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Interview  du   M. HUSSEIN RADJABU, N° 2 du mouvement de libération CNDD-FDD au BURUNDI.

M. HUSSEIN RADJABU, un "Homme de terrain"

 

29 Décembre 2002, DIALLO M., AGNews


AGNews a le plaisir de recevoir comme invité M. HUSSEIN RADJABU , N° 2 du mouvement de libération CNDD-FDD au BURUNDI.  "Je m'appelle HUSSEIN Radjabu. Avant la création du CNDD au mois de Septembre 1994, j'étais Représentant Provincial des FDD à BUBANZA et membre de l'Etat Major de la Région Nord-Ouest du Burundi. En Novembre 1995, après avoir créé des antennes du CNDD dans tout le pays , j'ai directement occupé les fonctions de Commissaire Général à la Politique et Propagande intérieur jusqu'au 07 Mai 1998, date à laquelle le peuple en armes a destitué Léonard NYANGOMA qui le commandait depuis Nairobi au Kenya . Du 07 Mai au 23 Février 2000, j'ai occupé les fonctions de Secrétaire Exécutif et depuis le 23 Février 2000  jusqu'aujourd'hui , j'occupe les fonctions de Secrétaire Général du Mouvement CNDD-FDD."


D.M :  Aujourd'hui ce qui intéresse la plupart des Burundais et des observateurs de notre pays, c'est la signature de l' "Accord de CESSEZ LE FEU"(ARUSHA II) du mois de décembre 2002. Pourquoi l' avoir signé  puisque toutes les informations ne l'annonçaient pas ?

 

H.R.: L'accord de cessez-le-feu a été obtenu grâce à l'intervention positive des Chefs d'États de la Région, en particulier le Président de l'initiative Régionale de Paix pour le Burundi, Son Excellence Yoweri Museveni, qui se sont énormément investis dans la nuit du 2 au 3 Décembre  pour donner un coup de main à la Facilitation dans la recherche des compromis aux points de désaccords. Certes les informations ne pouvaient pas le présager car jusqu'à la date du 02 Décembre, il y avait encore  des points cruciaux  sur lesquels les deux parties ne parvenaient pas à se mettre d'accord notamment :

  • Le principe même de démanteler l'armée actuelle 

  • Le cantonnement et le désarmement de l'armée actuelle 

Le Gouvernement de Bujumbura restait sur sa philosophie de discuter et non de négocier. Comme si nous étions des amis. Il ne voulait même pas  qu'il y ait des négociations politiques.


D.M. :  Quelles éléments déterminants vous ont persuadé  pour signer ?

 



Radjabu Hussein, " un homme de terrain"

 

H.R: Après avoir obtenu des propositions satisfaisantes sur ces points et entendu que l'autre partie était également d'accord avec ces propositions sages avancées par les Chefs d'États de la Région, le Mouvement CNDD-FDD a accepté de signer  cet accord qu'il venait de négocier lui-même. Les éléments déterminants qui nous ont poussé à signer sont donc :

- L'entente sur la création d'une nouvelle armée et surtout sur toutes les étapes nécessaires pour y arriver ; à savoir :  

le cantonnement , puis le désarmement simultané des deux parties en commençant dans un premier temps par le désarmement en armes lourdes de l'armée gouvernementale, pour finalement procéder à l'intégration et à la formation des éléments fusionnés.

- L'entente sur la poursuite des négociations politiques et les points à traiter.


D.M.: Dans quelle mesure allons-nous avoir la paix au Burundi ? On se souvient de    l'arrivée de NDADAYE au pouvoir. Les gens disaient que l'on allait avoir la paix. Si c'était un piège  ?  Les mesures d'accompagnement de ce cessez-le-feu  sont-elles certaines ?  Y-a- t'il des garantis ?

H.R.: C'est par le respect de la volonté du peuple et l'instauration d'une justice saine que l'on va retrouver la  paix  au Burundi . Nier la volonté du Peuple et lui refuser de s'exprimer , c'est provoquer une crise sociale sans précédent comme celle que nous venons de vivre depuis 1993 qui n'était que la conséquence du refus de l'armée de se soumettre aux décisions du Peuple.

L'accord de cessez-le-feu signé le 03 Décembre 2002  est une étape importante  vers la paix au Burundi. Il va permettre la création d'une armée véritablement nationale. Elle ne sera plus à l'avant garde des groupes de "ventriotes" et escrocs politiques qui opèrent chaque fois ensemble pour créer un système mafieux qui les couvre et qui prend en otage les Burundais en les distrayant par divers calculs ethniques et régionalistes  afin de pouvoir gérer le Burundi comme leur propriété privée sans aucun contrôle.

L'espoir pour la paix est donc là. Si l'Accord signé est appliqué.


D.M.:  Il y a eu le G7 qui a signé   Arusha I, ensuite Bosco (ex- CNDD-FDD) et Alain(ex-FNL) ... Ces gens- là, on sait qu'ils courent après les postes.            Certains aujourd'hui se  demandent si  vous aussi, en signant, vous ne courez pas après le gâteau.  Ou  bien derrière vous, il y a un véritable projet de société ?   Si oui lequel ?

Le Secrétaire Générale du CNDD-FDD (Hussein Radjabu ), au côté d'un des fils de KAROLERO Charles

Le Secrétaire Générale du CNDD-FDD (Hussein Radjabu ), au côté d'un des fils de KAROLERO Charles, se souviennent d'un compagnon de lutte.

H.R: Dans la définition de l'objet de négociation , le CNDD-FDD précise qu'il négocie la fin de la guerre et la gestion de l'après guerre, ceci parce qu'il a un
projet de société
. Vous avez toujours entendu que le CNDD-FDD prône la Justice, la Démocratie et le Développement intégral de l'Homme.  Vous savez
également que le CNDD-FDD reste au côté de cette population  tant meurtrie par les régimes qui se sont succédés depuis l' accession du Burundi à l'indépendance. L'acte qui vient d'être posé en signant l'accord de cessez-le-feu le 03 Décembre n'a rien  de comparable avec les signatures  des pseudo- belligérants que l'on a essayé de confectionner  pour tromper l'opinion. Il ne s'agit pas ici de partage de poste mais plutôt de commencer à mettre sur pied des structures et des institutions qui soient réellement au service de toute la population.  Nous avons lutté et nous luttons pour un État de droit et non pour les postes ! J'en profite pour donner un message  à la poignée des cadres du FRODEBU qui occupent les plus hautes fonctions au sein des institutions actuelles du pays en les signifiant que les lobbyings qu'ils font pour salir le CNDD-FDD  sont  une perte de temps. Les postes qu'ils occupent ne nous préoccupent pas. Nous les qualifions de sans valeurs comme ceux qui
étaient occupés par NGEZE, MAYUGI et les autres avant 1993 ; inutile de prendre le Peuple en armes comme leur ennemi. La Démocratie et l'Etat de droit, pour lesquels ce Peuple lutte au prix de son sang, sont plus précieux et profitable par tous. Notre principe est « le pays et les Burundais d'abord, l'intérêt personnel après » . Ceux-là qui ont opté à inverser ce principe et qui s'adonnent à taxer le CNDD-FDD de tous les maux seront perdant s'ils ne cessent pas cette persévérance visant d'hypothéquer leurs carrières politiques dans leur gâteau en cherchant des garantis par le maintien du statu quo.


D.M: La communauté internationale et régionale, on l'a vu lors de l'accession de NDADAYE au pouvoir. Elle a été derrière lui. Elle l'a acclamé comme elle vous acclame maintenant. A la mort de NDADAYE, elle  ne s'est  plus manifestée. Aujourd'hui, va t'elle se bouger en cas de violation du contrat par Buyoya ?  Avez vous reçu des garanties ?

 

H.R: Le Burundi n'est pas un îlot  et ne peut pas vivre dans une autarcie totale ; la Communauté Internationale a un grand rôle à jouer pour la stabilisation du Burundi et de toute la région. Certes, elle ne s'est pas manifesté à la mort de NDADAYE mais elle a suivi toute l'évolution et tout le développement de la crise "socio-institutionnelle" du Burundi depuis la mort de NDADAYE jusqu'à  la date d'aujourd'hui. C'est ainsi qu'au courant du processus de la recherche de paix au Burundi,  elle a déjà consenti beaucoup d'efforts et promet de continuer jusqu'à ce que cette paix tant recherchée soit une réalité.  Nous pensons alors que la Communauté Internationale va  être beaucoup plus attentive  et exiger à Buyoya de respecter au moins une fois dans l'histoire ses engagements. Certes les fils et filles de notre pays ont toujours tendance à dire que la Communauté Internationale ne s'est pas manifestée. Mais signalons qu'elle a été avec nous ! Seulement, la Communauté Internationale a été déroutée:

- d'un côté par ceux qui ont créé un Gouvernement en exil et qui l'ont déserté avant même qu'il ne commence à fonctionner. Ce dernier devait rejoindre Madame Sylvie KINIGI à qui le Peuple venait de remettre le pouvoir consistant à la redistribution des postes. 

- de l'autre par le noyau de l'armée actuelle et ses acolytes spécialistes des manipulations. Elle a eu depuis 1965 le temps suffisant d'infiltrer toutes les organisations internationales amies du Burundi. 

La Communauté Internationale avait donc perdu les pédales. Même durant le processus de paix , ces jongleurs se sont présentés comme représentant les uns des Hutu et les autres des Tutsi.  Alors qu'ils n'étaient mandatés par personne. Actuellement la Communauté Internationale connaît toutes les réalités ; raison pour laquelle, elle a fini par nous comprendre malgré les intoxications diverses des ventriotes. Sans doute, la Communauté Internationale sera avec les Burundais.

Notre garantie reste tout de même la détermination du Peuple Burundais. Ce dernier a exhalé ses capacités afin d'arriver à ce stade. Toutes les stratégies sont déjà arrêtées afin que les tractations consistant à  violer ce contrat n'inquiète en aucun cas le CNDD-FDD.  Nous comptons sur notre savoir-faire d'abord avant toute garantie de la Communauté Internationale. Les Burundais doivent savoir que ce sont eux qui doivent plutôt garantir la Communauté Internationale et le CNDD-FDD donne ses garanties en prônant une politique basée sur la justice, les principes démocratiques qui n'excluent pas le pluralisme politique et le développement intégral de chaque citoyen.


D.M.:  Museveni ! Pourquoi Museveni ?   Comme le disait à l'époque le PALIPEHUTU-FNL : "MUSEVENI-KAGAME-BUYOYA/BAGAZA,  c'est la même chose".  Pourquoi Museveni ?

 

H.R: Le CNDD-FDD n'a pas de préjugés sur les personnalités .Son plus grand souci est que la paix soit retrouvée et la  démocratie restaurée  au Burundi. Museveni  en tant que Président de l'Initiative Régionale  de Paix pour le Burundi s'est investi pour que le Processus de négociations pour le cessez-le-feu ne sombre pas dans l'impasse et a donné un coup de main  à la Facilitation  dans la recherche des compromis acceptables par les belligérants  sur les points de désaccord . L'Ouganda étant un pays voisin du Burundi, le Président MUSEVENI  a suivi depuis longtemps la question burundaise. S'il opte de trancher impartialement , sa contribution est nécessaire et  elle ne peut être que positive dans la résolution de la guerre  qui secoue le Burundi depuis le 21 octobre 1993.
Le processus de Paix pour le Burundi est une affaire qui est dans les mains de la Région des GRANDS-LACS . Cette dernière a placée sa confiance en MUSEVENI pour qu'il préside cette Initiative . Voilà pourquoi lui .

Mais il faut noter qu'il n'est pas seul. Il est avec la Facilitation, les Présidents de la Région, les NATIONS-UNIES, l'Union Africaine. Il a été lui aussi victime des manipulations de nos frères Burundais . Après avoir découvert le CNDD-FDD ( connaissant  l'UPRONA , ceux qui se font représentants des Hutu à travers le G7 et le FRODEBU qu'ils dirigent) , le Président de l'Initiative a agi en conséquence et croyez-le sa contribution a été très grande. A l'état actuel des choses ceux qui pensent que le Président MUSEVENI est comme KAGAME, BAGAZA et BUYOYA se trompent. Surtout en ce qui concerne le processus de paix pour le Burundi. Le Président MUSEVENI agit selon sa propre expérience et sous les conseils de la Facilitation, des leaders de la Région et des organisations internationales qui connaissent bien le Burundi. Ils  sont  tous  intéressés par le sort de notre pays.


D.M.: La TANZANIE, l'OUGANDA et l' AFRIQUE DU SUD apparemment pensent que c'est l' " Accord d' Arusha I "  pour  lequel vous avez signé.  Savent-ils que vous voulez  imposer d'autres institutions de Transition ?

M.HUSSEIN Radjabu en visite à Bruxelles, Capital de l'Europe

H.R.: Le 02 Décembre 2002 , le CNDD-FDD et le Gouvernement de Transition du Burundi ont signé à Arusha un Accord de cessez-le-feu. La Tanzanie, l'Ouganda et l'Afrique du Sud étaient sur place et ont signé  cette Accord; les uns comme témoins et d'autres comme garants . Ils connaissent parfaitement la réalité . Quant à la question des institutions de Transition, c'est un des quinze points qui vont être traités dans le volet des négociations politiques qui vont commencer incessamment comme spécifiée dans l'annexe 2 de l'accord sur le cessez-le-feu. 

Notre souci n'est pas d'imposer d'autres institutions mais plutôt de tracer une ligne politique qui sera suivie par les animateurs de la transition. Ces animateurs devront être surtout  :

  • de bonnes foi .

  • capables de ramener le Burundi dans la voie de la Démocratie.


D.M.: Que pensez-vous de l'idéologie du génocide ?

 

H.R.: L'idéologie de génocide est à bannir . L'idée de vouloir exterminer systématiquement un groupe ou une partie de la population  est aberrante et insensée.  Le Burundi a été énormément déchirée par le Génocide. Souvent les justifications, qui n'en étaient pas, servaient au régime en place pour exercer une répression extraordinairement  brutale vis à vis d'une ethnie issue de sa population.  Ainsi, le CNDD-FDD est contre toute politique basée sur l'ethnisme. Cela a été un grand choc lors de la signature du 28 août 2000 à Arusha ! Cet Accord "ARUSHA I" venait de statuer l'acceptation de l'ethnisation de la vie politique Burundaise.

Malheureusement au Burundi les politiciens utilisent le mot "génocide" à tort et à travers pour pouvoir manipuler un groupe ethnique qu'ils prétendent défendre non pas pour ses droits mais pour leur propre intérêt.


D.M.: Que pensez-vous des "Camps de regroupement"  ou  IDPS (politique initiée par Buyoya depuis 1997 )?  Vous ! Vous les appelez, ainsi que Mandela d'ailleurs, "Camps de concentration" ?  Rappelons  que près de
600 000 citoyens du Burundi  (principalement des HUTU) sont concernées.

Camps de Concentration au Burundi

M.Hussein Radjabu, très sensible aux "camps de concentration" au Burundi

H.R.: Dès que l'Accord de cessez-le-feu est mis en application , les camps de regroupements n'auront plus de raisons d'être. Vous savez sans doute que ce ne sont que des mouroirs de la population. Le CNDD-FDD souhaite que la population reste chez soi et vaque à ses occupations quotidiennes tranquillement. S'il y a un mauvais souvenir que la population va avoir , c'est bien ces camps de concentration. 

Ce qui s'y passent dépassent l'entendement : 

- si l'on n'est pas tué par balle, on est dépecé à la baïonnette.

- C'est également les lieux de tous  les méfaits :

  •     les viols

  •     les maladies endémiques

  •     la faim et la soif

  •     le sida

  •     etc.

Notre souci est que ces camps soient démantelés. Il en est de même pour les prisonniers politiques qui doivent être libérés sans conditions.

D.M: M. HUSSEIN Radjabu, merci .

                                                                                       @AGNews 2002