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Quel(s) changement(s)
pouvons-nous souhaiter pour que le Burundi soit un Etat de Droit ?
Par KUBWAYO Félix
20 Décembre 2003, Bruxelles
Génération Afrique, ASBL/VZW
(
Version Doc)
Aucune pensée humaine n’est exhaustive, la mienne ne fait pas exception.Demain
ne sera pas comme hier. Il sera nouveau et il dépendra de nous. Il est plus à
inventer qu’à découvrir.
Rappel
Dans ce cycle
d'information sur le Burundi organisé Par l’association Génération Afrique, on a
pu assister aux débats organisés autour des thèmes suivants :
* 23 novembre 2002 - "Démocratie et bonne gouvernance" Par Monsieur NIZIGIRE
Potame - député élu , aux élections démocratiques de 1993 au Burundi .
*
* 14 Décembre 2002 - "Les partis politiques et leurs rôles dans un Etat
démocratique". Par Monsieur SINDAYIGAYA Jean-Marie, - député élu , aux élections
démocratiques de 1993 au Burundi.
*
* 28 décembre 2002 - Le Droit International et le Droit Humanitaire.
Par M. Farid (Spécialiste en Droit International (ULB))
*
* 18 janvier 2003 - La Constitution, la séparation des pouvoirs et
l'administration publique ; le cas du Burundi ; Par Monsieur. NZOPFABARUSHE
Mlchiade, Juriste.
*
* 21 juin 2003 - Criminalisation socio-économique du pouvoir au Burundi
Par Monsieur RUKINDIKIZA Gratien, Responsable du site d’information sur le
Burundi : <http://burundi.news.free.fr/>
I. Le
point de départ
"Le problème burundais est un paradoxe
car il n’était pas réellement au début un grave problème. S’il est un pays en
Afrique qui pourrait faire preuve d’une grande cohésion de par une culture
commune et une histoire commune, c’est le Burundi. Cependant, en raison des
manipulations coloniales et des différences idéologiques subséquentes des
responsables burundais qui se sont succédés, le problème s’est davantage
compliqué, touchant des millions de personnes qui ont injustement trouvé la mort
et ceci a entraîné beaucoup de haine et d’amertume non seulement au niveau des
groupes mais également au niveau des individus"
.
Parmi les
multiples causes invoquées par les 19 partis ou institutions politiques réunis
au forum d’Arusha entre juin 1998 et août 2000, afin de cerner la nature du
conflit puis d’en tirer un accord de paix, trois propositions de leur diagnostic
méritent d’être épinglées.
- Première
proposition. Le Burundi est victime d’une violation systématique des lois et
d’une instabilité subséquente des institutions. En effet, "tous les textes
constitutionnels ont été constamment violés par les pouvoirs en place ou
remplacés par des textes réglementaires élaborés expressément pour légitimer un
pouvoir pris par la force".
-
Deuxième proposition. Le
Burundi est victime d’une confiscation du pouvoir d’Etat par une oligarchie,
aussi bien civile que militaire, issue de l’ethnie tutsi et principalement de la
même région : la province de Bururi. Ceci eut pour corollaires "le
favoritisme, le népotisme, le régionalisme, le non respect des textes
fondamentaux, le non respect des libertés et des droits de l’Homme, la
corruption, la mauvaise gestion, les injustices de toutes sortes, le déni de la
démocratie".
-
Troisième proposition. Le
Burundi est victime d’un manque de leadership doté d’une vision nationale et
soucieux des aspirations de la société. Si l’on examine l’histoire postcoloniale
du Burundi en se référant au "concept de politique" dans son acception la plus
noble et la plus large, à savoir l’art de concevoir et de mettre en œuvre un
mode de vivre en harmonie et de progresser ensemble,
l’on s’aperçoit que le marasme économique, social et culturel du Burundi n’est
pas le fait du hasard, mais le fait d’une politique criminelle. L’on réalise en
effet que le peuple burundais, dépossédé de ses droits politiques élémentaires
depuis le milieu des années soixante, a été contraint d’abandonner le cap du
progrès économique, social et culturel tracé par le Prince Louis Rwagasore et
démocratiquement approuvé par les élections législatives du 18 septembre 1961.
Cette rupture
dans l’orientation politique, économique et sociale du Burundi est précisément
la source du processus institutionnel de confiscation du pouvoir et surtout
criminalisation socio-économique de celui-ci.
L’on sait
cependant que ce rapport de perversion très caractéristique de l’Etat burundais
postcolonial reste quasiment immergé, comme un iceberg, dans un océan de
confidentialité aussi bien au niveau national qu’au niveau international.
Depuis plusieurs décennies, le
Burundi est en crise d’adaptation aux principaux courants de transformation
sociétale :
-
crise
d’adaptation au courant de transformation économique, notamment la
mondialisation dont le principal effet pervers est le basculement de plus en
plus de gens dans la grande pauvreté ;
-
crise
d’adaptation au courant de transformation démographique, notamment son taux de
croissance intense responsable du processus d’explosion démographique depuis le
début des années cinquante ;
-
crise
subséquente d’adaptation d’une population de plus en plus nombreuse à son
environnement, notamment la crise rurale liée au surpeuplement de l’espace
agricole ainsi que la crise péri-urbaine due à l’exode rurale ;
-
et surtout
crise d’adaptation au courant de transformation politique, notamment le déni
obstiné de la démocratie par une oligarchie politico-militaire.
Face à cette crise
multidimensionnelle de la société burundaise, la réponse du système en place se
résume en une attitude de statu quo qui frise la criminalité et en
montages de pseudo-représentations de tout le monde au sein du gouvernement pour
masquer, sinon la perversion généralisée de l’Etat burundais, au moins sa
politique de ségrégation clanique.
Comme nous
venons de l’indiquer, le Burundi est victime d’une confiscation du pouvoir
d’Etat par une oligarchie, aussi bien civile que militaire, imbue d’une
idéologie fasciste de supériorité "raciale" et insoucieuse des problèmes de
société, qui n’hésite pas à violer les lois et à tactiquement déstabiliser par
intermittence les institutions.
II. La
centralisation du pouvoir au sens large et son impertinence sur le développement
En effet,
depuis qu’il a été dépouillé de ses droits élémentaires (1965) et placé sous un
mode de gestion appelé "centralisme démocratique", le peuple burundais est
constamment sous l’emprise de tracasseries policières, d’un terrorisme d’Etat et
de massacres ethniques périodiques suivis de simulacres de réconciliation
nationale.
Du point de
vue constitutionnel et institutionnel, c’est donc le centralisme démocratique,
méthode de rationalisation de l’activité politique pratiquée par tous les
régimes communistes et par beaucoup de pays du Tiers-Monde sous la guerre
froide, qui a été dévoyé en méthodes de criminalisation socio-économique du
pouvoir au Burundi. Si beaucoup de partis uniques africains ont adopté le
centralisme démocratique entre 1960 et 1990 avec des effets socio-économiques
plus ou moins négatifs, le parti UPRONA l’a utilisé d’une manière extrêmement
débridée car, selon les témoignages mêmes de son milieu politique, c’est lui (le
centralisme démocratique débridé du parti UPRONA) qui a "institutionnalisé
l’exclusion comme mode de gouvernement".
La structure
de l’emploi donne très synthétiquement l’ampleur de ce phénomène de
marginalisation socio-économique de l’immense majorité de la population
burundaise. Le secteur non structuré, surtout agricole, occupe plus de 95% des
3,5 millions de population active en 1990.
Le secteur moderne (ou secteur structuré), avec ses 73.725 emplois en 1990, est
donc insignifiant d’autant plus qu’il est très largement dominé par l’Etat par
le biais de la fonction publique (services de défense, de sécurité,
d’enseignement, de travaux publics,…), par le biais d’entreprises publiques
(eau, électricité, télécommunication, office du café, office du thé, sociétés
régionales de développement,…) et par le biais du personnel des communes (voir
tableau 1).
Tableau 1.
L’emploi du secteur économique moderne au Burundi (d’après le Ministère de la
Fonction publique et le Ministère du Travail et de la Sécurité sociale, cités
par Afrique Business Magazine, Spécial Burundi, n° 6, Juin/Juillet 1993,
p. 241)
|
Années |
Personnel de
l’administration publique |
Personnel des entreprises
publiques, privées et des communes |
Total
|
|
|
|
|
|
|
1988 |
22.903 |
44.972 |
67.875 |
|
1989 |
25.163 |
49.526 |
74.689 |
|
1990 |
26.470 |
47.255 |
73.725 |
a)
Cas du Burundi : un
système fort centralisé où les relations mutuelles des acteurs sont réduites à
la dépendance totale voire au parasitisme en faveur du pouvoir central

Dans le cas
du Burundi, la centralisation sensu stricto fut formellement établie dès
le début de la deuxième république (1976), mais elle était pratiquement
accomplie au cours de la première république (1966-1976).
La structure
administrative du Burundi comprend désormais six échelons : la nation, la
province (ou la mairie dans le cas de l’unique grande ville : Bujumbura), la
commune, la zone, le secteur et la colline de recensement. En dessous de la
colline de recensement, l’on peut relever l’existence d’unités "territoriales"
supplémentaires telles que agacimbiri (localité) et nyumbakumi
(groupement de dix ménages) sournoisement introduites pour les besoins d’une
surveillance politique encore plus rapprochée de la population. Aussi, le niveau
de l’arrondissement a été supprimé au profit d’une augmentation du nombre des
provinces.
En outre, la
centralisation des fonctions administratives a été renforcée à tel point que
jusqu’aujourd’hui, les autorités des divers échelons sont mises en place par
nomination. "Ainsi, le chef de colline est désigné par l’administrateur
communal (parmi les membres du comité élu par l’assemblée générale de la
colline) alors que le chef de zone est nommé par le Ministre de l’intérieur.
Quant au gouverneur de province et à l’administrateur communal, ils sont nommés
par le Chef de l’Etat sur proposition du Ministre de l’intérieur, aussi nommé
par lui".
Enfin, la confusion entre les fonctions administratives et les fonctions
partisanes est devenue absolue.
Dans ce
système politico-administratif totalement centralisé, toute la hiérarchie
administrative n’est donc redevable qu’à un homme : le Chef de l’Etat. Le risque
de voir les autorités administratives se mettre essentiellement à sa dévotion au
détriment des intérêts du peuple burundais est alors devenu réalité. D’où, en
effet, les travers gravissimes déjà évoqués : ethnisme, favoritisme, népotisme,
régionalisme, non respect des lois, déni de la démocratie, violation fréquente
et massive des droits de l’Homme, tactique de déstabilisation par intermittence
des institutions, etc. D’où également un processus de "patrimonialisation" des
ressources du pays par lequel le pouvoir d’Etat est massivement utilisé comme
moyen d’accumulation privée de richesse et qui s’illustre singulièrement dans
une gestion du territoire insoucieuse des problèmes de société ainsi que dans
une perversion délibérée de la politique de développement. Voilà exactement
l’essence de ce qu’il faut changer.
III.
Pourquoi décentraliser ?
Le peuple
burundais a besoin avant tout d’une méthode foncièrement inclusive ou
participative de conception et de mise en œuvre des politiques publiques et des
politiques de développement. Le principe le plus approprié en la matière est
celui de la subsidiarité, c’est-à-dire un partage judicieux des responsabilités
entre tous les acteurs politiques, économiques et sociaux : organes centraux de
l’Etat, administrations régionales, administrations locales, entreprises aussi
bien publiques que privées, associations diverses et particuliers. Son
application aura sûrement des effets bénéfiques, non seulement sur la
gouvernance et sur le développement, mais aussi sur le processus ô combien
crucial de réconciliation nationale.
Au-delà de cette méthode de rationalisation de l’activité politique, qui
consacre la participation des partis, des associations et des individus comme
acteurs du développement en leur permettant de prendre part non seulement aux
processus qui débouchent sur les décisions du cours de leur vie mais aussi aux
processus des projets qui concrétisent ces décisions, le peuple burundais a
besoin aussi d’une vision prospective suffisamment rassurante sur la
reconstruction nationale.
Les options fondamentales
doivent être clairement orientées vers le "développement humain total ou
intégral" dans le sens donné par le PNUD à ce concept depuis 1990,
c’est-à-dire un développement centré sur l’Homme et articulé -(1) sur la
croissance économique en termes de gain de productivité et d’élargissement
subséquent des potentialités du système de production-consommation ; -(2) sur la
justice sociale ou l’égalité des chances pour tous en termes d’accès à ces
potentialités croissantes du système de production-consommation et -(3) sur la
durabilité de toute action entreprise en ce sens que l’accès à ces potentialités
doit être assuré non seulement aux générations actuelles, mais aussi aux
générations futures. En d’autres termes, le renouvellement de toutes les formes
de capital (le capital matériel, le capital humain et le capital naturel) doit
être garanti.
IV. Le
principe de participation citoyenne : la subsidiarité ou la décentralisation
Après plus de
trois décennies d’un "centralisme démocratique" poussé jusqu’à l’absurdité par
les régimes militaires en usant le parti unique UPRONA comme caisse de résonance,
le peuple burundais a besoin d’être réhabilité dans ses droits politiques
fondamentaux et dans ses capacités créatives. Cette réhabilitation passe tout
naturellement par le principe de subsidiarité, c’est-à-dire un partage judicieux
des responsabilités entre tous les acteurs politiques, économiques et sociaux :
organes centraux de l’Etat, administrations régionales, administrations locales,
entreprises aussi bien publiques que privées, associations diverses et
particuliers.
Le principe
de subsidiarité est une expression relativement récente ; elle a été popularisée
par les réformes politiques européennes des trente dernières années, notamment
la décentralisation française des années 1982-1986. Mais l’idée d’une autorité
subsidiaire est très ancienne car, déjà au quatrième siècle avant Jésus-Christ,
elle est très prégnante dans l’articulation interne de la société décrite par
Aristote.
Telle que l’a
revisitée pour nous Chantal Million-Delsol, cette société aristotélicienne "se
compose de groupes emboîtés les uns dans les autres, dont chacun accomplit des
tâches spécifiques et pourvoit à ses besoins propres. La famille est capable de
suffire aux besoins de la vie quotidienne, et le village, à ceux d’une vie
quotidienne élargie. Mais seule la cité, organe proprement politique, est
capable d’atteindre l’autarcie, la pleine suffisance de tout, et c’est ainsi
qu’elle se définit par l’autosuffisance, synonyme de perfection. Ce qui signifie
que les groupes plus petits ne sauraient pas, eux, vivre en autarcie, qu’ils
réclament l’appartenance à un groupe plus vaste pour l’accomplissement de
certaines tâches. Si l’individu pris isolément est incapable de se suffire à
lui-même, il en va de même pour les groupes sociaux. Il y a donc ambivalence
chez l’individu et le groupe restreint, qui se trouvent à la fois capables et
incapables : capables de se suffire dans le domaine de leurs activités propres,
mais incapables d’une totale suffisance. C’est bien cette ambivalence que va
gérer chaque autorité : le village regroupe les familles pour répondre à leur
insuffisance, mais en leur laissant leur domaine de capacité. De même la cité
par rapport aux villages. Le groupe familial, le plus restreint, s’occupe
exclusivement des besoins quotidiens. Le village, des besoins qui ne sont plus
purement quotidiens. La cité, elle, vise une autre finalité encore : non plus le
vivre, mais le bien-vivre. Ainsi, les tâches des différents groupes ne se
recoupent pas : elles se superposent. Chaque groupe travaille à répondre aux
besoins insatisfaits de la sphère immédiatement inférieure en importance".
Acculé par
les ruines du "centralisme militaire totalement discrédité, brutal, corrompu
et strictement opportuniste",
le peuple burundais est depuis quelques années en lutte pour une démocratie
décentralisée, aristotéliciennement organisée, non seulement pour résorber
toutes les haines ethniques et régionales accumulées sous les régimes
militaires, mais aussi pour libérer l’énergie, l’initiative et la créativité
individuelles et collectives en remettant les vertus rien que les vertus au
centre de l’activité politique.
V. Les
effets attendus de la décentralisation sur le développement et sur la
gouvernance
La
décentralisation au sens large et le développement
Dans son
acception la plus large, la décentralisation des pouvoirs
politico-administratifs et socio-économiques signifie le passage des politiques
de développement induites unilatéralement par l’Etat à un système de
concertation et de partenariat entre une multiplicité d’acteurs dotés de
compétences légalement et légitimement reconnues. Ces acteurs sont généralement
organisés en cinq pôles : l’Etat (pouvoir central), l’entreprise (privée,
publique ou mixte), la collectivité territoriale (région, province, commune et
autre), l’individu/famille (communément appelé ménage ou particulier) et groupes
(associations diverses).
Ils ont
chacun une spécificité propre et créent ensemble, par le biais de leurs
interactions mutuelles, un profil de société tout aussi spécifique.
b)
Cas d’un système
idéalement décentralisé : les relations mutuelles des acteurs sont symétriques
(adapté de Roger Brunet, "Le déchiffrement du monde", in Roger Brunet et Olivier
Dollfus, 1990, Mondes nouveaux, Paris, Hachette/Reclus, Collection
Géographie Universelle, p. 47)

-
L’Etat
a des installations spécifiques, des biens mobiliers, un domaine foncier et
immobilier, assure les grands travaux et les principales infrastructures, fait
des lois et règlements, fixe les règles de la fiscalité, gère le territoire
national et les frontières ; il est parfois entrepreneur.
-
L’entreprise exploite et transforme les ressources, a des installations
spécifiques dont elle choisit la localisation, crée des flux d’échange, dispose
d’un domaine foncier et des biens mobiliers ; il lui arrive d’assurer localement
des infrastructures et des logements, mais aussi de produire des nuisances.
-
La
collectivité territoriale gère un territoire, peut assurer des équipements et
installations spécifiques, peut avoir une certaine marge de réglementation et
d’intervention fiscale et financière, et peut disposer d’un domaine foncier.
-
L’individu/famille est détenteur et/ou usager d’un domaine foncier et
immobilier, habite, se déplace, produit et consomme, rêve et jouit, crée des
flux, mais aussi des nuisances.
-
Le groupe agit plus ou
moins directement selon sa nature même : des groupes détiennent et gèrent plus
ou moins directement des domaines fonciers et immobiliers soit comme
communautés, soit comme entrepreneurs collectifs, soit comme usagers, ou en
faisant pression.
Selon donc
l’ampleur et la symétrie/dissymétrie de leurs relations mutuelles, l’on a un
système macro-social de production caractérisé par la prédominance plus ou moins
perceptible de telle ou telle conjugaison d’acteurs.
VI. La
décentralisation au sens strict et la gouvernance
Dans une
acception restreinte, le concept de décentralisation du pouvoir d’Etat exprime
surtout le transfert de certaines compétences du niveau supérieur ou central
(l’Etat et ses agents nommés) vers le niveau local ou périphérique (la
collectivité locale et ses agents élus) en passant par un ou plusieurs niveau(x)
intermédiaire(s) de collectivité territoriale. Une fois réalisée, la
décentralisation sensu stricto dote chacune de ces collectivités
territoriales d’une personnalité morale et d’une autonomie financière
spécifiques. Ce statut juridique a pour effet de reconnaître à la collectivité
territoriale le droit de disposer d’un patrimoine et de le gérer et, plus
encore, de disposer de ressources et de les employer librement (au sens des lois
et règlements en vigueur).
La
collectivité territoriale peut, ainsi, s’administrer librement. De même, les
administrés peuvent connaître en temps réel aussi bien les avantages que les
inconvénients et peser ainsi sur les décisions finales des projets ou des
actions proposées. Toutefois, cela ne signifie pas la disparition d’un pouvoir
central car, si l’Etat n’assume plus directement certaines compétences lui
antérieurement dévolues, il conserve néanmoins le droit de contrôle sans lequel
la cohérence nationale serait compromise.
VII. Le
partage effectif des compétences entre les acteurs
Les acteurs
et leur articulation
Dans les pays
décentralisés, la logique de la subsidiarité met généralement en interdépendance
trois échelles spatiales :
-
l’échelle macro-spatiale (collectivité nationale et/ou supra-nationale) qui
assure essentiellement la coordination et l’harmonisation du fonctionnement de
la société ;
-
l’échelle micro-spatiale (collectivité municipale) la plus à même d’identifier
et de satisfaire les besoins collectifs de proximité, c’est-à-dire de produire
et de gérer avec pertinence les services collectifs qui structurent le cadre de
vie quotidien de la population ;
-
et
l’échelle méso-spatiale (province, préfecture, département, région-plan ou
bassin de vie) la mieux placée pour identifier les besoins ou les problèmes
collectifs requérant des services collectifs de moindre fréquentation par la
population, puis pour orienter la réflexion vers le choix d’objectifs et de
moyens cohérents en vue de répondre à ces besoins, et enfin pour assurer
l’intermédiation dans la coproduction de projets ainsi que dans la passation et
dans la gestion des contrats de partenariat ou de plan entre les deux niveaux
extrêmes (l’Etat et la commune).
L’on perçoit
dès lors que les services collectifs rares ou peu fréquentés par la population,
et partant économiquement plus onéreux, forment le bloc de compétences qui élit
tout naturellement domicile au niveau de la province ou de la nation ; tandis
que les services collectifs de fréquentation quotidienne par la population, et
en principe plus économiquement accessibles, constituent le bloc de compétences
qui est davantage lié à l’échelle de la commune.
Ce modèle
d’articulation tripartite généralement utilisé dans la décentralisation
politico-administrative peut s’appliquer au Burundi sous réserve cependant d’une
restructuration administrative du territoire en quatre niveaux : la nation, la
province (ou la mairie en cas de grande ville), la commune et le secteur local.
Ainsi, par rapport à la situation actuelle, deux chaînons superflus sont à
supprimer (la zone et la colline de recensement) et les entités territoriales
dignes de la décentralisation sont la commune et la province auxquelles il
faudra ajouter le secteur local pour un motif très particulier précisé ci après.
Vu le taux
d’illettrisme et le dénuement matériel extrêmes de la population burundaise, une
proto-organisation de celle-ci au niveau infra-communal est nécessaire pour la
préparer à la prise de ses responsabilités constitutionnelles au niveau de la
commune et même au-delà. D’où la décentralisation de l’entité communale en
plusieurs secteurs locaux destinés à promouvoir chacun, notamment par le biais
du mouvement associatif et du mouvement coopératif, l’apprentissage social,
politique, économique et culturel dans un cadre de proximité nettement plus
approprié.
VIII. Le
schéma de décentralisation à retenir et la participation des citoyens
Le schéma de
décentralisation du Burundi doit mettre en interdépendance les quatre maillons
déjà cités: la nation, la province, la commune et le secteur local.
Du secteur
local au sommet de l’Etat en passant par la commune et la province, le peuple
burundais devra désigner, directement par les élections au suffrage universel ou
indirectement à travers ses représentants réunis en collèges électoraux, les
principaux responsables politico-administratifs de ces différents niveaux.
Pour le
niveau du pouvoir central, la participation populaire est déjà inscrite, en
termes d’élections présidentielles et d’élections législatives au suffrage
universel direct, dans la constitution massivement adoptée par référendum le 9
mars 1992. Quant aux entités territoriales (la province, la commune et à titre
supplétif le secteur local) que l’Etat de Droit doit ériger en unités
décentralisées, le principe et les modalités doivent faire l’objet d’une
codification, puis être inscrits dans la constitution.
De ce fait,
la révision de la constitution doit prévoir trois conseils territoriaux
représentant démocratiquement la population, non seulement dans la conception et
la mise en œuvre des programmes de développement, mais aussi dans la gestion
courante des affaires publiques. Il s’agit du conseil du secteur local, du
conseil communal et du conseil provincial.
Le secteur
local (en milieu rural) ou le quartier (en milieu urbain) est une entité
infra-municipale ou une succursale de la commune chargée d’épauler celle-ci
spécialement dans le domaine de la solidarité sociale : identification,
recensement et assistance aux personnes en détresse sociale ou économique ;
appui-conseil à l’auto-organisation de la base notamment aux organisations
caritatives, mutualistes, coopératives, professionnelles et culturelles. Son
conseil, composé de sept personnalités (le président en même temps délégué au
conseil communal, le secrétaire, le conseiller auprès de la cour informelle
locale chargée de trancher les litiges entre habitants du secteur local,
le conseiller à l’action sociale et aux organisations caritatives, le conseiller
aux organisations mutualistes et coopératives, le conseiller aux organisations
professionnelles et culturelles et le conseiller au développement économique et
à l’environnement), doit être élu au suffrage universel direct.
La commune
doit être l’entité de base de la structure politico-administrative du Burundi.
Elle doit donc être le lieu d’intégration par excellence entre les préceptes
gestionnaires du sommet et les aspirations participatives de la base de toute la
pyramide sociale du pays. Son conseil, composé d’autant de membres que de
besoins (le président, le secrétaire et un conseiller par domaine de compétences
communales) est élu au suffrage universel en même temps que l’élection du
conseil du secteur local. Ceci implique un redécoupage de chaque commune en
secteurs locaux. Le président du conseil communal, élu par ses pairs, est alors
proposé par le conseil à la nomination au poste de bourgmestre communal par le
Président de la République.
La province a
pour mission de faire le lien administratif entre la commune et le pouvoir
central, de contrôler a posteriori, au nom de l’exécutif central, le
respect des lois par la commune dans ses actes quotidiens, et d’assurer
l’intermédiation dans la coproduction de projets ainsi que dans la passation et
dans la gestion des contrats de partenariat ou de plan entre l’Etat et la
commune. De ce fait, le conseil provincial est d’une part l’instrument
d’analyses et de décisions socio-économiques portant sur l’ensemble des communes
de la province, et d’autre part le relais ou l’instrument de communication entre
les échelons national, provincial et communal. Ce conseil est le fruit du
suffrage universel indirect car il est composé de l’ensemble des bourgmestres
communaux.
IX. Les
compétences et leur répartition
Comme nous l’avons
laissé entrevoir à plusieurs reprises, seuls les services répondant aux besoins
ou aux problèmes collectifs sont visés par cette méthode de rationalisation de
l’activité politique. Les problèmes ou les services économiques individuels, qui
sont (ou peuvent être) aisément pris en charge par le marché grâce à
l’appropriation privative des utilités et des désutilités échangées, ne sont
donc pas concernés directement.
Dans l’état
actuel de la société burundaise, les besoins ou les services collectifs relèvent
de sept domaines bien distincts : le domaine de l’éducation, le domaine de la
santé, le domaine de la solidarité sociale, le domaine l’eau, le domaine de
l’énergie électrique, le domaine du transport et le domaine de l’aménagement du
territoire.
X. Le rôle
des entités décentralisés.
La commune
doit désormais jouer un rôle important de gestionnaire de proximité ; elle doit
fournir les équipements nécessaires à la vie de tous les jours : écoles
maternelles et primaires, soins de santé primaires, adduction d’eau potable,
assainissement du cadre de vie, collecte et traitement des ordures ménagères
surtout en milieu urbain, entretien de la voirie locale, maîtrise de
l’utilisation du sol notamment l’urbanisme et l’agencement de l’habitat rural.
Avec un poids
démographique et une taille spatiale plus importante, la province est
essentiellement titulaire des services hospitaliers, du transport entre centres
et marchés communaux, de l’enseignement secondaire général, technique et
professionnel, de la protection de l’environnement et de quelques
infrastructures telles que les routes d’intérêt provincial et les lignes de
transport électrique en moyenne tension. La province est également investie des
missions d’analyse, de planification et de péréquation en matière de
développement régional. Elle doit donc faire le suivi des composantes communales
de ses programmes d’incitation économique en vérifiant la pertinence et en
permettant la comparaison entre communes des méthodes développées sur le
terrain.
Exception
faite des hautes écoles, des universités, des hôpitaux universitaires, des
hôpitaux monospécialisés et des centres de recherche scientifique ou
technologique, l’Etat se réserve la réflexion et la planification en matières du
développement national et de son intégration international. De ce fait, ses
rapports avec les pouvoirs locaux doivent être bouleversés. Leurs actes et leurs
comptabilités ne seront plus contrôlés a priori par un représentant de
l’Etat comme c’est encore le cas aujourd’hui (tutelle d’autorisation), mais
seulement a posteriori par des audits pour en vérifier la légalité
(tutelle de contrôle). Pour ce qui est de l’articulation des programmes
d’intervention, les passerelles sont prévues comme les contrats de plan ou de
partenariat au développement entre l’Etat et la province, et entre la province
et la commune.
Les
transferts de compétences de l’Etat aux collectivités territoriales sera par
ailleurs assorti d’un transfert équivalent de ressources par le biais de
dotations de décentralisation, d’un pouvoir fiscal et d’un pouvoir
d’intervention en matière de crédit auprès d’établissements financiers.
XI. Les
grandes orientations socio-économiques de la reconstruction nationale
Le choix des
orientations socio-économiques fondamentales
Opérer une
combinaison efficace d’options socio-économiques fondamentales en vue d’amorcer
le développement d’une société aussi illettrée et aussi démunie sur le plan
matériel et sur le plan organisationnel que la société burundaise n’est pas un
exercice facile.
Dans ce
domaine, nous pouvons examiner l’aventure industrielle du monde occidental au
cours des deux derniers siècles sous l’angle de la dynamique des rapports
sociaux relatifs à la mobilisation, à la transformation et à la redistribution
des ressources matérielles. Ce sont ces derniers qui forment l’empreinte quasi
indélébile de l’accumulation et de la redistribution des ressources. Ils se
déploient et s’accumulent en effet sous forme d’équipements techniques et de
structures sociales (en un mot : des technostructures) de plus en plus modernes
dans le cadre de vie quotidien et concrétisent ainsi le développement de "l’intelligence
organisée avec pouvoir de décision et capacité créatrice".
Tel est le
postulat sur lequel doit s’appuyer le dessein de moderniser la société
burundaise. Pour expliciter ce postulat, faisons intervenir, comme Michel
Schooyans, le lien établi par John Kenneth Galbraith entre le développement
technologique et la dynamique du pouvoir, lien créateur ou innovateur de la
capacité organisatrice des rapports sociaux de production et d’utilisation des
ressources. Ce lien se décline ainsi : quelle que soit la période considérée du
développement économique, "le pouvoir est lié à l’agent de production le plus
difficile à obtenir ou le plus difficile à remplacer".
A l’époque,
en pays aujourd’hui industrialisés, où la terre était en effet cet agent rare de
production, le pouvoir régulateur des rapports sociaux était associé à la
possession de la terre. Il en est résulté une législation visant à éviter le
démantèlement des grandes propriétés terriennes, notamment par le droit
d’aînesse. A ce moment, la main-d’œuvre, abondante et bon marché, n’a
pratiquement pas participé au pouvoir. Ainsi, la terre s’est révélée être une
source appréciable d’accumulation de capital.
Mais dans la
suite, c’est le capital qui devint le principal agent de production et, tandis
que la main-d’œuvre restait bon marché, le pouvoir s’associa à sa possession.
Point n’est besoin en effet de terrains de grande superficie pour établir des
industries ; par contre, la mise en route de manufactures et d’usines exige des
fonds considérables. En une première phase, ceux-ci furent baillés par les
entrepreneurs eux-mêmes ; dans la suite cependant, le développement de
l’entreprise amena l’industriel à faire de plus en plus appel à la banque. De la
rencontre de l’industriel et du banquier naquit le capitalisme financier qui
finit par avoir largement barre sur le pouvoir politique.
L’interaction
continue des principales composantes au sein de cette formidable aventure
industrielle, permet donc de constater que pour être cohérent, ce processus
désormais dominant de construction des capacités technologiques, de
développement industriel et de progrès social doit, corrélativement à l’effort
de structurer macrotechniquement l’ensemble du territoire et à celui d’intégrer
macrosocialement l’ensemble de la population, ajuster les bases
institutionnelles et technologiques de gestion du territoire et de ses
ressources naturelles, d’apprentissage et d’innovation ainsi que d’épargne et
d’investissement.
Ainsi se
profile, dans ce cheminement de l’Occident vers son développement
socio-économique, un axiome sinon un postulat selon lequel le processus de
construction des capacités technologiques et de développement économique
s’appuie sur trois maillons de technostructures incontournables pour vaincre
sans cesse l’inertie sociétale et maintenir une certaine dynamique de changement
dans la mobilisation sociale des ressources : -(1) les technostructures de
gestion du territoire et de préservation de ses ressources naturelles, -(2) les
technostructures d’apprentissage et d’innovation, ainsi que -(3) les
technostructures d’épargne et de crédit sans lesquelles l’esprit d’initiative ne
peut être généralisé. Sans ces trois pôles de technostructures, il ne peut donc
y avoir émergence d’économies externes ni transformation durable de la société.
Ce triplet
axiomatique doit être donc, le cheval de bataille du développement du Burundi
dès la fin du conflit actuel. Voilà pourquoi son dessein de reconstruction
nationale repose sur trois pôles structurels de transformation sociétale :
l’ouverture du système éducatif moderne à tous les citoyens burundais, le
développement de l’esprit d’initiative sous-tendu par un système populaire
d’épargne et de crédit, et enfin la modernisation de la gestion du territoire.
A travers ces
considérations, il apparaît que le système éducatif moderne est à la fois un
processus de formation, un processus de gestion et un processus de transmission
de valeurs et d’idéologies, qu’on peut appeler aussi "processus de
socialisation". C’est en fait le creuset d’un pouvoir socio-culturel ou
idéologique qui détermine les deux autres pouvoirs, à savoir le socio-politique
et le socio-économique. Ce creuset est généralement constitué de deux pôles
sociétaux interdépendants : -(1) le pôle ou le système dialectico-historique,
centré sur la société civile, où se font et se défont sans cesse les réseaux
éthico-politiques des sujets adultes et -(2) le pôle ou le système éducatif
sensu stricto, organisé par les adultes à l’adresse des jeunes (système
scolaire, mouvements de jeunesse, rites d’initiation,…) pour reproduire
longitudinalement le champ des connaissances et le champ des attitudes ou de
l’éthique de la société.
Une réforme
profonde de l’enseignement est donc nécessaire. Celle-ci doit être focalisée sur
l’adéquation formation/emploi compte tenu des opportunités socio-économiques
nouvelles dont ce dessein de reconstruction nationale est porteur aussi bien
pour l’économie rurale que pour l’économie urbaine du pays. En d’autres termes,
il faut extirper de la mentalité burundaise cette conviction aberrante que le
seul travail qui vaille est l’emploi bureaucratique. Il doit par conséquent
inculquer aux générations nouvelles que le travail bien fait, quel que soit le
secteur considéré, accroît la richesse nationale et promeut la personne qui
l’exerce.
- Le premier
objectif d’une telle réforme est l’éradication de l’illettrisme en assurant la
scolarisation fondamentale à tous les enfants en âge de l’être et en instaurant
un système d’alphabétisation fonctionnelle des millions d’adultes que tous les
gouvernements ont jusqu’ici laissé pour compte.
- Le second
objectif de cette réforme est la diversification de l’enseignement secondaire et
de l’enseignement supérieur. La filière classique du secondaire sera dégraissée
au profit des filières techniques et professionnelles. De même, certaines
filières de l’Université seront remplacées par des Hautes écoles, non seulement
ouvertes aux évolutions scientifiques et technologiques, mais aussi en étroite
synergie avec le monde du travail.
XII. Un
processus éducatif et culturel dévolu à la réconciliation nationale et à la
démocratie
En tant
qu’instrument de développement philosophique individuel et de démocratisation de
la société, le processus éducatif du Burundi est d’une navrante perversité :
l’évolution de la société burundaise est depuis longtemps truffée de
falsifications, de dissimulations et de manipulations à grande échelle ; et ce
sont des contrevérités qui sont véhiculées dans le discours diplomatique, dans
les médias et pour finir dans les manuels scolaires. Les Burundais ont à cet
égard besoin d’être réconciliés avec eux-mêmes ; cela exige une double démarche.
- D’un côté
(celui des oppresseurs), il faut bien évidemment accepter d’assumer l’histoire
du pays telle qu’elle s’est passée dans ses phases calmes comme dans ses phases
tumultueuses et tragiques. Quoiqu’il en soit, le temps d’un obscurantisme
orchestré par le pouvoir politique est compté.
- D’un autre
côté (celui des opprimés), il faut s’interdire toute velléité de revanche qui,
au bout du compte, ne ferait que reconstituer à l’envers les mêmes déchirements.
XIII.
La modernisation de gestion du territoire et de préservation de ses ressources
La gestion
étant la conduite d’un système social afin d’atteindre les objectifs qui lui ont
été fixés en tirant le meilleur parti des ressources disponibles,
la gestion du territoire (notion qui correspond à celle de land use dans
la terminologie anglo-saxonne),
consiste alors à réaliser la meilleure utilisation possible de ses ressources
pour atteindre les objectifs que s’est fixés la collectivité humaine détentrice
de ce territoire.
Ainsi la
gestion du territoire a pour préoccupation majeure, dans un contexte économique
et culturel déterminé, l’optimisation des interdépendances entre la base des
ressources, les activités humaines et les revenus générés par celles-ci. Il
s’agit en fait d’identifier puis de réaliser de façon optimale les étalements et
les regroupements spatiaux d’activités pour favoriser la fonction de production,
tout en ménageant les ressources dans l’intérêt des générations présentes sans
sacrifier ou compromettre pour autant celui des générations futures (critère ou
objectif fondamental d’une gestion durable de l’environnement d’après le Rapport
Brundtland).
Il y a donc en perspective des problèmes d’élaboration et de choix de
stratégies, de production ou d’adoption de technologies appropriées à ces
stratégies, de conflits et d’arbitrages d’intérêts,… pour trouver la meilleure
réponse spatiale aux besoins ou aux objectifs sociétaux à satisfaire.
Dans le cas
du Burundi, la modernisation de la gestion du territoire est désormais
incontournable car les conflits dans ce domaine sont de plus en plus graves et
répandus : conflictualité croissante dans l’évolution des rapports écologiques
et démographiques, conflictualité croissante dans l’évolution des rapports
juridiques et sociaux et conflictualité croissante dans l’évolution des rapports
d’aménagement et d’utilisation.
A tous ces
conflits structurels qu’on pourrait globalement qualifier de problèmes
d’aménagement du territoire, il faut pouvoir proposer un ensemble de solutions
durables, c’est-à-dire structurelles en ce sens qu’elles visent la refondation
de ces séries de rapports entre la population et la base des ressources
Dans le cadre
de cette esquisse de reconstruction nationale des travaux portant "politiques
sectorielles de la reconstruction nationale" doivent y pourvoir. Ceux-ci doivent
jeter les bases d’un projet de code d’aménagement et de développement du
territoire et fournir les outils indispensables à une gestion efficace et
durable des ressources naturelles : plan général d’utilisation du sol, plans et
directives d’urbanisme, agencement général et directives de l’habitat rural,
directives en matière de pollution, directives en matière d’espaces et d’espèces
protégés, etc. Ce projet de code d’aménagement et de développement du territoire
doit en outre préciser les marges respectives d’intervention des citoyens, des
communes, des provinces, et de l’Etat dans ce domaine.
Yoweri Kaguta Museveni, 1998, "Discours de son Excellence Yoweri Kaguta
Museveni, Président de la République d’Ouganda lors des négociations de paix
sur le Burundi". Arusha, Tanzanie, le 15 juin 1998. in IJAMBO – LES
QUATRE VERITES, Organe d’expression de l’Association de Réflexion et
d’Information sur le Burundi, ARIB, n°s 40-41, juin-juillet 1998,
pp. 25-26.
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2003
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