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La purification ethnique dans les centres urbains
Burundi: Mémorandum
sur la crise Burundaise
CNDD
La purification ethnique des centres urbains et plus particulièrement celle de la ville de Bujumbura entamée en 1965 poursuivie en 1972 et 1993, est un génocide. C'est une entreprise délibérée et programmée visant la déchéance des populations hutu. La méthode utilisée dans la purification de Bujumbura fut une persécution progressive pour éviter les brusques déflagrations qui auraient trop attiré l'attention. Dans un premier temps, il fallait chasser les Hutu des quartiers où ils étaient minoritaires, les amener à se concentrer dans le seul nord de la ville. La deuxième étape consistait à détruire ce quartier homogène hutu. En effet le recours au tir aveugle d'obus de mortiers sur Kamenge et Kinarna n'aurait pas été d'usage pour la purification ethnique d'un quartier comme Musaga et même Bwiza, encore moins Cibitoke et Ngagara où cohabitaient Hutu et Tutsi.
Après l'assassinat du Président élu Melchior NDADAYE, le quartier de Musaga qui avait déjà subi une purification ethnique en 1991 sera rapidement plongé dans la terreur et les Hutu y habitant prendront rapidement la direction de Kamenge et Kinama. Les tueries déclenchées le 5 février 1994, le jour de l'investiture de Cyprien NTARYAMIRA, poussent les habitants hutu de Nyakabiga vers le quartier voisin de Bwiza et surtout vers Kamenge où ils croiront retrouver la sécurité. Le quartier de Nyakabiga sera débarrassé de toute présence 32
hutu. On y érigera des bûchers pour brûler les Hutu enlevés lorsqu'ils passent aux abords de ce quartier. Le supplice du "collier" fut instauré à Nyakabiga: les Hutu capturés étaient incinérés à l'aide d'un pneu placé autour du cou. Le spectacle était toujours payant pour les Tutsi qui voulaient assister au supplice.
Le premier essai de destruction du quartier de Kamenge-Kinama a eu lieu du 6 au 7 mars 1994 lorsque les militaires ont tué des centaines de personnes en plein sommeil à la
baïonnette pour ne pas provoquer la fuite des victimes. Les victimes étaient évacuées au fur et à mesure et jetées dans la rivière Rusizi. Mais l'amoncellement de cadavres fut tel que l'évacuation ne put être achevée avant le lever du jour; les habitants de Gasenyi-Kamenge exposèrent les corps non encore évacués sur la route nationale RN 1. Devant la désolation qui dépassait toutes les limites imaginables, le Président NTARYAMIRA fit une descente sur les lieux en compagnie du corps diplomatique accrédité à Bujumbura. Les responsables de ces massacres qui firent plus de trois cents morts n'ont jamais été jugés.
Le deuxième essai de destruction de Kamenge fut mené en juillet 1994 pendant les négociations de Kigobe et de Kajaga, L'objectif était d'encercler le quartier pour éliminer les nombreux cadres hutu qui y vivaient avant d'y procéder aux massacres des habitants sans craindre d'être dénoncé. La population terrorisée et encerclée a été contrainte d'évacuer le quartier et d'être conduite sur une place publique pour des tris. Mais beaucoup d'habitants de Kamenge seront interceptés sur le chemin vers le lieu de regroupement annoncé par l'armée à l'aide de mégaphones. L'armée effectuera le tri à l'aise et sélectionnera les hommes robustes qui seront aussitôt chargés sur des camions militaires et embarqués vers le camp de gendarmerie de Ngagara, pour attendre la tombée de la nuit. Par la suite, en pleine nuit et hors des regards indiscrets, ils seront conduits sur la Rusizi menottes aux poignets, tués à la baïonnette et jetés dans la rivière. Nous disposons du témoignage audiovisuel d'un rescapé de ce carnage qui a assisté au meurtre de plus de 75 personnes avant que vienne son tour Lui et son compagnon d'infortune (il y avait une paire de menottes pour 2 personnes) se sont jetés à l'eau après avoir reçu le premier coup de baïonnette et ont pu échapper à la fusillade qui a suivi.
Le parachèvement de la purification ethnique débutera dès mars 1995. Le 24 mars 1995,le siège du parti FRODEBU situé à Bwiza est pris d'assaut, pillé et ensuite incendié. L'armée et les milices tutsi tuent plusieurs centaines de personnes: les Congolais (ex Zaïrois) sont assimilés aux Hutu et massacrés dans les quartiers de Bwiza et Buyenzi. Le lendemain, le H.C.R. enregistrait 13 000 nouveaux réfugiés au Congo voisin (Zaïre à l'époque).Il ne restait plus que la destruction finale de Kamenge. L'opération n'avait rien d'une bavure de l'armée. Il s'agissait d'un plan minutieusement programmé dans l'intention délibérée de nuire et dont l'objectif était la poursuite du génocide des Hutu qui se poursuit dans l'impunité la plus totale depuis 1965.
La préparation de la destruction de Kamenge dans sa phase finale a été scellée lors d'une réunion qui s'est tenue à Musaga le jeudi 25 mai 1995. Cette réunion était animée par Raphaël HORUMPENDE (UPRONA), Cyrille SIGEJEJE (RADDES) et Jean-Baptiste BAGAZA (PARENA)
qui la présidait. S'adressant aux participants , Jean-Baptiste BAGAZA a dit:
"Chers jeunes, vous êtes déjà parmi mes militaires. Vous êtes tenus d'attaquer KAAMYGE et KINAffl en connivence avec d'autres militaires. Les deux quartiers sont nos ennemis. Votre mission sera de déloger tous les I-Iutu y résidant, par les moyens forts tandis que les militaires seront tête à tête avec les
maquisards. Ne prenez pas cette mission à la légère, car on cherche le pouvoir. Je demanderais à ce que cette mission se passe au milieu de la
semaine car les week-end beaucoup d'intellectuels hutu se trouvent à Uvira. Mais
n'oubliez pas de tuer les délogés là ils se seront déplacés. Vous, les militaires, n'oubliez pas que l'opinion internationale va crier, mais fermez les oreilles et tuez. Continuez la mission. Au moment où tout le monde sera cadavre, on va tromper l'opinion internationale que nous acceptons de remettre le pouvoir au FRODEBU. "
Le 25 mai 1995, le Premier ministre NDUWAYO, accompagné du procureur général de la République, Jean-Bosco BUTASI, se rendait à Nyakabiga pour rencontrer les milices de tueurs. Le procureur général BUTASI rassura les miliciens qu'ils ne risquaient pas d'arrestation à moins que les accusateurs puissent exhiber des photos où ils auraient été surpris en train de tuer ou de lancer des pierres. Pourtant, il n'a pas exigé de montrer les photos prises en flagrant délit avant de faire arrêter les 10.000 membres des Forces de Changement Démocratique qu'il a jetés en prison. Il devra surtout montrer ces photos pour les nombreuses victimes qui attendent leur exécution suite aux parodies judiciaires sans oublier les six Burundais qui ont été assassinés par pendaison le 31 juillet 1997.
@AGNews
2003
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