coup d'Etat. On se souvient que rien n'allait plus entre le MWAMI MWAMBUTSA IV et les deux chambres des représentants. La nomination du premier ministre ne plaît à personne, ni à l'Assemblée, ni au Sénat, ni à l'UPRONA, et encore moins à l' UPB. De tous les crimes passés, seuls les assassins du prince RWAGASORE ont été exécutés. Les tensions sont au paroxysme dans le pays. La nuit du 18 octobre 1965, des militaires tutsis et hutus auraient reçus l'ordre d'en finir avec le roi et d'attaquer le palais. Une confusion indescriptible s'installe au moment de l'attaque. Le roi se réfugie dans une sucrerie du côté de la frontière zaïroise. Des mutins appartenant à toutes les ethnies pillent les armureries. En province, la situation est dramatique. Despaysans sont hachés menus. Des véhicules du gouvernement sont mobilisés pour aller charger des centaines de morts et évacuer des centaines de blessés. Le bilan est lourd, de ce coup d'état perpétré parles ultras de l'entourage du MWAMI en étroite collaboration avec ceux de Casablanca.


C. Quels lendemains ?


Les extrémistes jubilent. La chasse aux coupables est ouverte. On tue. Toutes les nuits, on traque, on arrête, on fusille. Les députés, les sénateurs, les officiers de l'armée et de la gendarmerie, des intellectuels sont fusillés sous les éclairages des puissants projecteurs du stade RWAGASORE. Des milliers de personnes fuient le pays. Cette terrible année 1965 voit donc le Roi fuir ses responsabilités. Ilabandonneson pays. IL règne de l'étranger. Les étudiants réagissent. Ils se réunissent

à Paris en juillet 1966. Deux idées maîtresses se dégagent de ce congrès: l'instauration d'un parti uniqueet l'abolition de la monarchie. L'UPRONA devient leseul parti légal.Tous les autres groupes politiques s'y intègrent. Du côté du trône, c'est le vide. Le prince Charles NDIZEYE, un adolescent de 19 ans, rentre au pays. Le premier septembre 1966, il est intronisé selon la coutume sous le nom dynastique de NTARE V. Son règne commence mal. Les assassinats, les incendies se poursuivent. Son père maintient son influence et désigne un nouveau premier ministre, le militaire MICOMBERO. Un choix qu'il regrettera. Lejeune roi, poussé par son premier ministre, se rend au ZAIRE. De là à penser qu'il y a eu connivence entre MICOMBERO et MOBUTU, il n'y a qu'un pas que l'on franchit facilement. Toujours est-il que le roi NTARE V s'envole pour KINSHASA le 24 novembre. Quatre jours plus tard, le capitaine MICOMBERO proclame la républiqueeten devient le président. La radio nationale devient la voixde la révolution. La JNR esttransformée en JRR (jeunesse révolutionnaire rwagasore). Ces deux institutions vont servir parfaitement la république. Les extrémistes ont désormais le champ libre et peuvent poursuivre les massacres d'innocents.


4. La première république

A. Une république éphémère

Des premiers mois de la république, on retiendra surtout les faux complotscontre le pouvoir. La JRR devient une milice parallèle à l'armée régulière. Les prisons se remplissent. Les institutions démocratiques sont suspendues. La dictature s'instaure. Les partis politiques sont dissous pour garder l'UPRONA comme instrument de référence. Le nettoyage ethnique devient une grande lessive. Le pays sombre dans le chaos. Le président MICOMBERO ne se soucie guère des pressions populaires et internationales.


B. La honte

Le BURUNDI est vidé, martyrisé, endeuillé pour longtemps. L'ex-Roi NTARE V est arrêté. Son gouvernement est révoqué. Pour réaliser son plan d'extermination, NICOMBERO appelle le président du ZAIRE à la rescousse. Fort heureusement, les soldats zaïrois comprennent vite qu'ils n'avaient été invités que pour perpétrer un massacre ethnique et rentrent rapidement chez eux. Le roi est froidement abattu près du palais de son père. Officiellement, il auraitététué lors de combats contre des mulétistes. Pourjustifier les massacres, les autorités prétendent que les victimes voulaient rétablir la monarchie. En 1965, les mêmes massacres avaient été justifiés par sa défense contre un complot républicain. Les barundi abandonnés à eux-mêmes subissent l'humiliation qu'ils n'avaient jamais connue depuis que le monde est monde. On procède à un génocide à grande échelle. Mais aucune pression internationale ne sera exercée sur MICOMBERO pour sauver ce qui reste à sauver. Le gouvernement pousse le cynisme à inviter les étudiants à rentrer au pays sous peine de sanctions graves. Beaucoup ont préféré répondre à cette provocation par lesilencede l'exil. Le BURUNDI vitdans laterreuretsous la dictature.

 



5. La deuxième république

MICOMBERO sera pris à son propre jeu. Le premier novembre 1976, un colonel s'empare du pouvoir. Le nouveau président est un homme méfiant. Les Burundais croient en lui mais ils seront vite déçus. Dans les écoles primaires, secondaires et supérieurs, les enfants du menu peuple sont battus, expulsés des écoles, recalés aux examens et aux concours. Les HUTUS continuent d'être desvictimes. Le président ferme les églises. Mais on ne s'attaque pas impunément aux représentants de l'Eternel. L'Eglise, face à ce génocide culturel des citoyens organise dans tout le pays des réunions d'alphabétisation. Le chef de l'Etat n'apprécie pas l'initiative. Il interdit le culte. Il a eu tort de se dresser contre l'Eglise. Il avait promis de rétablir la démocratie confisquée par son prédécesseur mais il n'en fait rien. Au contraire, il aggrave la situation et commence à excéder le peuple et surtout les militaires qui prennent l'affaire en main.

 


6. La troisième république

Cette année 1987, le sommet de la francophonie a lieu au QUEBEC. Le président s'y rend sans se soucier du mécontentement général. Les militaires profitent de son absence pour porter au pouvoir un major. C'est l'avènement de la troisième république dont le chef, comme ses prédécesseurs promet le retour à la démocratie. Mais les extrémistes veillent. Leur cynisme va plonger le pays dans la stupeur. Le peuple est à bout. Au mois d'août 1988, il se révolte. Révolution vite avortée mais qui fait des dizaines de milliers de morts. Les pays voisins réagissent enfin. Les présidents du RWANDA et du ZAIRE conseillent à leur homologue de changer la situation de son pays. Le gouvernement est remanié. Une constitution est adoptée qui autorise partiellement le multipartisme dans la mesure où quelques partis restent interdits. Néanmoins, on peut parler de tentative d'ouverture. L'Etat se réconcilie avec l'Eglise qui recouvre sa splendeur et ses biens. Le président est heureux et fier de son action pour le pays. Sûr de sa victoire, il autorise lesélections présidentielles et législatives mais dans lesecretdes isoloirs, les surprises surgissent parfois.

 


7. La quatrième république

La campagne électorale est ouverte et l'élection présidentielle fixée au premierjuin 1993. Melchior NDADAYE triomphe et est élu président de la république. Aux élections législatives, son parti emporte les 4/5èmes des sièges à pourvoir. NDADAYE incarne la sagesse et l'espoir de tout un peuple. Les Burundais attendent en confiance le respect des droits de l'Homme et le retour des exilés avec celui de la démocratie. Mais dans l'ombre, les extrémistes guettent le moindre faux pas du chef de l'Etat...

Encore une fois, ils viennent de plonger tout le pays dans le chaos. Après avoir pris soin de décapiter l'Etat burundais en tuant le Président de la République, le Président et le vice-Président du parlement, les autres ministress'étant réfugiés dans les ambassades dejustesse; actuellement ilsse livrent à un massacre au sein de la population civile etcontraignent d'autres à s'exiler.

Heureusement pour le pays, le contexte actuel n'est plus favorable aux coups d'Etat; espérons que la mobilisation nationale et internationale qui s'est manifestée dès le lendemain du putch militaire finira bientôt par rétablir la légalité au Burundi

.


Provient d'une publication du COMITE POUR LA DEMOCRATIE AU BURUNDI, 28 rue de Parme - 1060 Bruxelles , Rédaction Félix Kubwayo, Réalisation : Patrick DELMOTTE, Ed. Resp. Jean-lLouis DELAET, 15 Bd de l'Empereur - 1000 Bruxelles - NOVEMBRE 1993.

 

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