Histoire politique du BURUNDI
de 1958 à 1993
COMITE POUR LA DEMOCRATIE AU BURUNDI
INDEX
1. Repères géographiques et historiques
2.
De 1958 à l'indépendance: le bras de fer
A.
Espoirs et incertitudes
B.
Bonjour victoire, bonjour tristesse
C.
Les conséquences de la mort de RWAGASORE
D.
L'année de l'indépendance
3.
De l'indépendance au coup d'état royal
A.
L'indépendance entre amis et ennemis
B. Coup d'Etat manqué
C.
Quels lendemains ?
4.
La première république
A.
Une république éphémère
B.
La honte
5.
La deuxième république
6. La troisième république
7.
La quatrième république
1. Repères géographiques et historiques
Le Bu ru ndi est un petit pays d'Afrique centrale dont la superficie est de 27.834 km . Il
est limité à l'Ouest par le Zaïre, au Nord par le Rwanda, à l'Est et auSud par la Tanzanie.
Son relief est essentiellement montagneux. Néanmoins, il comporte plusieurs collines et
des plateaux au centre du pays qui s'affaissent progressivement pour donner naissance à
la plaine du
MOSSO au Sud-Est. Au Nord, on trouve les petits lacs très appréciés des
touristes. La grande plaine de la RUSIZI dans laquelle se trouve la capitale BUJUMBURA
est séparée des plateaux centraux par la crête montagneuse de séparation ZAïRE - NIL.
Le BURUNDI a un réseau hydrographique important. On y trouve plusieurs rivières et
ruisseaux; de plus, la source la plus méridionale du fleuve NIL se trouve au Sud du
BURUNDI. C'est dans la plaine de la RUSIZI quesetrouve le lacTANGANIKA, ledeuxième
lacdu mondeen profondeur et très poissonneux. Le climat y est tropical.
Ce bel aspect géographique du BURUNDI contraste avec sa situation économique. En
effet, le BURUNDI fait partie des pays du Tiers-Monde et plus précisément des 36 pays
les moins avancés de la planète. Le pays exporte surtout du café mais aussi du thé et
du coton. Cependant, l'agriculture reste d'autosubsistance. L'élevage du gros bétail est
en décroissance. Ce fait est le résultat de la diminution progressive des pâturages au
profit des cultures. Le petit élevage (moutons, chèvres et porcs) permet de diversifier les
apports alimentaires mais l'agriculture reste caractérisée par son faible rendement. Le
pays possède quelques usines et industries d'un faible poids économique. La densité de
population est forte et ne cesse de croître.
Le BURUNDI est un état laïc mais la majorité de la population est catholique. La liberté
de culte était la seule garantie.
Pour tous les Burundais, la culture occupe une place importante. Elle est commune au
peuple burundais pourtant formé de trois composantes. Ce sont les TWAS, vivant de la
chasse et de la cueillette qui se sont installés les premiers. Ce n'est qu'après que sont
venus les HUTUS, sédentaires vivant de l'agriculture. Les TUTSIS sont arrivés bien plus
tard à la recherche de pâturages pour leur bétail. Ces trois peuples s'organisèrent pour
constituer finalement le royaume du BURUNDI.
Avant la colonisation, le royaume du BURUNDI avait une organisation propre. Le
Roi était à la tête du pays. Les dirigeants de l'époque, les princes et les
descendants de la famille royale concentraient les pouvoirs. A partir de 1885,
le BURUNDI passa dans les mains des pays européens. Les Allemands, suite à la
conférence de BERLIN de 1885 s'emparèrent du pays. Après leur défaite en
1918, le BURUNDI passa aux mains des alliés. Jusqu'en 1962, le BURUNDI restera
sous administration belge, tout d'abord sous mandat, ensuite sous tutelle. En
1929, une école, d'abord d'administration puis regroupant d'autres sections est
créée au RWANDA. C'est le groupe scolaire d'ASTRIDA. Seuls les enfants des
princes, des chefs et sous-chefs ont accès aux formations. Cequifavorisa les
TUTSIS par rapport aux autres couches sociales de la population burundaise.
Après la deuxième guerre mondiale, le régime de mandat fut changé en régime
de tutelle et cela dans le but de préparer les différentes colonies à
acquérir leur autonomie. Des intellectuels africains se basant sur les
principes de liberté et de démocratie des pays occidentaux vont fonder des
partis politiques qui vont accélérer le processus d'émancipation et
l'accession à l'indépendance. Le premier parti politique est crée en 1958.
Lorsdesélections législativesde 1961, on en dénombrait unevingtaine. Le parti
UPRONA remporta les élections qui accélérèrent la lutte pour l'indépendance
du pays qui fut proclamée le premier juillet 1962. Mais elle consacrait un
système monarchique dominé par les TUTSIS.
2.
De 1958 à l'indépendance: le bras de fer
A. Espoirs et incertitudes
La conférence de BANDOENG de 1955 a été un détonateur pour les pays du
TiersMonde. Certains commencèrent à réclamer leur indépendance au
colonisateur. Le tandem RWANDA-BURUNDI, sous tutelle de la Belgique mandatée
par l'ONU, a pris conscience devouloir recouvrerson indépendance confisquée
par la conférence de BERLIN de 1883-1884. De janvier 1958 à nos jours,
l'histoire du BURUNDI se résume à un bras de fer engagé entre le BURUNDI, la
BELGIQUE et l'ONU.
La période
entre 1958 et l'indépendance sera marquée par les aspirations de tout un
peuple, les réticences de la tutelle à laquelle l'ONU réclame des comptes, au
moins officiellement, et les incertitudes du lendemain. Au cours de la 22ème
session de l'ONU à NEW-YORK en 1958, l'URSS critique la tutelle pour sa gestion
du BURUNDI. Le pays connaît alors une modification radicale de l'administration
traditionnelle. Tous les chefs et sous-chefs sont déposés. Ils sont remplacés
par des bourgmestres et des gouverneurs, chargés d'administrer des communes et
des provinces naissantes. Et puis, il y avait déjà les relations difficiles
entre les HUTUS et les TUTSIS. Le roi MUTARA du RWANDA refusait de voirla
réalité et l'ampleur du problème. Cependant, latension s'amplifiait. Et la
fièvre de l'indépendance continuait de monter. Au BURUNDI, les partis
politiques oeuvrent dans l'ombre. Les uns luttent contre la tutelle pourobtenir
une indépendance immédiate. Les autres préfèrentaccéder petit à petit à
l'indépendance.
Une commission de quelques personnalités, parmi lesquelles le célèbre Abbé
KABILIGI, réclame l'autonomie interne. Il présente un projet de constitution
du BURUNDI. Cette commission préconise entre autres la séparation du BURUNDI
et du RWANDA.
La position de la BELGIQUE devenaittrès difficile. Située à des milliers de
kilomètres, elle devait administrer ses trois colonies: CONGO, RWANDA et
BURUNDI. Ces trois pays réunis étaient cent fois plus grand qu'elle ! De plus,
la situation au CONGO estdramatique. La guerre inter-ethnique fait rage au
RWANDA. La monarchie y est malmenée. Et les Burundais indépendantistes
trépignent d'impatience. La tutelle refuse de légaliser les partis politiques.
Pour elle, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. C'est une grave
erreur.
Dans un hôtel de BUJUMBURA, MUTARA, le roi du RWANDA, est assassiné. C'est le
début du déclin de la monarchie dans ce pays voisin maisaussi au BURUNDI.
D'autant qu'en 1959, le prince sef iance avec une roturière, qui plus est
himakazi. Ce qui lui attire la sympathie des paysans mais aussi la haine des
royalistes extrémistes. Avant la fin de cette annéelà, la tutelle dut dans sa
déclaration gouvernementale, prendre des décisions importantes. Parmi les
principales mesures, il yeut la séparation définitive du RWANDA et du
BURUNDI. Le conseil aura la charge de mettreen placede nouvelles structures
administratives, un gouvernement transitoire en accord avec le MWANI (le roi) et
la tutelle, et enfin de préparer les élections au suffrage universel.
B.
Bonjour victoire, bonjour tristesse
La tutelle va
organiser les structures administratives du pays à la va-vite. Le conseil
supérieur du pays est aboli. Il est remplacé par la Commission Intérimairedu
BURUNDI. Elleva finalement légaliser les partis politiques. IL y aura au moins
vingtdeux partis agréés. Tous pourront manifester librement leurs opinions
pour séduire l'électeur. Au mois de mars, une mission
de l'ONU rencontre les représentants de la tutelle et du BURUNDI. Le discours
reste le même. Les uns veulent l'indépendance immédiate, les autres plus
tard.
Jusqu'alors, les médias n'avaient guère eu droit à la parole. La tutelle les
avait proprement ignorés. Elle s'empressa de réparer son erreur. RadioBurundi
est sur les ondes. Elle servira uniquement les différents pouvoirs en place.
Les Burundais pourront être désormais informés de la vie politique du pays.
Nous sommes à un an de l'indépendance. Le CONGO ( le Zaïre actuel) vient d'y
accéder le 30 juin 1960. Par conséquent, la Force Publique du BURUNDI,
constituée uniquement par des soldats congolais est désarmée. Elle
esttransitoirement remplacée pardes paracommandos belges. Les militaires
burundais en formation au CONGO durent rentrerau pays mais ils nefirent plus
partiede l'armée burundaise.
Suite à un colloque tenu à BRUXELLES, un gouvernement comprenant des Belges et
des Burundais prépare les élections communales. C'est un début qui annonce de
profonds bouleversements. Qui va s'opposer lors de ces élections? D'un côté,
il y a le Parti Démocrate Chrétien (P.D.C.) de Joseph BIROLI et de Jean
NTIDENDERAZA, de la dynastie des BATARE. De l'autre, l'Union pour le Progrès
National (UPRONA) du prince Louis RWAGOSORE, fils du MWANI MWAMBUTSA, de la
dynastie BEZI. Le premier a le soutien de la tutelle. Le second est proche du
peuple, au grand dam du résident général qui embastille le prince du 27
octobre au 9 décembre 1960. Aux élections de novembre, le P.D.C. arrive en
tête ... et chacun de préparer avec hargne et détermination les législatives
de 1961.
Entre temps, le conseil intérimaire remplace la commission et s'auto proclame
Assemblée Législative. Ses membres se nomment députés. La tutelle ne
désapprouve pas. Le MWANI MWAMBUTSA IV n'est guère actif dans cette bataille
politique. Il est manipulé par la tutelle. Son fils lui reproche d'ailleurs de
ne pas la bouter hors du pays. Quant à l'ONU, elle organise sa quatrième
commission de tutelle à laquelle se rendent des personnalités diverses. Les
dirigeants de la tutelle sont tiraillés de tous les côtés. Elle est
confrontée aux Burundais déterminés à être indépendants et à l'ONU, sans
oublier les puissance étrangères qui réclament le départde la Belgique.
Pourquoi? Parce qu'elles ont déjà des vues sur le pays. L'ONU proposa à la
tutelle de liquider le gouvernement et l'assemblée législative intérimaire et
de recevoir la commission des Nations Unies pour le RWANDA-BURUNDI (CNURU) pour
organiser et superviser les élections législatives. Mais à l'approche de ces
élections, des troubles violents comprenant mort d'hommes éclatent aux quatre
coins du pays. La CNURU prit acte de ces déchaînements et s'attacha à aider
la tutelle à sortir de l'impasse. Il fallait aussi trouver un mode de scrutin f
iable pour les élections. Toutes les parties concernées trouvèrent un
consensus, y compris sur le vote des femmes qui sera accordé.
La date des élections est fixée au 18 septembre 1961. En soirée, les
résultats tombent. La victoire de l'UPRONA est écrasante. Sur 64 sièges
à pourvoir, ce parti en raf le
58. Le f ront commun se contente de 6 sièges. Les vainqueurs doivent désormais
gérer la victoire. LOUIS RWAGASORE est nommé formateur du nouveau
gouvernement. Le prince se nomme premier ministre et ministre des affaires
communautaires du BURUNDI et du RWANDA. Le gouvernement reçoit la confiance de
l'assemblée nationale. La mission de l'ONU peut repa rti r à N EW-York avec le
sentiment du devoir accompli
Le BURUNDI a p p a r t i e n t désormais aux Burundais. Mais R W A G A S 0 R E
n'assumera plus longtemps ses fonctions. Dans la nuit du 13 octobre 1961, il est
abattu dans un restaurant par un tireur embusqué. Son corps est transporté à
GITEGA. Avec la mort du Prince, meurt également et pour longtemps la paix, la
justice et la démocratie au BURUNDI.
C.
Les conséquences de la mort de RWAGASORE
La mort de RWAGASORE va provoquer de graves et irréversibles conséquences pour
le BURUNDI. On peut se demander si les commanditaires de l'assassin du prince
avaient mesuré la conséquence de leur acte. A qui en voulaient-ils ? Au chef
de file de l'UPRONA uniquement? Ou avaient-ils l'intention de faire basculer le
BURUNDI dans sa situation actuelle ?
L'assassin, le grec Jeran KAGEORGIS fut fusillé. Ses complices furent
pendusdans le stade de football de GITEGA. L'atmosphère qui a suivi ces
événements fut une catastrophe pour tout le pays. Selon les règles
démocratiques, le vice-premier ministre, Pierre NGENDANDUMWE, devait lui
succéder. Mais il n'en fut rien. Le roi MWAMBUTSA lui préféra son gendre. Ce
dernier occupa donc les postes de premier ministre, de ministre des affaires
communautaires et de l'intérieur. En octobre 1961, l'Assemblée Nationale
s'installe pour de bon à BUJUMBURA. La cohabitation entre les UPRONISTES et
les fonctionnaires de la tutelle est de plus en plus difficile. Les incidents se
multiplient danstous le pays. Le parti de
l'UPRONA
connaît des scissions internes. L'ethnisation au sein du parti commence. Les
deux clans veulent acquérir au plus vite l'indépendance. Une concertation
entre l'ONU et la puissance administrante était nécessaire. Les ultras UPRONA
mettent en garde le MWAMI de se méf îer de son gendre. Les HUTUS
prépareraient un coup d'état af in de le mettre au pouvoir. Mais pourquoi les
HUTUS auraient-ils provoqué un coup d'Etat?
Du côté ad min istratif, la restructuration s'impose. Presque la totalité des
administrateurs des provinces sont remplacés. Ces nouveaux venus avaient eu
parle passé maille à partir avec les autorités supérieures. Avec la Jeunesse
Nationaliste Rwangasore, ils vont s'opposer à la tutelle. L'atmosphère du pays
était empoisonnée. Des troubles sporadiques sont signalés à BUJUMBURA. La
tournée du premier ministre et de certains de ces conseillers de la tutelle ne
suffit pas à ramener la sérénité sur les collines ou dans les villes, et
encore moins à BUJUMBURA. C'est le début d'une longue période de violence. Le
Roi quitte le pays pour la SUISSE, où il se fait soigner.
Rien ne va plus au BURUNDI. La pagaille s'amplifie sur tout le territoire. Le
premier ministre lance des appels au calme à la radio. Ils ne sont pas
entendus. Les fêtes de fin d'année approchent. La délégation conduite par
Pierre NGENDANDUMWE à BRUXELLES aboutit à la suppression de la tutelle
administrante et à l'autonomie interne totale du BURUNDI. Le Haut Représentant
de la Belgique remplace le Résident Général. Nous sommes en décembre 1961.
Les différentes négociations entre les délégations du BURUNDI à BRUXELLES,
à NEW-YORK et les pourparlers entre la tutelle et l'ONU aboutissent à f ixer
la date de l'indépendance au premier juillet 1962.
D.
L'année de l'indépendance
Le Roi a
quitté les montagnes suisses pour retrouver son pays en proie à l'agitation.
Le MWAMI se met alors à faire la tournée des camps miliaires pours'assurerde
leur état d'esprit. Cesvisitessont motivées par deux raisons. Premièrement,
le Roi comble l'incapacité de son gendre à assurer la paix et l'ordre dans le
pays. Deuxièmement, il tient à tenir en main lestroupes de l'UPRONA qui se
fissurent en de multiples tendances ethnisantes. Le BURUNDI se dirige vers le
jour J.
Dans la nuit du 30 juin au ler juillet 1962, à minuit, le drapeau belge descend
pour laisser place à celui du BURUNDI, frappé des emblèmes de la monarchie.
C'est l'indépendance.
3.
De l'indépendance au coup d'état royal
A. L'indépendance
entre amis et ennemis
Le prince Louis RWAGASORE avait réussi à rassembler dans son entourage tous
les Burundais, sans distinction aucune. Tous les groupes ethniques étaient
logés à la même enseigne. Les HUTUS siégeaient au gouvernement et au
parlement. Le mariage du prince avec une HIMA n'était toujours pas accepté par
tout le monde. Surtout pas la noblesse. Si le roi tentait par tous les moyens
d'unir les habitants de son pays, ses amis détruisaient sans scrupules
l'unitédu pays. La situationva dégénérer.
L'incompétence du gendre devient de plus en plus évidente. Les tensions
montent entre l'Assemblée et le palais royal. Les extrémistes de connivence
avec les radicaux rwandais réfugiés dans le pays jouent la provocation. Les
bourgmestres sont assassinés ou enterrés vivants. Il n'y a ni enquête, ni
jugement. Les assassins sont connus. Mais ils coulent une vie paisible. Le
parlement se divise en deux blocs: le groupe "Casablanca" des ultras,
à la tête duquel se trouve le gendre du roi et le groupe "Monrovia"
des intellectuels progressistes et démocrates, dirigés par le tandem Pierre
NGENDANDUWE et Thaddée SIRYUYMUNSI .
Finalement, le roi destitue son gendre. Il appelle Pierre NGENDANDUWE à
composer le gouvernement et à rétablir la paix dans le pays. Dès sa
nomination, le nouveau premier ministre ouvre une enquête sur les assassinats
des bourgmestres. Mais il sera rapidement révoqué pour avoir refusé de
destituertrois ministres hutus. Le roi le remplace par un pur et dur du groupe
Casablanca. Il regrettera vite son choix. La terreur règne. Les emprisonnements
se multiplient. Les procès fabriqués aussi. Le roi frappe du poing sur la
table. Il veut se faire une idée précise sur les inégalités ethniques. Il
confie cette mission à Pierre NGENDANDUMWE. Celui-ci dirigera unecommission
royalequi dressera untableau éloquent de la répartition ethnique dans
l'administration.
Les inégalités vont s'avérer stupéfiantes. Le MWAMI constate que les HUTUS
sont presqu'inexistants danstous les domaines. Cette constatation dérange.
Surtout le premier ministre qui conduit le pays à la dérive. Le MWAMI sévit.
Il révoque le gouvernement. Il s'adresse une nouvelle fois à Pierre NGENDADUMWE
afin de former un nouveau gouvernement. Les extrémistes se liguent contre
lui. Après 8jours de consultation et de réflexion, le premier ministre
présente au roi la composition de son gouvernement. Les manifestations
anti-NGENDANDUMWE, organisées par les extrémistes ne tardent pas. Cet homme
dérange. Pourquoi? Il connaît trop bien les problèmes du BURUNDI. Et le roi
lui accorde toute sa confiance. Heureusement, le groupe MONROVIA le soutient.
Cet humaniste connaîtra le même sort que Martin Luther KING. Le 15 janvier
1965, il est abattu par un tireur devant la clinique où sa femme vient
d'accoucher. L'enquête est confiée à un substitut qui opere plusieurs
arrestations dans les milieux extrémistes. Le premier coupable montré du doigt
est le MWAMI ou du moins son entourage. Sur ordre du roi, plusieurs
inculpés sont libérés. Il fallait trouver un coupable. Un pauvre rwandais
servira de bouc émissaire. L'assassin, connu de tous, se réfugieen OUGANDA.
C'est un hommedit modéré au sein desextrémistes qui succède à NGENDANDUMWE.
Constitutionnellement,
le temps des élections arrive. Les dernières ont eu lieu voici quatre ans. Le
roi, sous l'influence du groupe de Casablanca dissout l'Assemblée. Le 10 mai 1965,
les élections ont lieu. Elles sont entachées de tricheries. Elles ont
donné la majorité à l'ethnie la plus importante, les HUTUS. Le roi nomme son
cousin Léopold BIHA premier ministre.
B.
Coup d'Etat manqué
On a beaucoup
parlé du coup d'Etat du 18 au 19 octobre 1965. Seulement, des
détails importants ont été volontairement omis. Reprenons le fil de
l'histoire. Et les événements qui ont précédé ce coup d'Etat. On se
souvient que rien n'allait plus entre le MWAMI MWAMBUTSA IV et les deux chambres
des représentants. La nomination du premier ministre ne plaît à personne, ni
à l'Assemblée, ni au Sénat, ni à l'UPRONA, et encore moins à l' UPB. De
tous les crimes passés, seuls les assassins du prince RWAGASORE ont été
exécutés. Les tensions sont au paroxysme dans le pays. La nuit du 18 octobre 1965,
des militaires tutsis et hutus auraient reçus l'ordre d'en finir avec le
roi et d'attaquer le palais. Une confusion indescriptible s'installe au moment
de l'attaque. Le roi se réfugie dans une sucrerie du côté de la frontière
zaïroise. Des mutins appartenant à toutes les ethnies pillent les armureries.
En province, la situation est dramatique. Despaysans sont hachés menus. Des
véhicules du gouvernement sont mobilisés pour aller charger des centaines de
morts et évacuer des centaines de blessés. Le bilan est lourd, de ce coup
d'état perpétré parles ultras de l'entourage du MWAMI en étroite
collaboration avec ceux de Casablanca.
C.
Quels lendemains ?
Les extrémistes jubilent. La chasse aux coupables est ouverte. On tue. Toutes
les nuits, on traque, on arrête, on fusille. Les députés, les sénateurs, les
officiers de l'armée et de la gendarmerie, des intellectuels sont fusillés
sous les éclairages des puissants projecteurs du stade RWAGASORE. Des milliers
de personnes fuient le pays. Cette terrible année 1965 voit donc le
Roi fuir ses responsabilités. Ilabandonneson pays. IL règne de l'étranger.
Les étudiants réagissent. Ils se réunissent
à Paris en
juillet 1966. Deux idées maîtresses se dégagent de ce congrès:
l'instauration d'un parti uniqueet l'abolition de la monarchie. L'UPRONA devient
leseul parti légal.Tous les autres groupes politiques s'y intègrent. Du côté
du trône, c'est le vide. Le prince Charles NDIZEYE, un adolescent de 19 ans,
rentre au pays. Le premier septembre 1966, il est intronisé selon la coutume
sous le nom dynastique de NTARE V. Son règne commence mal. Les assassinats, les
incendies se poursuivent. Son père maintient son influence et désigne un
nouveau premier ministre, le militaire MICOMBERO. Un choix qu'il regrettera.
Lejeune roi, poussé par son premier ministre, se rend au ZAIRE. De là à
penser qu'il y a eu connivence entre MICOMBERO et MOBUTU, il n'y a qu'un pas que
l'on franchit facilement. Toujours est-il que le roi NTARE V s'envole pour
KINSHASA le 24 novembre. Quatre jours plus tard, le capitaine MICOMBERO proclame
la républiqueeten devient le président. La radio nationale devient la voixde
la révolution. La JNR esttransformée en JRR (jeunesse révolutionnaire
rwagasore). Ces deux institutions vont servir parfaitement la république. Les
extrémistes ont désormais le champ libre et peuvent poursuivre les massacres
d'innocents.
4.
La première république
A. Une république éphémère
Des premiers
mois de la république, on retiendra surtout les faux complotscontre le pouvoir.
La JRR devient une milice parallèle à l'armée régulière. Les prisons se
remplissent. Les institutions démocratiques sont suspendues. La dictature
s'instaure. Les partis politiques sont dissous pour garder l'UPRONA comme
instrument de référence. Le nettoyage ethnique devient une grande lessive. Le
pays sombre dans le chaos. Le président MICOMBERO ne se soucie guère
des pressions populaires et internationales.
B. La honte
Le BURUNDI est
vidé, martyrisé, endeuillé pour longtemps. L'ex-Roi NTARE V est arrêté. Son
gouvernement est révoqué. Pour réaliser son plan d'extermination, NICOMBERO
appelle le président du ZAIRE à la rescousse. Fort heureusement, les soldats
zaïrois comprennent vite qu'ils n'avaient été invités que pour perpétrer un
massacre ethnique et rentrent rapidement chez eux. Le roi est froidement abattu
près du palais de son père. Officiellement, il auraitététué lors de combats
contre des mulétistes. Pourjustifier les massacres, les autorités prétendent
que les victimes voulaient rétablir la monarchie. En 1965, les mêmes massacres
avaient été justifiés par sa défense contre un complot républicain. Les
barundi abandonnés à eux-mêmes subissent l'humiliation qu'ils n'avaient
jamais connue depuis que le monde est monde. On procède à un génocide à
grande échelle. Mais aucune pression internationale ne sera exercée sur MICOMBERO
pour sauver ce qui reste à sauver. Le gouvernement pousse le cynisme à
inviter les étudiants à rentrer au pays sous
peine de sanctions graves. Beaucoup ont préféré répondre à cette
provocation par lesilencede l'exil. Le BURUNDI vitdans laterreuretsous la
dictature.
5.
La deuxième république
MICOMBERO sera
pris à son propre jeu. Le premier novembre 1976, un colonel s'empare du
pouvoir. Le nouveau président est un homme méfiant. Les Burundais croient en
lui mais ils seront vite déçus. Dans les écoles primaires, secondaires et
supérieurs, les enfants du menu peuple sont battus, expulsés des écoles,
recalés aux examens et aux concours. Les HUTUS continuent d'être desvictimes.
Le président ferme les églises. Mais on ne s'attaque pas impunément aux
représentants de l'Eternel. L'Eglise, face à ce génocide culturel des
citoyens organise dans tout le pays des réunions d'alphabétisation. Le chef de
l'Etat n'apprécie pas l'initiative. Il interdit le culte. Il a eu tort de se
dresser contre l'Eglise. Il avait promis de rétablir la démocratie confisquée
par son prédécesseur mais il n'en fait rien. Au contraire, il aggrave la
situation et commence à excéder le peuple et surtout les militaires qui
prennent l'affaire en main.
6.
La troisième république
Cette année
1987, le sommet de la francophonie a lieu au QUEBEC. Le président s'y rend sans
se soucier du mécontentement général. Les militaires profitent de son absence
pour porter au pouvoir un major. C'est l'avènement de la troisième république
dont le chef, comme ses prédécesseurs promet le retour à la démocratie. Mais
les extrémistes veillent. Leur cynisme va plonger le pays dans la stupeur. Le
peuple est à bout. Au mois d'août 1988, il se révolte. Révolution
vite avortée mais qui fait des dizaines de milliers de morts. Les pays voisins
réagissent enfin. Les présidents du RWANDA et du ZAIRE conseillent à leur
homologue de changer la situation de son pays. Le gouvernement est remanié. Une
constitution est adoptée qui autorise partiellement le multipartisme dans la
mesure où quelques partis restent interdits. Néanmoins, on peut parler de
tentative d'ouverture. L'Etat se réconcilie avec l'Eglise qui recouvre sa
splendeur et ses biens. Le président est heureux et fier de son action pour le
pays. Sûr de sa victoire, il autorise lesélections présidentielles et
législatives mais dans lesecretdes isoloirs, les surprises surgissent parfois.
7.
La quatrième république
La campagne
électorale est ouverte et l'élection présidentielle fixée au premierjuin
1993. Melchior NDADAYE triomphe et est élu président de la république. Aux
élections législatives, son parti emporte les 4/5èmes des sièges à
pourvoir. NDADAYE incarne la sagesse et l'espoir de tout un peuple. Les
Burundais attendent en confiance le respect des droits de l'Homme et le retour
des exilés avec celui de la démocratie. Mais dans l'ombre, les extrémistes
guettent le moindre faux pas du chef de l'Etat...
Encore une
fois, ils viennent de plonger tout le pays dans le chaos. Après avoir pris soin
de décapiter l'Etat burundais en tuant le Président de la République, le
Président et le vice-Président du parlement, les autres ministress'étant
réfugiés dans les ambassades dejustesse; actuellement ilsse livrent à un
massacre au sein de la population civile etcontraignent d'autres à s'exiler.
Heureusement
pour le pays, le contexte actuel n'est plus favorable aux coups d'Etat;
espérons que la mobilisation nationale et internationale qui s'est manifestée
dès le lendemain du putch militaire finira bientôt par rétablir la légalité
au Burundi
.
Provient d'une publication du COMITE POUR LA DEMOCRATIE AU BURUNDI, 28 rue de Parme - 1060 Bruxelles , Rédaction Félix Kubwayo, Réalisation : Patrick DELMOTTE, Ed. Resp. Jean-lLouis DELAET, 15 Bd de l'Empereur - 1000 Bruxelles - NOVEMBRE 1993.
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