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QUESTION DE LA VIOLATION
DES DROITS DE L'HOMME ET DES LIBERTES FONDAMENTALES OU QU'ELLE SE PRODUISE
DANS LE MONDE, EN PARTICULIER DANS LES PAYS ET TERRITOIRES COLONIAUX ET
DEPENDANTS
Exécutions extrajudiciaires,
sommaires ou arbitraires
NATIONS UNIES
:
CONSEIL ECONOMIQUE ET SOCIAL
Distr.GENERALE
E/CN.4/1994/7
7 décembre 1993
FRANCAIS
Original : ANGLAIS
GE.93-85810 (F)
COMMISSION DES DROITS
DE L'HOMME
Cinquantième session
Point 12 de l'ordre du jour provisoire
Rapport présenté par M.
Bacre Waly Ndiaye, rapporteur spécial, conformément à la résolution
1993/71 de la Commission des droits de l'homme [Extraits]
POUR
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166. Au début de l'année
1993, le Rapporteur spécial a reçu des informations encourageantes indiquant
que des mesures positives avaientété prises au Burundi sur la voie de la
démocratie : en mars 1992,après 26 ans de domination du parti unique, le Parti
de l'unité et du progrès national (UPRONA), dirigé par
le groupe ethnique tutsi, le pays a adopté le multipartisme. Les premières
élections présidentielles ont eu lieu le 1er juin 1993 et se sont apparemment
déroulées sans incident. Elles ont été suivies, le 29 juin, par les
premières élections législatives multipartites depuis 1965. Le président
Buyoya, qui avait pris l'initiative des réformes, et son parti ont été
nettement battus et le président Ndadaye, membre du groupe ethnique hutu et son
parti, le Front pour la démocratie au Burundi (FRODEBU), ont accédé au
pouvoir.
167. Le 21 octobre 1993, les
forces armées, dont 90 % des membres appartiendraient à l'ethnie tutsi, ont
fait une violente tentative de coup d'Etat, au cours de
laquelle le président Ndadaye et de hauts fonctionnaires gouvernementaux (hutus
et tutsis) ont été exécutés sans jugement. Les
manifestations pacifiques qui ont suivi cette tentative de coup d'Etat ont été
violemment réprimées par l'armée, faisant un nombre non précisé de victimes
parmi les civils. Comme très souvent par le passé, des violences
ethniques ont éclaté parmi la population civile, en particulier dans les zones
rurales : des Hutus ont massacré des Tutsi en représailles et des Tutsis, en
particulier des membres des forces armées, ont massacré des Hutus. Ces
violences auraient fait des dizaines de milliers de morts et au moins 700 000
réfugiés dans les pays voisins.
Communications envoyées
168. Après la tentative de
coup d'Etat, le Rapporteur spécial a adressé une demande d'intervention
d'urgence conjointement au Gouvernement burundais et au
chef d'état-major des forces armées, exprimant sa préoccupation concernant la
vie et l'intégrité physique du président Ndadaye et d'autres hauts
fonctionnaires gouvernementaux (22 octobre 1993).
Communications reçues
169. Aucune communication n'avait
été reçue du Gouvernement burundais au moment où a été établi le présent
rapport. Il convient de noter toutefois qu'à la date où le Rapporteur spécial
a envoyé sa demande d'intervention d'urgence, les autres membres du
gouvernement s'étaient réfugiés dans un hôtel et s'étaient placés sous la
protection de gendarmes français.
Observations
170. Le Rapporteur spécial
a été consterné par la récente violente tentative de coup d'Etat, en
laquelle il voit un recul par rapport aux réformes qui semblaient prometteuses
engagées dans un pays marqué depuis de nombreuses années par des conflits
ethniques et des massacres incessants. Les informations
qui lui sont parvenues étaient incomplètes, en raison à la fois de
l'interruption des communications ou lors de la tentative de coup d'Etat et de
l'éloignement des régions où les massacres les plus violents auraient eu
lieu. Au moment où a été établi le présent rapport, le nombre précis de
victimes n'était pas connu. Toutefois, les communications reçues font état
d'un nombre de morts considérable.
171. Le Rapporteur spécial est
préoccupé par le fait que les actes de violence mentionnés ci-dessus risquent
de perturber la paix déjà fragile instaurée dans le pays voisin, le Rwanda,
où se font sentir des tensions ethniques analogues (voir E/CN.4/1994/7/Add.1).
Comme il l'a souligné en conclusion de son analyse des violations du droit à
la vie au Rwanda, il faut tirer les leçons du passé et mettre un terme au
cercle vicieux de la violence ethnique qui a plongé le Burundi et le Rwanda
dans un bain de sang. A cette fin, les auteurs des massacres ne doivent plus
jamais rester impunis et des mesures de prévention doivent être prévues pour
éviter que de telles tragédies ne se reproduisent.
172. Le Gouvernement burundais
aurait demandé qu'une force internationale soit détachée pour stabiliser la
situation dans le pays et que les massacres fassent l'objet d'une enquête
internationale indépendante. Le Rapporteur spécial espère que l'intervention
internationale au Burundi ne consistera pas uniquement à envoyer des soldats,
mais que la protection des droits de l'homme sera prise en compte dans les
préparatifs de cette intervention.
173. Le Rapporteur spécial
pourrait demander au Gouvernement burundais de l'inviter à se rendre en mission
dans le pays. Compte tenu de la nature des problèmes qui s'y posent, cette
mission pourrait être réalisée conjointement avec le
représentant du Secrétaire général chargé des questions relatives aux
droits des personnes déplacées dans leur pays, M. Francis Deng. Elle pourrait
en outre être complétée par une éventuelle mission de suivi au Rwanda.
@AGNews
2003
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