AGNEWS remercie le JRS et
surtout tous les volontaires de cette organisation qui se sont montrés
digne en laissant une trace de ce qu'ils ont vécu dans les camps de
concentrations au Burundi ... Voici ce que nous témoigne Amaya Valcárcel, responsable JRS pour les
droits de l’homme.
SERVIR JRS
N° 19 AVRIL 2000
AGNEWS 2003
Quel espoir pour le Burundi?
par Amaya Valcárcel
Le
cycle recommence. "L’an dernier, certains signes disaient que
la santé des enfants qui avaient souffert de malnutrition, était en train de s’améliorer.Aujourd’hui,
les signes sont différents:ils sont pâles, ils ont le ventre, le visage
et les orteils gonflés". Sylvie,
un médecin qui travaille avec le
JRS au Burundi, se fait l’écho du désespoir d’un peuple qui a subi une
guerre civile de sept ans. La guerre entre
les groupes d’opposition Hutus et
le gouvernement à majorité Tutsi, a fait des centaines de milliers de morts et
plus d’un million de déracinés, dont 800.000 déplacés à l’intérieur
des frontières. En gros, on estime qu’un Burundais sur huit a été
déplacé. Au mois d’août dernier, la violence a repris avec les attaques de
rebelles contre Bujumbura, la capitale du pays, provoquant de sauvages
représailles de la part de l’armée.
Un jour, on nous a amenés sur ces terres...
Comme toujours, les deux parties s’en sont pris aux civils. En réaction à la reprise de la violence, le gouvernement a chassé de leurs maisons les deux tiers de la population de Bujumbura Rural pour les regrouper dans de sordides "sites de regroupement" (photo ci-dessus). En tout, ce sont quelque 340.000 personnes qui ont été déplacées de force dans plus de 50 camps, sous couvert de les protéger des attaques rebelles. Il est toutefois de notoriété publique que la politique gouvernementale de regroupement commencée en 1996, deux ans après l’ouverture des hostilités de la part des factions rebelles Hutus, est en fait une stratégie destinée à mater l’insurrection. Même si le gouvernement a de "bonnes raisons" de placer ses citoyens dans des camps, il est inadmissible que ces populations ne reçoivent aucun des services de base. "Un jour, on nous a amenés sur ces terres. Il n’y avait aucun abri, nous avons dû construire des huttes avec des feuilles de bananiers et des poteaux. Une ONG nous a donné des feuilles de plastique pour faire le toit de nos huttes" a déclaré un homme.
Pendant un mois, les ONG n’ont pas eu accès aux camps; elles ont ensuite reçu une permission pour la plupart d’entre eux mais à certaines conditions. Le JRS a reçu l’autorisation de commencer à travailler dans deux camps, en octobre. En collaboration avec le Catholic Relief Service et le Programme Alimentaire Mondial (PAM), le JRS s’est occupé de la distribution de l’aide alimentaire. Nous avons décidé d’intervenir car les populations étaient dans le besoin et nous avons ainsi répondu à l’appel des Eglises locales et des autres organisations humanitaires.
Il faudrait réfléchir au sujet du travail du JRS dans les camps où le gouvernement a déplacé ses propres ressortissants. Cela nous permettrait d’accompagner les déplacés dont personne ne s’occupe.Les conditions de sécurité à l’intérieur des camps ont amené les organisations internationales à réduire leur personnel. Depuis que deux de ses membres ont été assassinés dans la province de Rutana, en 1999, les Nations Unies ont limité leurs activités au Burundi.
La politique de regroupement a des conséquences néfastes: la nourriture fait défaut, les maisons des personnes déplacées sont pillées parfois par les militaires eux-mêmes. Suite à la demande faite au gouvernement concernant le démantèlement des camps, un certain nombre d’entre eux ont été fermés depuis février. Mais les personnes regroupées dans les autres sites ont peur des attaques nocturnes. Les rebelles qui ont infiltré les camps menacent de lancer des attaques contre les populations qui rentreraient chez elles. "Certains camps seront démantelés mais à leur arrivée, les personnes trouveront leurs maisons détruites. Et même si elles rentrent, il faudra leur fournir de la nourriture pendant quatre mois, jusqu’à la récolte prochaine" a déclaré un membre du JRS.
Le désastre humanitaire dans les camps fait partie des innombrables violence qui sont commises à l'encontre de la population du Burundi. Quelles sont les chances de paix pour ce peuple qui souffre depuis si longtemps? Les négociations d’Arusha commencées le 1er juin 1998, offrent des espoirs de paix, mais, à ce jour, elles n’ont rien donné de concret. Au cours de la dernière séance qui s’est terminée au début mars, le médiateur Nelson Mandela a mis en colère les groupes à domination Tutsi lorsqu’il a mis l’accent sur le fait que la paix au Burundi passait par l’abandon du pouvoir par les Tutsi.
Je sais que ces gens souffrent. Lorsque je leur rends visite, ils sont heureux car nous voyons les conditions dans lesquelles ils vivent.

Au-delà des possibilités de paix engendrées par les négociations de haut niveau, il y a des espoirs de paix à la base. La société civile – les ONG pour les droits de l’homme, les associations de femmes, les syndicats d’étudiants, les journalistes, les groupes d’Eglise – gagne du terrain tant au Burundi que dans le reste de l’Afrique, car les populations sont fatiguées d’attendre que les politiciens dépassent les intérêts ethnocentriques et égocentriques. Les associations prennent des initiatives en faveur de la paix et appellent à la à la transparence, à la responsabilité et à l’établissement d’une véritable démocratie. La Loi constitutionnelle, votée en août 1998, prévoit la présence au sein de l’Assemblée Nationale, d’associations civiles. Une société civile qui s’efforce de dépasser les traumatismes du colonialisme et du post-colonialisme, de la guerre et de la dictature, est en soi un signe d’espérance. A l’initiative de femmes Tutsi et Hutus originaires de l’un des districts les plus violents de Bujumbura, un échange d’aide entre groupes ethniques a été organisé en signe de solidarité. Shamil Idriss, le directeur de l’organisation "Search for Common Ground in Burundi" décrit les échanges au cours desquels "250 femmes, vieilles ou jeunes, frêles, fortes, Hutus, Tutsi, toutes très pauvres, se sont entassées dans une pièce pour montrer leur solidarité".
Les Burundais ont besoin de paix. Tandis que les différents partis sont réunis autour de la table de négociations, des personnes continuent à être déplacées, affamées, maladees, torturées et tuées. Mateo Aguire, le Directeur du JRS Grands Lacs, a déclaré: "Le plus triste c’est que les Burundais sont habitués à se contenter de très peu pour vivre. Ils n’ont besoin que d’une maison, d’un morceau de terre, et bien sûr de beaucoup de paix."
Amaya Valcárcel est responsable JRS pour les droits de l’homme
AGNEWS 2003