SITUATION
DES RÉFUGIÉS BARUNDI ACCUEILLIS EN AFRIQUE.
Point
n'est besoin de rappeler les récents événements dont le Sol
du Burundi vient d'être le théâtre; ils sont encore frais
à la mémoire de chacun. En effet, les journaux, ces derniers
mois, ont fait état, dans leurs colonnes, d'un
"génocide" qui se perpètre au Burundi; et chacun
aura pu lire que le régime de Bujumbura a profité d'une
révolte des paysans du Sud du Burundi, non organisés et
armés de machettes, pour traquer et massacrer tout hutu
instruit où qu'il soit (en liberté, en prison ou même
hospitalisé) et quel qu'il soit (homme, femme, vieux, adulte
ou enfant... ). Il est vrai aussi qu'au début des tristes
événements, des tutsi ont été massacrés. Mais au fond,qui
est à l'origine de ces événements sanglants? A cette
question qui, jusqu'à présent, a sérieusement cherché à
répondre? Bien que Micombero et ses sinistres collaborateurs
cherchent à noyauter l'opinion internationale et à se
disculper en semant la confusion, nous croyons qu'un jour
proche espérons-le, nous pourrons jeter la lumière sur
toutes les ombres et t mon trer à l'opinion internationale la
"vérité vraie" sur ces événements.
Soulignons cependant leur importance jamais égalée dans le
passé des centaines de milliers de hutu sont morts
injustement et sauvagement; D'autres vivent dans l'attente de
la mort ou cherchent leur salut dans la fuite, même
aujourdthui; des dizaines de milliers de hutu sont déracinés
de la terre de leurs ancêtres et vivent dans la misère la
plus noire dans les pays qui les hébergent : ils sont
codamnés à être réfugiés. C'est à ces derniers que, en
septembre dernier, nous ayons pu rendre visite afin de
recueillir des données exactes sur la situation dramatique
qutils vivent. Nous avons pu nous rendre dans des
concentrations importantes des réfugiés au Rwanda et au
Zaïre pour la Tanzanie nous nous contenterons des
informations fournies par des personnes qui y ont été
récemment. Nous pouvons déjà dire qu'à part quelques rares
exceptions, les réfugiés (dont le nombre est d'environ 110.000
personnes sont arrivés dans ces pays d'accueil dans des
conditions indescriptibles et dans un dénouement total.
1)
RWANDA : Au Rwanda, il y
a déjà plus de 3000 réfugiés barundi, mais leur nombre
augmente chaque jour : des camions pleins de réfugiés
arrivent régulièrement au camp de Rilima, camp situé au
Sud-Est du Rwanda, dans la région de Bugesera, à 63 km de
Kigali en passant par Nyamata. C'est ici que sont regroupés
tous ceux qui se sont enfuis vers le Rwanda, à l'exception
toutefois de quelques ouvriers, enseignants et enseignantes,
infirmiers et infirmières qu'on peut rencontrer soit à
Kigali, soit à Butare. Le gouvernement rwandais, la Caritas
nationale -et la Croix rouge y ont déployé un effort
estimable pour assurer un bon accueil et un bon séjour aux
réfugiés, dont la participation active (travaux
communautaires) est à également remarquer. Cependant les
secours restent nettement insuffisants et les besoins de
première nécessité se font sentir dtune façon urgente. Est
hautement significatif le fait que beaucoup de réfugiés
souffrent déjà de la dysenterie et de malaria à tel point
qu'il y a danger d'épidémie; Vautres souffrent de maladies
carentielles de tout genre, surtout les enfants. La misère,
les mauvaises conditions de vie, les troubles digestifs
diminuent pour la plupart les
chances non seulement d'épanouissement, mais surtout de
survie. Les médicaments, qui par ailleurs manquent, ne
joueraient qu'un rôle secondaire si les conditions de vie
étaient améliorées. Le régime alimentaire n'est pas du
tout varié : haricots et farine de mais ou de manioc. L'eau
du lac qu'on utilise n'est pas suffisamment purifiée.. En
général, les nourrissons souffrent beaucoup par suite
surtout de manque de lait. Pour le, moment, les réfugiés
logent dans des cabanes construites en hâte. Des habits, -Ils
en ont certainement besoin.
Quant au problème de l'éducation, on a déjà ouvert au Camp
de Rilima- une école pri maire. malheureusemrent, on,
n'arrive pas encore à résoudre le problème, du matériel
scolaire : le minimum indispensable, on ne l'a pas dans toutes
les classes (tableau portatif, ardoises, touches, cahiers,
etc... ). On y construit aussi un collège dont le financement
est en partie assuré par la Caritas allemande. Le cycle
inférieur fonctionne déjà. Néanmoins, on doit noter que
dans les deux écoles, jusqu'à présent, les enseignants sont
des volontaires. Un jour, il faudra, et sans beaucoup tarder,
penser à leur rémunération, quel qu'en soit le montant. Ils
ont droit au minimum vital. Pour les étudiants universitaires
et candidats universitaires réfugiés au Ruanda, on avait
demandé des bourses d'études à Rome (Congrégation de
l'Evangélisation des peuples). Mais jusqu'au mois d'octobre,
il n'y avait pas encore de réponse. S'ils ont des bourses,
ils fréquenteront l'Université nationale de Butare.
2) ZAIRE (Kivu) : Les statistiques en date du 30
septembre 1972, donne le chiffre de 31.000 réfugiés
barundi, les zaïrois (précédemment résidant au Burundi)
étant 15.000. A noter évidemment que les réfugiés
arrivaient toujours et arrivent encore.
Ici, les réfugiés barundi ne sont pas dans des camps à eux
propres; ils sont intégrés, matériellement parlant, dans
des villages zaïrois en particulier dans la plaine de la
Ruzizi (Kiliba, Kiromoni, Sange, Luvunge etc..) et le long du
lac Tanganika (uvira, Swima, Mbogo, Baraka etc...). Cette
soi-disante intégration ne permet pas aux réfugiés et aux
autorités locales de repérer des agents de Micombero, qui
peuvent kidnapper l'un ou l'autre En fait, jusqu'à présent,
ils ont réussi à enlever 3 enseignants dont on n'a plus
entendu parler. Les vexations continuelles de tout genre de la
part des militaires zaïrois (en particulier los militaires
tutsi du Rwanda incorporés à l'armée zaïroise), l'attitude
tribaliste de certain, s autorités locales surtout le long du
lac Tanganika accablent terriblement les réfugiés barundi.
Surgit-il un litige entre un zaïrois et un burundais, c'est
toujours ce dernier qui a tort. Malheureusement, nos
réfugiés n'ont pas de choix. Toutefois, nous espérons que
le gouvernement de Kinshasa pourra amener sous peu les
autorités locales en question à revoir leur façon de faire.
Jusqu'en janvier 1973, le Haut Commissariat aux Réfugiés
fournit -et distribue les vivres dans les différentes
concentrations. Il a aussi distribué des instruments
aratoires. Ici également, on doit noter la grosse part qui
passe, par des procédés difficiles à dépister, aux
autorités locales et aux militaires surtout dans des villages
éloignés des grands centres.
L'association
des Églises protestantes au Zaïre a arrêté, dès
septembre, la distribution des vivres. Sans doute les
réserves étaient-elles épuiséesComme nourriture, chacun a
droit à 10 kg par mois; ce qui est relativement peu. Comme
vêtement, ils n'ont reçu que des couvertures. Sûrement ils
ont besoin dans l'immédiat d'habits et de médicaments. Mais
pour les soins médicaux, il faut passer par les dispensaires
de l'Etat, qui sont, il faut bien le dire, assez rares dans la
région. Mais il semble qu'à Kiliba, il y a un prêtre qui
s'occupe médicalement des cas urgents. Peut-être serait-il
mieux indiqué pour fournir de plus amples informations en la
matière.
La question scolaire est littéralement alarmante. Dans les
quelques écoles primaires existant dans la région, la
priorité, et c'est bien normal, a été donnée aux zaïrois.
Et les rares barundi qui ont réussi à s'y infiltrer sont
obligés de suivre les leçons on si ' ahili. Comme dans
cetterégion du Zaïre, les écoles primaires ne fonctionnent
que dans l'avant-midi, on avait envisagé pouvoir utiliser les
locaux dans l'après midi pour les enfants réfugiés. Il y a
aussi le problème du matériel scolaire et du salaire des
enseignants, sans oublier évidemment la discussion toujours
en cours, relative à la langue à employer.
3) TANZANIE - D'après les informations dont nous
disposons, le nombre des réfugiés s'élève à 70 000
personnes environ, réparties et installées dans différents
camps provisoires (Tabora, Manyovu, Pungale, Ulyankulu,
etc...). Il y a d'autres qui vivent dispersés dans la
brousse.
Les organismes qui sont directement au service des réfugiés
sont principalement le Haut Commissariat aux réfugiés,
l'Association des Eglises protestantes d'Allemagne, OXFAM, le
gouvernement tanzanien (Croix Rouge, volontaires,-).
On a besoin des cadres parlant kirundi (agronomes, médecins,
infirmiers et infirmières, prêtres etc...). Un souligne
-aussi une forte mortalité infantile : en moyenne, 20 enfants
par jour succombent. Elle est due surtout à la malnutrition
et au manque de soins médicaux. Cela se comprend quand on
sait qu'en général le régime alimentaire se réduit aux
haricots et à la farine de mais (jaune) ou de manioc... et
que les médicaments déjà arrivés sur place, vu le grand
nombre des réfugiés, sont de loin insuffisants. Ils ont
besoin, comme ailleurs, d'habits et de maisons plus
habitables. La saison des pluies risque d'empirer la
situation. Quant à l'enseignement, rien ou presque rien n'est
fait. x x x
Voilà en quelques mots la situation dramatique des réfugiés
barundi A chacun de voir comment se joindre à la
générosité des gens décidés à aider ces réfugiés, à
leur donner la possibilité de survivre et de recouvrer le
minimum de leur dignité humaine. Au nom de tous les
réfugiés, nous remercions de tout coeur tous ceux qui ont
déjà fait, font ou feront quelque chose pour soulager leurs
misères.
Pour
le C A R H B
Jean-Berchmans NTERERE
Louvain, novembre 1972
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