Controverses autour des « négociations
entre les Tutsi et le Palipehutu-Fnl ».
Bujumbura, le 2 décembre 2003 (Kirimba - Source : http://www.kirimba.org/). L’échec des négociations
préliminaires entre le Palipehutu-Fnl et des représentants du gouvernement
soulève des controverses à Bujumbura. Selon le porte-parole du Palipehutu-Fnl
d’Agathon Rwasa, ces négociations se sont déroulées entre Hutu et Tutsi.
Mais les Tutsi ont refusé d’enlever leur casquette gouvernementale. C’est
la raison de l’échec de ces discussions qu’avance M. Pasteur Habimana qui
indique, par ailleurs, que son mouvement est toujours disposé à parler avec
quelque Tutsi que ce soit. Pourvu qu’il ne soit pas envoyé par le
gouvernement que le Palipehutu-Fnl vilipende avec véhémence.
En revanche, l’opinion publique apprécie différemment ces débuts de négociations
avec « les Tutsi ». Selon le porte-parole du Parena, Parti pour le
Redressement National, formation dirigée par l’ancien président Jean
Baptiste Bagaza, le Palipehutu-Fnl rejoint le Parena. Du moins au niveau
philosophique.
« Dès la naissance du Parena, nous avons toujours demandé la reconnaissance
physique et politique des ethnies » a indiqué M.Zénon Nimubona. « Si le
Palipehutu-Fnl demande actuellement qu’il y ait négociation entre les Hutu et
les Tutsi, a-t-il ajouté, il nous rejoint du moins philosophiquement et nous ne
pouvons qu’être d’accord ». M. Zénon Nimubona a fait remarquer que les «
Tutsi qui sont allés à Naïrobi ne représentaient ni les Tutsi ni leurs
partis respectifs. Ils étaient porteurs des idées du gouvernement, idées que
nous n’épousons pas du tout comme vous le savez. »
Les Burundais ont connu un président Bagaza autrement mieux inspiré et ne
pratiquant pas une casuistique compliquée pour, au final, s’aligner sur les mêmes
positions que le Palipehutu-Fnl.
Le professeur Juvénal Ngogwanubusa ne ménage pas ces personnes qui mettent en
avant les négociations interethniques. « Je suis absolument opposé à
l’ethnisation de la société à l’heure de la mondialisation » a-t-il déclaré.
Ni le Palipehutu-Fnl, ni les Tutsi qui ont été envoyés à Nairobi n’ont été
mandatés par leurs ethnies respectives.
Pour M.Juvénal Ngogwanubusa, l’échec était prévisible d’avance. «
Comment le Palipehutu-Fnl prétend-il représenter les Hutu ? Qui les a mandatés
? Et ces Tutsi qui rentrent de Naïrobi, ont-ils été délégués par tous les
Tutsi ? » s’est-il écrié. Juvénal Ngogwanubusa fait remarquer que certains
Tutsi qui s’improvisent négociateurs ne sont même pas autorisés, en
principe, à faire de la politique.
La remarque s’adresse en particulier à l’évêque du diocèse de Bujumbura,
Mgr. Evariste Ngoyagoye que l’opinion publique ne souhaiterait pas voir se
fourvoyer dans de prétendues négociations. C’est son honneur personnel et
celui de la confession qu’il représente qui seraient bafoués par des manœuvres
politiques indignes. Si la ligne du Palipehutu-Fnl qui consiste à affirmer que
tous les Hutu et tous les Tutsi ont tué ne change pas, il serait impensable en
effet que des hommes de bonne volonté, Hutu et Tutsi, se livrent à une
mascarade de négociations avec cette rébellion.
Pour le professeur Juvénal Ngogwanubusa, le Palipehutu-Fnl qui prône
l’ethnisation de la société burundaise ne devrait même pas être entendu
mais plutôt combattu.
Les négociations informelles entre le Palipehutu-Fnl et des personnalités
burundaises de toutes ethnies ont en fait commencé dans le plus grand secret à
Caux en Suisse au mois de novembre. Celles de Nairobi seraient organisées et
conduites par l’ambassadeur des Etats Unis à Bujumbura, M. James Yellin et
par le représentant spécial des Nations Unies au Burundi et président de la
CSA, Commission de Suivi de la mise en application de l’accord d’Arusha,
l’ambassadeur Berhanu Dinka.