AGnews                                  

CARHB Nov.1972

SITUATION DES RÉFUGIÉS BARUNDI ACCUEILLIS EN AFRIQUE.

Point n'est besoin de rappeler les récents événements dont le Sol du Burundi vient d'être le théâtre; ils sont encore frais à la mémoire de chacun. En effet, les journaux, ces derniers mois, ont fait état, dans leurs colonnes, d'un "génocide" qui se perpètre au Burundi; et chacun aura pu lire que le régime de Bujumbura a profité d'une révolte des paysans du Sud du Burundi, non organisés et armés de machettes, pour traquer et massacrer tout hutu instruit où qu'il soit (en liberté, en prison ou même hospitalisé) et quel qu'il soit (homme, femme, vieux, adulte ou enfant... ). Il est vrai aussi qu'au début des tristes événements, des tutsi ont été massacrés. Mais au fond,qui est à l'origine de ces événements sanglants? A cette question qui, jusqu'à présent, a sérieusement cherché à répondre? Bien que Micombero et ses sinistres collaborateurs cherchent à noyauter l'opinion internationale et à se disculper en semant la confusion, nous croyons qu'un jour proche espérons-le, nous pourrons jeter la lumière sur toutes les ombres et t mon trer à l'opinion internationale la "vérité vraie" sur ces événements.

Soulignons cependant leur importance jamais égalée dans le passé des centaines de milliers de hutu sont morts injustement et sauvagement; D'autres vivent dans l'attente de la mort ou cherchent leur salut dans la fuite, même aujourdthui; des dizaines de milliers de hutu sont déracinés de la terre de leurs ancêtres et vivent dans la misère la plus noire dans les pays qui les hébergent : ils sont codamnés à être réfugiés. C'est à ces derniers que, en septembre dernier, nous ayons pu rendre visite afin de recueillir des données exactes sur la situation dramatique qutils vivent. Nous avons pu nous rendre dans des concentrations importantes des réfugiés au Rwanda et au Zaïre pour la Tanzanie nous nous contenterons des informations fournies par des personnes qui y ont été récemment. Nous pouvons déjà dire qu'à part quelques rares exceptions, les réfugiés (dont le nombre est d'environ 110.000 personnes sont arrivés dans ces pays d'accueil dans des conditions indescriptibles et dans un dénouement total.

1) RWANDA : Au Rwanda, il y a déjà plus de 3000 réfugiés barundi, mais leur nombre augmente chaque jour : des camions pleins de réfugiés arrivent régulièrement au camp de Rilima, camp situé au Sud-Est du Rwanda, dans la région de Bugesera, à 63 km de Kigali en passant par Nyamata. C'est ici que sont regroupés tous ceux qui se sont enfuis vers le Rwanda, à l'exception toutefois de quelques ouvriers, enseignants et enseignantes, infirmiers et infirmières qu'on peut rencontrer soit à Kigali, soit à Butare. Le gouvernement rwandais, la Caritas nationale -et la Croix rouge y ont déployé un effort estimable pour assurer un bon accueil et un bon séjour aux réfugiés, dont la participation active (travaux communautaires) est à également remarquer. Cependant les secours restent nettement insuffisants et les besoins de première nécessité se font sentir dtune façon urgente. Est hautement significatif le fait que beaucoup de réfugiés souffrent déjà de la dysenterie et de malaria à tel point qu'il y a danger d'épidémie; Vautres souffrent de maladies carentielles de tout genre, surtout les enfants. La misère, les mauvaises conditions de vie, les troubles digestifs diminuent pour la plupart les chances non seulement d'épanouissement, mais surtout de survie. Les médicaments, qui par ailleurs manquent, ne joueraient qu'un rôle secondaire si les conditions de vie étaient améliorées. Le régime alimentaire n'est pas du tout varié : haricots et farine de mais ou de manioc. L'eau du lac qu'on utilise n'est pas suffisamment purifiée.. En général, les nourrissons souffrent beaucoup par suite surtout de manque de lait. Pour le, moment, les réfugiés logent dans des cabanes construites en hâte. Des habits, -Ils en ont certainement besoin.

Quant au problème de l'éducation, on a déjà ouvert au Camp de Rilima- une école pri maire. malheureusemrent, on, n'arrive pas encore à résoudre le problème, du matériel scolaire : le minimum indispensable, on ne l'a pas dans toutes les classes (tableau portatif, ardoises, touches, cahiers, etc... ). On y construit aussi un collège dont le financement est en partie assuré par la Caritas allemande. Le cycle inférieur fonctionne déjà. Néanmoins, on doit noter que dans les deux écoles, jusqu'à présent, les enseignants sont des volontaires. Un jour, il faudra, et sans beaucoup tarder, penser à leur rémunération, quel qu'en soit le montant. Ils ont droit au minimum vital. Pour les étudiants universitaires et candidats universitaires réfugiés au Ruanda, on avait demandé des bourses d'études à Rome (Congrégation de l'Evangélisation des peuples). Mais jusqu'au mois d'octobre, il n'y avait pas encore de réponse. S'ils ont des bourses, ils fréquenteront l'Université nationale de Butare.


2) ZAIRE (Kivu) : Les statistiques en date du 30 septembre  1972, donne le chiffre de 31.000 réfugiés barundi, les zaïrois (précédemment résidant au Burundi) étant 15.000. A noter évidemment que les réfugiés arrivaient toujours et arrivent encore.
Ici, les réfugiés barundi ne sont pas dans des camps à eux propres; ils sont intégrés, matériellement parlant, dans des villages zaïrois en particulier dans la plaine de la Ruzizi (Kiliba, Kiromoni, Sange, Luvunge etc..) et le long du lac Tanganika (uvira, Swima, Mbogo, Baraka etc...). Cette soi-disante intégration ne permet pas aux réfugiés et aux autorités locales de repérer des agents de Micombero, qui peuvent kidnapper l'un ou l'autre En fait, jusqu'à présent, ils ont réussi à enlever 3 enseignants dont on n'a plus entendu parler. Les vexations continuelles de tout genre de la part des militaires zaïrois (en particulier los militaires tutsi du Rwanda incorporés à l'armée zaïroise), l'attitude tribaliste de certain, s autorités locales surtout le long du lac Tanganika accablent terriblement les réfugiés barundi. Surgit-il un litige entre un zaïrois et un burundais, c'est toujours ce dernier qui a tort. Malheureusement, nos réfugiés n'ont pas de choix. Toutefois, nous espérons que le gouvernement de Kinshasa pourra amener sous peu les autorités locales en question à revoir leur façon de faire.

Jusqu'en janvier 1973, le Haut Commissariat aux Réfugiés fournit -et distribue les vivres dans les différentes concentrations. Il a aussi distribué des instruments aratoires. Ici également, on doit noter la grosse part qui passe, par des procédés difficiles à dépister, aux autorités locales et aux militaires surtout dans des villages éloignés des grands centres.

L'association des Églises protestantes au Zaïre a arrêté, dès septembre, la distribution des vivres. Sans doute les réserves étaient-elles épuiséesComme nourriture, chacun a droit à 10 kg par mois; ce qui est relativement peu. Comme vêtement, ils n'ont reçu que des couvertures. Sûrement ils ont besoin dans l'immédiat d'habits et de médicaments. Mais pour les soins médicaux, il faut passer par les dispensaires de l'Etat, qui sont, il faut bien le dire, assez rares dans la région. Mais il semble qu'à Kiliba, il y a un prêtre qui s'occupe médicalement des cas urgents. Peut-être serait-il mieux indiqué pour fournir de plus amples informations en la matière.

La question scolaire est littéralement alarmante. Dans les quelques écoles primaires existant dans la région, la priorité, et c'est bien normal, a été donnée aux zaïrois. Et les rares barundi qui ont réussi à s'y infiltrer sont obligés de suivre les leçons on si ' ahili. Comme dans cetterégion du Zaïre, les écoles primaires ne fonctionnent que dans l'avant-midi, on avait envisagé pouvoir utiliser les locaux dans l'après midi pour les enfants réfugiés. Il y a aussi le problème du matériel scolaire et du salaire des enseignants, sans oublier évidemment la discussion toujours en cours, relative à la langue à employer.

3) TANZANIE - D'après les informations dont nous disposons, le nombre des réfugiés s'élève à 70 000 personnes environ, réparties et installées dans différents camps provisoires (Tabora, Manyovu, Pungale, Ulyankulu, etc...). Il y a d'autres qui vivent dispersés dans la brousse.

Les organismes qui sont directement au service des réfugiés sont principalement le Haut Commissariat aux réfugiés, l'Association des Eglises protestantes d'Allemagne, OXFAM, le gouvernement tanzanien (Croix Rouge, volontaires,-).

On a besoin des cadres parlant kirundi (agronomes, médecins, infirmiers et infirmières, prêtres etc...). Un souligne -aussi une forte mortalité infantile : en moyenne, 20 enfants par jour succombent. Elle est due surtout à la malnutrition et au manque de soins médicaux. Cela se comprend quand on sait qu'en général le régime alimentaire se réduit aux haricots et à la farine de mais (jaune) ou de manioc... et que les médicaments déjà arrivés sur place, vu le grand nombre des réfugiés, sont de loin insuffisants. Ils ont besoin, comme ailleurs, d'habits et de maisons plus habitables. La saison des pluies risque d'empirer la situation. Quant à l'enseignement, rien ou presque rien n'est fait. x x x

Voilà en quelques mots la situation dramatique des réfugiés barundi A chacun de voir comment se joindre à la générosité des gens décidés à aider ces réfugiés, à leur donner la possibilité de survivre et de recouvrer le minimum de leur dignité humaine. Au nom de tous les réfugiés, nous remercions de tout coeur tous ceux qui ont déjà fait, font ou feront quelque chose pour soulager leurs misères.

 

Pour le C A R H B
Jean-Berchmans NTERERE
Louvain, novembre
1972

 

@AGnews 2002.