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Interview
du Dr.
RUFYIKIRI Gervais.

11 Septembre 2002,
Bilal Luqman, AGNews
AGNews
a le plaisir de recevoir cette semaine, Dr.
Rufyikiri Gervais.
Il est "Représentant
du Mouvement CNDD-FDD au BENELUX".
Nous essayerons ensemble à mieux comprendre ce qu'est la Rebellion
Burundaise (qui est un mouvement de résistance pour réinstaurer la
Démocratie) et avec lui, on passera en revue certains
points de l'actualité et il nous en fera son
commentaire. B.L.
B.L.:
Dr. Rufyikiri
Gervais,
bonjour ! Pouvez-vous vous présenter brièvement ?
G.R.:
Je
m’appelle Rufyikiri Gervais, je suis originaire de la province Gitega au
Burundi et j’habite avec ma famille en Belgique depuis 1994. J’assure les
responsabilités de Représentant du Mouvement CNDD-FDD au BENELUX.
B.L.: Pouvez-vous faire une brève
présentation du CNDD-FDD?
G.R.:
Le
Conseil National pour la Défense de la Démocratie-Forces pour la Défense de
la Démocratie, CNDD-FDD en sigle, est un Mouvement politico-militaire de résistance
politique et armée. Il a été créé le 24 septembre 1994 pour faire face au
refus de la démocratie par l’oligarchie militaro-civile entrée en rébellion
contre les institutions du pays depuis le coup d’Etat sanglant du 21 octobre
1993. Le peuple burundais (en particulier les démocrates burundais), abandonné
par la communauté internationale, a dû affronter seul la crise et a opté de
relever le défi, résister et combattre celle-ci. C’est une voie qui lui a été
imposée puisque toutes les autres solutions de résolution du conflit avaient
été épuisées.
B.L.:
Que propose le CNDD-FDD à la population du Burundi ?
Le
CNDD-FDD propose à la population du Burundi des changements profonds de la société
burundaise pour faire du Burundi un pays véritablement démocratique. A court
et à moyen terme, le CNDD-FDD a pour objectif de contraindre, par un rapport de
force approprié, l’armée-Etat qui s’est approprié du pouvoir au Burundi
à abandonner ses actes criminels commis contre les citoyens burundais hostiles
à sa politique anti-démocratique et ségrégationniste. En d’autres termes,
le CNDD-FDD lutte pour le retour à la paix et la sécurité pour tous quel que
soit la race, le sexe, l’ethnie, la religion, la région ou l’appartenance
politique. Pour le long terme, le CNDD-FDD vise l’établissement d’une démocratie
durable au Burundi, c’est-à-dire un Etat de droit fondé sur le respect intégral
des droits de l’Homme et sur les principes de démocratie.
B.L.:
Que pensez vous de
l'initiative d'ICG ? Quelle est la place de la Communauté Internationale
dans les négociations?
G.R.:
L’initiative de l’International
Crisis Group (ICG) d’informer la Communauté Internationale sur la situation
de guerre au Burundi est appréciable, surtout lorsque le contenu de son rapport
concerne des questions peu fréquentes ou absentes dans la presse
internationale. C’est le cas de son récent rapport sur le Burundi « The
Burundi rebellion and the ceasefire negotiations » publié à
Nairobi/Bruxelles le 6 août 2002. Ce genre de rapport qui donne l’information
complétée d’une analyse et recommandations est important surtout pour les
politiciens et les gouvernements qui suivent de près ou de loin l’évolution
de la crise au Burundi. Cependant, pour remplir correctement sa mission, il est
essentiel que l’objectivité soit la tendance dominante du rapport. Ce caractère
a manqué dans le récent rapport de l’ICG, comme je l’ai souligné dans mon
commentaire à ce rapport « Comments on the ICG report - The Burundi
rebellion and the ceasefire negotiations - published by ICG, Nairobi/Brussels,
6 August 2002 » (voir sur le site www.Burundi-info.com).
Concernant la deuxième
sous-question, je commencerais par faire remarquer que la Communauté
Internationale n’est pas un bloc soudé avec une politique unique pour le
Burundi. Certains Etats membres de cette Communauté Internationale exercent un
rôle positif et fournissent des efforts dans la recherche d’une solution
durable à la crise au Burundi. Leurs interventions sont multiples et notamment
dans les négociations, ils interviennent par exemple dans le soutien matériel
et moral de la facilitation. Par contre il existe d’autres pays qui défendent
des intérêts contraires à ceux du peuple burundais. C’est le cas du Rwanda
et de l’Ouganda, aussi membres de cette Communauté Internationale, qui ne
cessent de déployer des troupes militaires sur le sol burundais pour combattre
du côté des troupes de l’arméé-Etat en agression contre le peuple
burundais (Lire le COMMUNIQUE No 21/ CNDD-FDD/ 31 juillet 2002 sur le site www.burundi-info.com).
B.L.: Vous dites et avec preuve
à l'appuie qu' ICG feint de savoir la cause de cette guerre civile ?
Eclaircissez nous là dessus.
G.R.:
A
travers les lignes du récent rapport de l’ICG sur le Burundi, l’approche
sur les causes de cette guerre civile semble être minimaliste. C’est
notamment lorsque le rapport mentionne que le peuple en arme demande des négociations
parce que les négociations d’Arusha ne se sont pas penchées sur leurs
principales préoccupations, les réformes de l’armée ou ne lui réservent
pas des places de haut rang dans la politique pour faire respecter leur agenda
de sécurité générale. Pour le Mouvement CNDD-FDD, les questions devant être
négociées comprennent la réhabilitation de la Constitution votée par
Referendum populaire en mars 1992, la réforme des forces de sécurités
comprenant l’armée et la police, ainsi que la réforme du système
judiciaire. Le CNDD-FDD insiste sur la réhabilitation de la Constitution car
celle-ci est une référence pour la mise en place des Institutions et elle précise
leur mode de fonctionnement. Elle est la seule garantie pour le respect intégral
des droits de l’Homme.
B.L.: Le CNDD-FDD est
confondu au CNP. Qu'est-ce que le CNP ? Comment analyser vous les différentes
scissions au sein de votre mouvement depuis 1997 à nos jours ?
G.R.:
Il
n’y a pas de confusion entre le CNDD-FDD qui est un Mouvement
politico-militaire, tel qu’il est défini au point 1.a. d’une part, et le
CNP (Conseil National des Patriotes) qui est un des organes dirigeants au sein
du CNDD-FDD, d’autre part. La structure du CNDD-FDD comprend en effet
plusieurs organes avec des cahiers de charge bien déterminés et le CNP en est
un. Le CNP a été mis en place le 14 octobre 2001 pour le redressement du
Mouvement. Les membres ont été élus et investis par le Congrès
extraordinaire tenu à Makamba du 17 au 26 janvier 2002. Sa mission est
clairement définie dans les textes fondamentaux du Mouvement.
Concernant
la deuxième sous-question, je répondrais en disant que le Mouvement CNDD-FDD a
subi des épreuves dures depuis sa création avec comme conséquences un départ
non négligeable d’une partie de ses membres. Les plus remarquables
correspondent aux deux scissions, la première en mai 1998 et la deuxième en
octobre 2001. Dans tous les cas, les facteurs sont identiques et rentrent dans
trois catégories :
-
La première catégorie de facteurs était celle de l’insuffisance en qualité
et en quantité des textes fondamentaux, devant servir de référence pour la
mise en place et le fonctionnement des organes du Mouvement. Le résultat fut
une incohérence organisationnelle du Mouvement par rapport à son importance et
à sa mission.
-
La deuxième catégorie de facteurs est celle de la mauvaise gestion des
ressources humaines. Le leadership du Mouvement a été incompétent à arbitre
les conflits de compétence et les conflits à caractère régionaliste qui se
sont développés entre certains membres des organes dirigeants. Ces conflits
ont toujours abouti à la marginalisation, l’écartement ou exclusion des
membres les moins influents auprès de l’institution suprême du Mouvement.
-
La troisième catégorie de facteurs est celle de la mauvaise gestion des biens
du Mouvement.
La
conjugaison de ces facteurs a toujours fini par révolter les membres de la
base. Excédés, ceux-ci ont dû recourir à la dernière solution qui consiste
à éjecter des organes dirigeant les membres qui affichent un comportement qui
les écarte de la ligne générale du Mouvement.
D’un
autre côté, il faut considérer les différentes scissions au sein du
Mouvement CNDD-FDD, tout comme les scissions observées dans les autres
Mouvements et Partis politique burundais, comme un signe de maturité politique
du Peuple burundais. Le Peuple burundais met en valeur ses droits de se choisir
ses dirigeants, de les contrôler et de les révoquer de leurs responsabilités
quand il le juge nécessaire. C’est un des principes de la démocratie. Les
politiciens devraient en tirer des leçons pouvant influencer leur comportement
pour mériter la confiance du groupe ou du peuple pour qui ils travaillent.
B.L.: Le
CNDD-FDD est il réellement Pluri-Ethnique ?
G.R.:
Le
CNDD-FDD est un Mouvement ouvert à tous les Burundais soucieux de contribuer à
la lutte pour l’instauration d’un Etat démocratique au Burundi. Il compte
parmi ses membres des Hutu, Tutsi et Twa, et il a ses bases à l’Ouest, à
l’Est, au Nord, au Sud et au Centre du Burundi.
B.L.:
Que pensez-vous de la signature d'Arusha (du point de vue des rapports
de force surtout) ?
G.R.:Les négociations d’Arusha
entre des partis, mouvements et groupes politiques burundais ont souffert dès
le départ d’une mauvaise
identification des belligérants. La guerre actuelle au Burundi oppose deux
belligérants, d’une part l’armée-Etat qui représente des Burundais
organisés en partis et groupes politiques pour défendre le maintien du statu
quo, et d’autre part, le Peuple en armes organisé en CNDD-FDD et
PALIPEHUTU-FNL et qui lutte pour des changement de la société burundaise
visant à établir un Etat de droit fondé sur le
respect intégral des droits de l’Homme et sur les principes de démocratie.
Cependant, la médiation a invité dix-neuf délégations de mouvements, partis
ou groupes politiques à participer dans les négociations d’Arusha tout en
excluant consciencieusement de ses négociations un véritable belligérant,
le CNDD-FDD et PALIPEHUTU-FNL. Les rapports de force étaient déséquilibrés
en faveur de l’armée-Etat. Le résultat a été un débat partiel sur des
questions de fond tels que la question de réforme des corps de défense et de sécurité,
la question de réforme du système judiciaire et le retour à la légalité
constitutionnelle. Ces questions ont été partiellement abordées à Arusha, et
aucune décision ferme n’a été prise. Le plus fort, c’est-à-dire la délégation
représentant l’armée-Etat imposait ses points de vue et les faibles se sont
résignés.
Ces négociations ont abouti à la signature
d’un accord dont l’application est difficile, voire impossible pour de
multiples raisons. Son contenu ne présente pas d’intérêt pour la majorité
de Burundais parce qu’il ne contient pas des décisions fermes sur la résolution
des problèmes fondamentaux à la base du conflit actuel. La plupart de
Burundais considère l’Accord d’Arusha comme une version actualisée des
autres accords signés antérieurement comme la Convention du Gouvernement de
1994 et le Partenariat de 1998. En particulier, malgré la signature de l’Accord
d’Arusha l’insécurité règne toujours sur l’ensemble du territoire
burundais. Le gouvernement en place à Bujumbura continue à investir dans
l’achat d’armes et à couvrir les crimes commis par l’armée lors des
attaques contre la population dont elle est sensée protéger. Cette
intensification de la guerre met en cause la crédibilité de gouvernement issu
de cet Accord.

B.L.:
Y’a-t-il un tribalisme ou une extrême-droite
au Burundi ?
G.R.: Le
tribalisme existe au Burundi. Il transparaît dans les déclarations et dans les
actes de certains Burundais ou groupes de Burundais. Je dirais même que le
tribalisme est une composante importante du conflit actuel entre les Burundais,
à côté de la composante politique et régionaliste. L’idéologie tribaliste
de certains hommes politiques de l’ethnie Tutsi qui ont dirigé le Burundi a
eu comme conséquence l’exclusion séculaire des Hutu et des Twa dans la
gestion de l’Etat et dans l’organisation de la société. Sur base de cette
même idéologie, la classe politique Tutsi a procédé à l’élimination
physique de plusieurs centaines de milliers de Hutu lors des massacres organisés
périodiquement : 1965, 1969, 1972, 1988, 1991, 1993 à nos jours.
Aujourd’hui, le tribalisme reste dans les esprits de certains, et c’est
cette idéologie qui guide certains groupes actifs, comme les sans échecs et le
PA Amasekanya, qui ont pour mission la chasse au Hutu. Evidemment, il ne faut
pas tomber dans le piège de la globalisation pour incriminer toute une ethnie,
les bons et les mauvais se trouvent à la fois chez les Hutu, les Tutsi et les
Twa. Les individus doivent répondre de leurs actes.
B.L.:
Que pensez-vous de l'idéologie du génocide ?
G.R.:
L’idéologie
de
génocide est un courant de pensées dont les adeptes prêchent l’intolérance
de l’autre et cette intolérance aboutit généralement à des actes criminels
d’extermination intentionnelle, systématique et programmée d’un groupe
ethnique, linguistique, national, religieux ou racial. Ces actes d’homicide à
grande échelle sont qualifiés selon les cas d’actes de génocide ou tout
simplement de crimes contre l’humanité. Une telle idéologie a existé et
existe toujours chez certains Burundais et elle est à la base des différentes
tragédies qui ont marqué l’histoire du Burundi post-colonial.
Les
actes criminels commis par l’Etat envers les membres de l’Ethnie Hutu par
exemple, dont la période d’exécution couvre plusieurs années depuis
l’indépendance à nos jours, les moments forts étant les massacres de 1965,
1969, 1972-1973, 1988, 1990-1991, 1993 à aujourd’hui, méritent d’être
qualifiés par les instances habilitées d’actes de génocide. Evidemment, une
enquête menée par une commission compétente et neutre est indispensable pour
identifier les coupables, établir et qualifier les faits.
Des
mesures concrètes visant à éradiquer une telle idéologie doivent être
convenues entre les différentes composantes de la population burundaise et mise
en application par l’Etat pour la sécurité de tous.
B.L.:
Que pensez-vous des
"Camps de regroupement" ou IDPS (politique initiée par Buyoya
depuis 1997 )? Vous! Vous les appelez, ainsi que Mandela d'ailleurs, "Camps
de concentration" ? Rappelons que près de 600 000 citoyens du
Burundi (principalement des HUTU) sont concernées.
G.R.:
La politique des camps de concentration de
type Nazi (appelés camps de regroupement forcé ou simplement camps de
regroupement par certains) a été instaurée depuis 1996 avec le retour au
pouvoir du Major Pierre Buyoya pour « isoler les combattants du reste de
la population ». Dans ces camps sont concentrés des Hutu où des
conditions de vie inhumaines leur sont imposées, notamment la privation des
besoins fondamentaux pour l’homme comme les soins de santé ayant abouti à la
mort d’un grand nombre de personnes due à des épidémies, la malnutrition et
la sous-alimentation. Il s’agit d’une autre forme d’extermination massive
d’une partie de la population burundaise sur base de leur appartenance
ethnique. Le CNDD-FDD n’a jamais cessé de dénoncer ces actes criminels (Lire
par exemple le Communiqué de presse N° 16 signé par le Porte Parole, Lt. Gélase
Daniel NDABIRABE, www.burundi-info.com
).
La fermeture de ces camps pourrait alléger la souffrance des
victimes et elle serait un signal fort pour une atmosphère propice au démarrage
de négociations entre les vrais belligérants.
B.L.: Dr. RUFYIKIRI
Gervais, merci.
@AGNews
2002
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