AGNEWS remercie le JRS et surtout tous les volontaires de cette organisation qui se sont montrés digne en laissant une trace de ce qu'ils ont vécu dans les camps de réfugiés en Tanzanie ... Voici ce que nous témoigne
Nathaniel Ntukamazina, Burundais HUTU réfugié depuis 28 ans .



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Témoignage d'un réfugié Burundais (Hutu) vivant dans les camps de réfugiés en TANZANIE : 26 d'années d'exil.

 

SERVIR JRS

N° 19  AVRIL 2000  


AGNEWS 2003


 

Réfugié presque toute ma vien   Réfugié presque toute ma vie ie Réfugiés i

Depuis le jour où  Nathaniel Ntukamazina a dû quitter le Burundi, il y a 28 ans, il a passé la plus grande partie de sa vie dans les camps du Congo et de Tanzanie. Il a accepté de parler de sa riche expérience de vie: réfugié, père de famille, et catéchiste au service des autres réfugiés du camp.

J’ai été réfugié presque toute ma vie. Je me rappelle, comme si c’était hier, le jour où j’ai quitté mon pays, le Burundi, pour fuir, avec mes parents et mes cinq frères et sœurs, vers le pays qui s’appelait alors le Zaïre. J’avais alors 17 ans. Nous sommes partis le 25 avril 1972. En arrivant au Zaïre, nous nous sommes installés près du village de Mboko dans la province de Uvira et nous y sommes restés trois ans. Entre 1972 et 1974, j’ai été capturé deux fois par l’armée zaïroise et j’ai été forcé de transporter leurs paquetages tandis qu’ils se battaient dans les forêts. Une fois, j’ai tellement été battu sur les jambes et à l’estomac, que j’ai dû être transporté à Mboko.

A la longue, il ne nous était plus possible de rester dans le village. Pendant un certain temps nous avons bénéficié de l’aide alimentaire, mais lorsque celle-ci a stoppé, pour survivre, nous avons dû louer des terres afin de cultiver ce dont nous avions besoin pour nous nourrir. Mais nous n’avions pas d’argent, aussi en 1975, nous avons reçu l’autorisation de nous installer dans un camp destiné aux réfugiés Burundais et nous avons pu cultiver la terre pour nous nourrir.

En 1983 je suis devenu catéchiste, et je me suis occupé des catholiques du camp. Pendant 10 ans, j’ai assumé la responsabilité de la catéchèse. Au cours des années passées dans le camp, j’ai rencontré une femme congolaise, Janette Murishi. Nous nous sommes mariés et le premier de nos enfants est né en 1983. Mes parents et mes frères sont rentrés au Burundi en 1990. A la mort de mon père, en 1992, ma mère est revenue vivre avec nous au Burundi.

La vie a continué son cours jusqu’au jour où nous avons, à nouveau dû fuir le pays lorsque, en 1996, la guerre a repris entre Kabila et Mobutu.

La population des camps de la région d’Uvira a été dispersée. Ma famille a traversé, avec 45 autres personnes, le lac Tanganyika. C’est à bord de deux bateaux que nous avons atteint la région de Kigoma en Tanzanie.

Pendant deux mois nous avons vécu près du village de Kaseke. Nous avons trouvé refuge dans une église et nous nous nourrissions de la pêche. Mais cette source de nourriture s’est avérée insuffisante et le manque de nourriture nous a progressivement affaiblis.Etant plusieurs fois tombés malades, nous avons décidé de partir vivre dans un camp.

Lorsque nous sommes arrivés au camp, en 1997, notre enfant âgé de 4 ans était sérieusement malade. Ma femme a pris notre dernier enfant avec elle et elle a emmené notre enfant malade à l’hôpital. Le reste de la famille a été emmené au camp de Nduta, dans le district de Kibondo, à quelques centaines de kilomètres de là. Ma femme ne savait pas où nous étions partis et elle a fait des recherches désespérées pour nous retrouver. Pendant ce temps-là j’essayais de faire en sorte qu’elle puisse nous rejoindre avec nos deux enfants. Ça nous a pris six mois. A Nduta, j’ai continué ma vie de réfugié. Ma mère est morte et je l’ai enterrée. En 1998, notre neuvième enfant est né. A Nduta nous étions à l’abri et nous recevions de la nourriture toutes les deux semaines. Mais la vie dans les camps est très rude. Notre famille et nos amis sont éparpillés et je ne sais pas où se trouvent mes frères et mes sœurs. Le camp est situé dans la forêt ce qui ne nous permet pas de cultiver du terrain pour produire notre nourriture.

Nous ne sommes pas autorisés à travailler à l’extérieur du camp. Je continue à servir dans l’Eglise comme catéchiste. En compagnie d’un certain nombre de catéchistes nous nous occupons des 12.000 catholiques qui vivent dans le camp. J’enseigne et je prépare les jeunes couples au sacrement de mariage. Nous avons la messe chaque mois ou tous les deux mois. Ce sont les catéchistes qui l’animent. En novembre de l’année dernière, nous avons construit une petite bibliothèque et une salle de lecture, avec l’aide du JRS. Je suis le bibliothécaire. Je suis heureux de présenter les quelques livres que nous avons à ceux qui viennent à la bibliothèque.

La vie des réfugiés est difficile et nos joies sont rares, et pourtant un chrétien ne peut perdre l’espérance. Dieu me donne la patience et l’endurance dont j’ai besoin chaque jour. Ça fait 28 ans que je vis comme réfugié et je crois que Dieu connaît le jour où je rentrerai au Burundi.

La vie dans les camps est dure…. Les difficultés abondent et les joies sont rares pour les réfugiés que nous sommes…. Notre famille et nos amis sont éparpillés et nous ne savons même pas où sont nos frères et sœurs… Et pourtant, un chrétien ne perd jamais l’espérance. Ma patience et mon endurance sont des dons de Dieu.

 

Réfugiés in Tanzanie

La Tanzanie abrite quelque  400.000 réfugiés, dont beaucoup sont originaires du Burundi. Depuis 1962, date à laquelle le Burundi a accédé à l’indépendance, des vagues d’assassinats ont provoqué des déplacements massifs de population. Le JRS Tanzanie s’occupe d’un certain nombre de projets; il travaille auprès des réfugiés qui ont été traumatisés par les conflits et la violence. Notre travail comporte un certain nombre de facettes: éducation, conseils divers, résolution des conflits, construction des communautés chrétiennes… Le JRS dirige Radio Kwizera, une radio basée à Ngara au service des communautés locales et des communautés de réfugiés.

 

Un grand jour pour le JRS Tanzanie

Le projet démarré par le JRS en Tanzanie voilà deux ans, est en pleine expansion. Nous avons déjà ouvert trois écoles maternelles. Le 18 février de cette année, le JRS a ouvert une troisième école maternelle dans le camp de Lukole. Katie Erismann, le directeur du JRS Tanzanie, a écrit: "C’est un grand jour pour le JRS Tanzanie. De nombreux parents étaient présents, et leur joie et leur fierté faisaient plaisir à voir. La communauté des réfugiés a bien participé. Chaque famille qui a un enfant à l’école a préparé un certain nombre de briques." Gervais, notre artiste résident, a donné vie aux portes et aux fenêtres, grâce à des animaux, des fleurs et des fruits. "Chaque école offre un environnement sûr et attractif. Les enfants peuvent y grandir et y apprendre, comme tout enfant de la planète". C’est ce qu’a déclaré Lolin Menendez, la personne ressource pour l’éducation au sein du JRS Afrique. A la fin de l’année, nous pourrons ouvrir deux autres écoles ce qui portera le nombre total à cinq. Deux mille enfants âgés de six ans y seront alors accueillis. Le projet est le fruit du dur labeur de Louise Reeves RSJ et de Marie-Huguet-Latour. "J’ai été bouleversée lorsqu’on m’a demandé de dévoiler la plaque qui porte le nom de l’école; c’est aussi une œuvre  de Gervais". Et Sr Lolin d’ajouter: "Elle représente l’école à travers un cercle de parents qui regardent un enfant en train de désigner une carte du Burundi sur laquelle on peut lire: "Burundi, demain" Je prie pour que ce lendemain ne tarde pas trop!"


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