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Interview
du M. NKURUNZIZA
Pierre , "Représentant Légal du
CNDD-FDD"

04 Novembre 2002,
Bilal Luqman, AGNews
AGnews a le plaisir de
recevoir, Mr NKURUNZIZA Pierre, qui est le Représentant
légal du CNDD-FDD. Il est né en 1964. Il a fait l'école
primaire à Bujumbura,l'école Secondaire à l'Athénée de Gitega en Section
Lettres Modernes. Après ses études universitaires à Kiriri en Faculté d’Education
Physique et Sports, il a enseigné au Lycée de Muramya , ensuite à l’Université
du Burundi comme Maître Assistant. Il a donné des cours aux sous officiers et
officiers de l’ISCAM. Il a été entraîneur de l’équipe de football de
1ère division « UNION SPORTING » à Bujumbura. Bref, c' est
encore un grand sportif qui a fait des stages de perfectionnement en pédagogie,
en Droit de l’Homme, en psychologie et en méthodologie de la recherche...
BL : Découvrons ensemble la situation du
Burundi sur les plans politiques et militaires. Commençons par l'Humanitaire
... Qu'en est il aujourd'hui ?
N.P: La situation
humanitaire va de mal en pire suite à la politique de va t’en guerre de l’armée-Etat
qui accentue la misère des populations , la
recréation des camps de concentration de type Nazi, le pillage
systématique des biens de la population, la destruction des champs et l’incendie
des habitations, les enlèvements, les assassinats, les arrestations et
emprisonnements arbitraires suivies souvent des exécutions sommaires
extrajudiciaires. A cela s’ajoute les maladies liées à la promiscuité au
manque d’hygiène et à la malnutrition et à la sous alimentation. Les
massacres des populations civiles innocentes par l’armée-Etat.
BL : Les massacres d’ITABA ont été un
choc pour l’opinion internationale. Pourquoi le CNDD-FDD a-t-il attendu si
longtemps pour réagir ?

N.P: Le CNDD-FDD n’a
pas attendu longtemps pour dénoncer et condamner le massacre d’ITABA du simple
fait que l’armée-Etat
a procédé d’abord au bouclage des lieux et a fait un black out sur toute
l’information pendant plus d’une dizaine de jours. De plus,
nous ,les FDD, nous n'étions pas présents dans cette zone. C’était un
massacre bien planifié et exécuté dans la plus grande discrétion et sans
utiliser aucune arme à feu.
BL: Effectivement on se souvient que pendant
les mois de juillet -Août 2002, le gouvernement avait interdit aux médias,
notamment aux radios, de vous interviewer... Ce
massacre de civils, inquiétant dont vous nous citez, se poursuit-il ?
N.P: Le massacre des
civils (par l'Armée-Etat)
se poursuit effectivement surtout dans les provinces de
Bujumbura-Rural, Bubanza, Gitega, Muramvya, Rutana, Ruyigi, Cankuzo et Makamba .
Ces massacres provoquent également des déplacements des populations vers la
Tanzanie.
BL: Concernant les
négociations, pouvez-vous nous résumer la situation des négociations
actuelles ?
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| Le Secrétaire
Générale(Rajabu Hussein),M.Pierre Nkurunziza et le staff militaire |
N.P: Le Mouvement
CNDD-FDD est venu avec le vrai belligérant , le Major Buyoya , Commandant en
chef de l’armee-Etat
qui
l’a mis au pouvoir par la force du canon à quatre reprises.
Nous, nous sommes venus pour négocier particulièrement la fin de la guerre
, la gestion de l’après guerre, jusqu’aux nouvelles élections
démocratiques.
BL: Que pensez-vous de l’esprit des
négociations ?
N.P: Si Buyoya et son
armée-Etat veulent réellement la paix , notre Mouvement s’est bien
préparé à négocier sans arrêt du début jusqu’à la fin.
BL: Vous êtes très motivés... Quelles
sont les probabilités de réussites ?
N.P: A voir Buyoya et ses acolytes qui
sont venus négocier... Buyoya est animé d’un complexe de supériorité et
d’un esprit négativiste de vouloir mettre en avant sa politique de va t’en
guerre , la preuve la plus parlante est d’avoir refusé
la suspension des hostilités que le CNDD-FDD avait proposée avec le soutien
même de toute la Facilitation. L’on peut alors s’imaginer si l’homme
qui refuse la suspension des hostilités pourra respecter et appliquer un
éventuel cessez-le-feu. Wait and See !
BL: En Buyoya , croyez-vous avoir à faire à
un "Homme" nouveau ?
N.P: Buyoya ! C’est
réel ... On a à faire pas seulement à un "Homme" nouveau mais aussi
à une organisation politico-militaire qu’il a peur d’affronter depuis
que les négociations ont commencé. C’est le bon Dieu qui l’a fait
ainsi et sportivement les grandes équipes se rencontrent en final.
BL: L’idéologie du CNDD-FDD ? Le
CNDD-FDD est-t-il basé sur l’ethnie des gens ? Est-il un mouvement
hutu ?
N.P: L’idéologie
du Mouvement s’inscrit en faux contre l’ethnisme , l’institutionnalisation
de l’ethnisme dans l’espace politique de notre pays. Le CNDD-FDD lutte pour
la paix , la sécurité pour tous , la démocratie , la justice et le
développement humain total ou intégral.
Le CNDD-FDD n’est pas un Mouvement Hutu car la
démocratie , la paix, la justice et le développement c’est l’aspiration
profonde de tous les peuples , de tous les Burundais, de toutes les ethnies et
de toutes les régions. Par
ailleurs, le CNDD-FDD a en son sein des Hutu, des Tutsi et des Twa. Si les Hutu
sont plus nombreux que les Tutsi c’est évident car la réalité sociologique
et sociétale est celle-là , numériquement les Hutu sont nombreux que
les Tutsi au Burundi mais cela ne revient pas à cataloguer le CNDD-FDD de Hutu.
Recourir à l’ethnisme est une
faiblesse politique qui peut et qui conduit souvent à l’impasse politique,
voire même suicidaire.
BL: Un des apports d’Arusha est l’ethnisation
des institutions . Qu’en pensez-vous ?
N.P: Arusha, en
institutionnalisant l’ethnisme, a fortement dérapé en inoculant un virus
plus dévastateur que le Sida dans la société burundaise qui est toujours sur
le choc et l’agonie de l’idéologie régionaliste et divisionniste à
caractère ethnique des hommes d’Etat burundais véreux depuis 1965 à nos
jours. L’institutionnalisation d’ethnie
est une bombe à retardement pour les génération futures , c’est une
médication qui vient activer la maladie de la société burundaise.
BL: Mais alors, que propose le CNDD-FDD ?
N.P: Le problème de la
société burundaise est d’avoir connu des chefs dictateurs, anti-démocrates
qui sont toujours au pouvoir et cherchent tous les moyens à le garder. La
solution adéquate, immédiate à moindre dégât est la démocratie, la justice
et le développement humain total en rassurant les anciens dignitaires qu’ils
ne seront pas poursuivis pour répondre de leurs crimes politiques, économiques
et judiciaires. Tout cela dépend de l’état moral et politique du Burundi
réconcilié et démocratisé.
BL: Quelle est la considération de votre
Mouvement par rapport à la "Communauté Internationale" dans ce
monde qui se globalise ?
N.P: Nous remarquons
que la "Communauté Internationale" aide les Burundais à mettre fin
à la guerre mais actuellement elle semble être fatiguée car désabusée.
Elle doit faire une nouvelle étude, une nouvelle lecture des réalités
politiques, sociales du pays et des négociations en cours qui
opposent les vrais belligérants.
Elle doit apporter un remède approprié au Burundi comme elle l’a fait
ailleurs. C’est la paix et la démocratie ; rien d’autre.
A défaut de cela, elle laissera libre champ au système bolchevique instauré
au Burundi depuis 1993. Ce sera condamner le Peuple Burundais à disparaître à
petit feu.
BL: Tout le monde sait et
connaît les
ambitions "géostratégiques" dans la région des Grands-lacs que
porte LONDRES, WASHINGTON et PARIS, notamment grâce à la proximité avec la
République Démocratique du Congo. Quelles relations entretenez-vous
avec LONDRES, WASHINGTON et PARIS?
N.P: Notre Mouvement entretient de
bonnes relations avec tous les démocrates, tous les peuples qui mettent en
avant la justice, l’Etat de droit, la démocratie et le développement humain
intégral.
De ce fait Washington, Londres et Paris figurent parmi les pionniers de ces
valeurs universelles positives et restent le modèle pour le CNDD-FDD
.
Actuellement, nous commençons à faire des percées diplomatiques avec ces pays
qui nous soutiennent et nous encouragent beaucoup à négocier pour
que nos causes soient une réalité dans le Burundi paisible, démocratisé et
prospère.
BL: Un de vos préalable autrefois était la
fermeture des camps de concentrations au Burundi. Dans ces camps existent encore
près de 600.000 personnes (1 /10 de la population burundaise) y vivent.
Pourquoi n’en parlez-vous plus ?
Les prisonniers politiques existent-ils encore ?
N.P: Dans la démarche des négociations
pour mettre fin à la guerre et préparer la gestion de l’après guerre, notre
Mouvement a des préalables y compris la
fermeture des camps de concentration. Selon le cadre général des
négociations qu’on est convenu, ces préalables figurent parmi les mesures
favorables aux négociations et doivent être exécutés dans un délai qu’on
va se fixer ensemble avec l’armée-Etat
et son gouvernement.
Il en est de même des prisonniers politiques qui eux aussi doivent être
libérés sans conditions dans un délai donné ; la question alors des
préalables vient en premier plan dans le cadre général des négociations.
BL: L’Extrême
– Droite Burundaise TUTSI avec ses organisations Sans Echecs, Sojedem,
Gardiens de la paix, AC Génocide, PA Amasekanya , Uprona (MUKASI), NETPRESS,…)
ont , en 1993, empêché qu’une force de protection internationale (MIPROBU)
ne soit envoyé au Burundi. Tout comme en Novembre 2001, l’E.D.B
était opposée à l’envoi de Force Sud Africaine. Que pensez-vous de ces
mouvements ou organisations que l’on appelle aussi la Société Civile ?
N.P: Au Burundi, d’abord,
il n’y a pas de société civile au vrais sens du terme. Ce sont, au
contraire, des organisations miliciennes inféodées à l’armée-Etat et à
sa caisse de résonance qui est l’UPRONA ; véritable laboratoire des
anti-démocrates au Burundi. Il est évident que ces organisations connues sous
le label de Société Civile s’inscrivent en faux contre le déploiement des
forces onusiennes de maintien de la Paix au Burundi.
Car ces forces viendraient aider le peuple burundais, habitué à la mort
sans résistance et à la soumission aveugle à l’armée-Etat,
de mettre fin à la dictature. Elles permettraient à restaurer la paix, la
démocratie et à démanteler cette armée milicienne rebelle à son peuple
et à la démocratie.
BL: Y-a-t-il eu génocide de Tutsi en
1993 ?
N.P: En 1993, il n’y a pas eu de
génocide de tutsis. Le génocide est devenu un fonds de commerce dans
la diplomatie. Le génocide se planifie et s’exécute. Or en 1993, il y a eu renversement,
des institutions démocratiquement élues, par l’armée-Etat
(voir déclaration du 21 octobre 1993 lue par le Colonel Mamert
Sinarinzi, les dires du Colonel Daradangwa et de surcroît de l’ex Chef d’Etat
Major Général Bikomagu Jean qui a dit que l’armée est prête à remettre le
pouvoir à condition qu’elle ne sera pas poursuivie) qui par la suite a
récupéré tout le pouvoir et l’administration locale.
Ce que nous nous disons, c'est qu'il y a eu des massacres perpétrés depuis
1993 par l’armée jusqu’aujourd’hui mais aussi des massacres
interethniques par endroit.
C’est l’ONU qui doit qualifier les faits et établir les responsabilités
sur ce qui s’est passé et sur ce qui se passe encore.
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| Pierre Nkurunziza et une partie
de son staff militaire |
B.L: Parlons "militaire"
maintenant... Effectivement, c'est bien de le rappeler... La création du
CNDD-FDD était une des
conséquence du refus de la Communauté Internationale d'envoyer une Force de
protection civile au Burundi. La pression mise, par l' armée-Etat
et les organisations de l'extrême-droite Burundaise, a pris le pas sur
l'initiative de l' OUA, de la MIPROBU, qui n'a pas pu voir le
jour en 1993. Face à cet
armée-Etat , qui massacre depuis près
de 37 ans, il fallait protéger la population et ses institutions.
Ainsi, le mouvement de résistance CNDD-FDD est né.
Revenons en à notre interview.
Le porte parole de l’armée, le Colonel Augustin Nzabampema,
a refusé de permettre un répis sur le terrain comme vous l’aviez proposé.
Que dites vous de ses arguments ?
Signifient elles qu’ils optent pour la Guerre ? Est-ce l’enveloppe
du FMI qui change la donne ou sont-ils supérieurs sur le terrain ? Quelle
est l ;a situation militaire ? Les territoires sous votre occupation
quelles sont-ils ?
N.P: Quand Colonel Nzabampema,
porte-parole de l’armée-Etat
rebelle à la démocratie, au même titre que son chef Major Buyoya,
refusent la
suspension des hostilités proposée par le CNDD-FDD, on comprend tout
simplement que l’armée-Etat
a un programme d’exterminer la population et qu’elle apte à la guerre. La
paix n’est pas son soucis. Cela prouve à suffisance que l’armée-Etat
a un pouvoir réel caché de guerre, le Gouvernement de Bujumbura parle de la
paix d’où un bicéphalisme au sein du pouvoir avec des agenda politiques
antinomique . La sagesse africaine dit: "Quand on voit le bec on voit le
coq tout entier " .
Par simple déduction, l’armée-Etat
qui refuse la suspension des hostilités n’acceptera pas et ne respectera pas
un éventuel cessez-le feu.
- La guerre n’est pas une équation
mathématique, il y a des hauts et des bas. Celui qui en sort
vainqueur, c’est celui qui a la bénédiction de Dieu avec un
don de la prévoyance, de discernement et gagne la confiance
de la population qui réalise que ses aspirations et sa victoire répondent
à son idéal. Quand le FPR a gagné la guerre au Rwanda en 1994, il
était présent dans une seule province.
- L’armée-Etat
de Buyoya est partout et nulle part comme le CNDD-FDD ; c’est
le meilleur qui va gagner.
L’enveloppe du FMI si une fois
octroyée à Buyoya, c’est pour assaisonner la guerre et elle partira en
fumée.
B.L: D’après certaines de nos informations
Buyoya et Kagame utiliseraient des armes biologiques (des bactéries de
méningites) dans les territoires où vivent des civils acquis à votre
cause ? Est-ce vrai ?
N.P: Dire que Buyoya et
Kagame utiliseraient des armes biologiques ( des bactéries de méningites )
dans les territoires où vivent des civils acquis à notre cause, vrai ou pas ?
Tout est possible. Hier, l’armée de
Buyoya utilisait l’arme du sida en constituant des pelotons atteints du sida
pour violer les femmes et les filles regroupées dans les camps de concentration
d’où le taux de séropositivité dans les provinces de Bubanza,
Bujumbura-rural, Rutana, Bururi, Makamba où il y a beaucoup
de camps de regroupés sillonne entre 40-60 %. C’est un
génocide, nouvelle formule, à petit feu, plus de la moitié de la
population burundaise va périr dans moins de 10 ans.
L’avenir jugera et l’histoire est têtue et témoin.
B.L: Deux projets de formations militaires font
leur chemin en Afrique des Grands-Lacs, le
projet ACRI (Anglo-saxons) et le RECAMP (Français). L’idée est d'aider
à créer une Force Régionale pour gérer la région qui comprend aussi le
Burundi. Êtes-vous au courant ? Qu’en pensez-vous ? Ce sera une
sorte de ECOMOG comme on a en Afrique de l’OUEST ?
N.P: Le CNDD-FDD n’est
pas au courant de la formation de cette Force Régionale pour gérer la région.
Si c’est le cas, ce serait une bonne chose à condition qu'elle aide à
stabiliser la région et aussi à protéger le système démocratique:
la Démocratie.
Les FDD feraient partie de cette Force de par leur efficacité et leur
qualité inégalable de lutter pour le bien de la population jusqu’à se
sacrifier. Merci
B.L:
M. NKURUNZIZA Pierre, merci .
@AGNews
2002
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