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Interview de
M. RUSHISHIKARA Gérard,
ex-secrétaire général
du "COMITE SOLIDARITE
BURUNDI"
et président du mythique
parti politique TABARA

15 Juillet 2002,
Bilal Luqman, AGNews
AGNews
a le plaisir de recevoir cette semaine, M. RUSHISHIKARA Gérard. Personnalité
politique burundaise ayant marqué la fin des années 70 et le début des
années 80. Pour ceux qui se souviennent ...C'est l'HOMME du Sommet
FRANCO-AFRICAIN à KIGALI en 1979. Sinon pour les réfugiés qui s'en
souviennent certainement ; il est l'EX-SECRÉTAIRE Général du
COMITE SOLIDARITÉ
BURUNDI . Avec lui, nous évoquerons les années 60 , 70 et 80. Si on pouvez
parler d'une "gauche" au Burundi, M.
RUSHISHIKARA , en serait un des grands représentants. Nous y reviendrons
aussi.
B.L.: M.
RUSHISHIKARA Gérard,
bonjour ! Pouvez-vous vous présenter brièvement ?

R.G.: Je suis un
Burundais d'abord; ensuite de l'ethnie HUTU; et pour finir de mère TUTSI
et de père HUTU. Ceci montre que la "question Burundi"
n'est pas nécessairement la "question HUTU et TUTSI". Dans le temps,
les couples mixtes étaient une réalité. Moi, je suis issue de ce couple.
B.L.: Après les
événements de 1972 dans votre pays, une initiative est née "COMITE
SOLIDARITÉ BURUNDI" ?

R.G.: En 1972, le constat
que j'avais fait avec mes amis était que les problèmes du Burundi n'étaient
pas connus. De la sorte, j'ai été mandaté par des réfugiés d' Afrique
à créer un Comité de soutien et de solidarité au peuple du
Burundi. C'était une organisation dont les membres étaient de plusieurs
courants idéologiques (pluralistes) et dont l'objet était de faire connaître le
Burundi, son peuple, ses traditions, son Histoire et sa culture. Il permettait
de pouvoir informer l'opinion Internationale. On allait pouvoir aider moralement,
intellectuellement, et matériellement le
peuple Burundais, victime de discriminations ou de persécutions
raciales, politiques ou sociales.
Nos préoccupations !

"L'avenir de nos enfants"
(Cliquer sur l'image)
B.L.: Comment
avez-vous vécu "1972" ?
R.G.: Suite à une
enquête que nous avons mené au sein du Comité Solidarité Burundi, on a
découvert que Micombero avait exploité la situation des réfugiés présents
en TANZANIE depuis 1965 et 1969 en semant pas mal d'amalgames.
- Il a fait savoir à
l'opinion internationale que l'attaque venait de
TANZANIE. Sachant que cette dernière était "COMMUNISTE".
Micombero a crié haut et
fort que c'était les communistes qui venaient envahir le BURUNDI.
Son gouvernement a fait
appel aux troupes ZAÏROISES (ajoutant que les réfugiés Barundi étaient
de connivences avec les MULELISTES) ,aux troupes RWANDAISES de KAYIBANDA (en
prétextant que les réfugiés étaient collaborateurs avec les INYENZI- nom
donné aux réfugiés TUTSI rwandais- ) et finalement aux
troupes FRANCAISES (Ces dernières se sont illustrées avec leurs
hélicoptères au mitraillage des populations civils Barundi. En effet, le
Burundi n'avait pas de pilotes ni d'hélicoptères à cette période. Seul
MICOMBERO, peut -être savait piloter.)

Michel MICOMBERO avait voulu
avoir tout le monde dans son sac. Un peu comme on fait actuellement dans
certains états où tout mouvement que l'on n'aime pas , on l'appelle
TERRORISTE.
La Belgique et son
gouvernement (Premier Ministre Eyskens) ont déclaré "que le problème
n'était pas entre HUTU et TUTSI mais qu'il s'agissait d'un véritable
GENOCIDE de la part du Gouvernement qui opprimait sa population
civile". En représailles, la Belgique décida de stopper son aide
militaire au Burundi. Mais par réalisme politique, voyant que les Français se
profilaient à grands pas. Elle a finalement cédé. Il s'agit de calculs des États.
Comme le révèle LEMARCHAND,
il s'agissait d'un génocide sélectif.
On venait dans les écoles avec des listes. On sélectionnait les élèves HUTU
et non leurs camarades TUTSI
B.L.: Avez-vous
été voir ces réfugiés Barundi ?
R.G.: Fin 1972, j' ai été
à la rencontre des réfugiés Barundi aussi bien au RWANDA (LILIMA) qu'
en TANZANIE (OLIENKULU) où ils ont été bien accueillis. Près de 200
000 réfugiés, c'était impressionnant. Par la suite, j'ai vu les réfugiés au
Zaïre (Baraka, Fizi , Uvira ...). Le but de mon voyage était de faire
une enquête sur ce qui s'était réellement passé lors du génocide de 1972.
Les réfugiés m'ont
dit ceci:
En Tanzanie, il existait la
seule organisation politico-militaire burundaise qui comprenait près de 50
personnes avec le fameux "Mpacha"du MEPROBA. Un jour un certain
"SMIALO" , un muléliste , vient dans les camps avec deux armes. Il
dit qu'il en avait une cargaison. SMIALO était un zaïrois, ami de Simbananiye
Arthémon. Son travail consistait à surveiller les réfugiés Barundi en
TANZANIE. Les réfugiés ne le savaient pas, ils l'ont su par la
suite. Le jour "J" , SMIALO a apporté
des vieux fusils et les hommes de MPACHA sont partis au Burundi comme le faisait
les maquisards d'autre lieu. Ils étaient à peu près 50 en tout.
Arrivée à Makamba, ils ont fait flotter le DRAPEAU de leur mouvement pendant
15 jours. Oui ! A 50, ces jeunes gens ont attaqué un
pays ! Cela ne pouvait qu'être de la provocation de la part de
Bujumbura. La conclusion de mon enquête était que Bujumbura avait
fomenté le coup.

B.L.: Quelles ont
été les réalisations concrètes au sein du Comité Solidarité Burundi ?
R.G.: Au Rwanda, pour venir
en aide matériellement aux réfugiés Barundi, on avait mis sur pieds un
élevage de porcs... par exemple.
Le Comité Solidarité
Burundi aidait surtout à trouver les moyens nécessaires pour venir
en aide aux projets de ces réfugiés Barundi.

Nous avons fait beaucoup de
conférences de presse pour informer l'opinion internationale des conditions de
vie des réfugiés Barundi. A cette époque, ce n'était pas comme maintenant.
Les jeunes sont fatigués. Nous, nous les encadrions. On ne pouvait pas
faire ce que l'on veut avec ces réfugiés Barundi. Tout problème était
su de tous.
Le Comité Solidarité
Burundi a permis de faire le pont avec TABARA. Il m'a permis de
pouvoir voyager et de rencontrer ces réfugiés" instituteurs"
(pour la plupart) qui avaient fondé TABARA dans la clandestinité au
RWANDA.

B.L.: M.
RUSHISHIKARA, TABARA, c'était quoi ? Ou c'est quoi ?
R.G.: Le parti TABARA est né en 1979, créé en
Afrique (particulièrement au RWANDA) par des instituteurs. A ce moment,
j'étais le responsable de l'information dans le Mouvement des Étudiants
Progressistes Barundi: le MEPROBA. Le siège de ce mouvement se trouvait en
Belgique. Idéologiquement, on peut parler d'un mouvement de "GAUCHE".
C'était plus précisément du "socialisme scientifique". Ces
instituteurs m'ont demandé si le MEPROBA ne pouvaient pas adhérer à leur
parti politique. Le comité central a répondu négativement. C'est alors que
j'ai quitté le MEPROBA pour m'occuper de ce parti TABARA.
B.L.: TABARA
était- il un parti HUTU ou des seuls réfugiés HUTU

R.G.: Non! A cette
question au niveau du parti, nous évitions le fanatisme et nous
utilisions le réalisme politique. Tous les militants de TABARA
étaient formés et savaient ce pourquoi ils luttaient. C'est-à-dire le
type de société que nous voulions établir au Burundi. TABARA était une
organisation de masse et non seulement des réfugiés. Notre assise
populaire nous l'avions au Burundi, au Rwanda , au Congo et en Tanzanie.
TABARA n'était pas une organisation des seuls HUTU mais bien celle de
tous les BARUNDI . La condition était seulement d'avoir une vision
"SOCIALISTE"; cela signifie en clair que le profit de l'exercice du
pouvoir est à mettre au profit de la population laborieuse. TABARA avait pour
ambition de gouverner tous les Barundi et leurs biens. Les militants de TABARA
s'engageaient dans un combat contre les fléaux qui rongent les peuple à
savoir la faim , la maladie, la misère, le chômage, l'ignorance,
l'alphabétisme, le racisme, le sionisme, l'apartheid, le colonialisme,
l'impérialisme et l'exploitation de l'Homme par l'Homme.

B.L.: Mais que s'était-il passée réellement au sommet France-Afrique en 1979 ?
R.G.: A KIGALI, lors du
sommet présidé par le Président Français Giscard D'Estaing, nous nous
avions un paquet d'élèves qui avaient été chassés des Ecoles à
l'intérieur du Burundi particulièrement au collège de NGOZI. Ces jeunes
avaient dès lors traversé la frontière pour aller poursuivre leurs
études à Butare au RWANDA. BAGAZA, président du Burundi à cette
époque, profita de la tenue du Sommet pour monnayer sa présence, auprès
de HABYARIMANA, contre le renvoie de ces jeunes au Burundi. Lorsque
nous avions découvert ces faits. Immédiatement, nous avons rédigé des TRACTS dénonçant ces faits caractéristiques de violations des droits de
l'Homme et les avons distribués aux participants du Sommet. Tous les chefs d'États
furent mis au courant. BAGAZA, mal à l'aise et surtout furieux, créa un
incident avec le RWANDA en insistant sur le fait que ce pays entretenait le
parti TABARA (parti d'opposition burundaise). Il quitta le sommet.
Le 27 juin 1980, HABYARIMANA
a dû se rendre à MUYINGA pour présenter ses excuses à BAGAZA.
L'art. 2 de la Tripartite (CONGO - RWANDA - BURUNDI) fut appliqué
pour TABARA. Tous les militants de TABARA étaient chassés du RWANDA et s'en
allèrent vers
la TANZANIE.
B.L.: Y a
t'il une "gauche" Burundaise ?
R.G.: Pour répondre
à la question, je remonte à l'indépendance. En 1962, nous avions deux partis au BURUNDI: L'UPRONA et le PDC.
L'UPRONA était le parti du
Prince RWAGASORE , créé en 1959 à Bruxelles à l'HOTEL ASTORIA par les
Libéraux Belges. Le
souhait de l'UPRONA était que le BURUNDI soit un pays libéral et que ce soient
les Barundi qui dirigent leur pays. Pour cela, il fallait que les Belges
partent. Celui qui demande l'indépendance pour dire que les Colons partent, ne
veut pas dire qu'il est progressiste pour autant (malgré la création de
quelques sortes de coopératives)
Le PDC, quant à
lui, était pris en charge
par le gros du contingent des colons. L'Église Burundaise et l'Eglise de
Belgique étaient de son côté. De plus, Mgr Grauls, Évêque de Gitega,
veillait. Il était presque la tête pensante du parti. Le PDC ne souhaitait
pas l'indépendance
immédiate. Il envisageait de faire une fédération avec le RWANDA.
La Belgique politique ne
voulait plus du Roi MWAMBUTSA, elle fit semblant de préférer BIROLI. Cet
aspect-là de l'Histoire, on le découvrira dans l'assassinat du Prince RWAGASORE par la suite.
Un brin de gauche apparaît,
entre 1963 et 1965, lorsque les syndicats (UTB - Union des
Travailleurs Barundi - et UFB - Union des Femmes Barundi -) sont pris en
charge par la Chine. Ce qui ne fait pas plaisir aux américains.
Deux groupes existent au
sein de l'UPRONA, d'un côté le CASABLANCA mené par MUHIRWA et de
l'autre le MONROVIA par MIREREKANO.
Prenons le groupe
CASABLANCA, que l'on disait à l'extérieur plus à Gauche. La personalité de
MUHIRWA permet de comprendre ce qu'était cet UPRONA
"CASABLANCA". MUHIRWA André avait épousé la fille aînée du
ROI MWAMBUTSA. Lorsque ces militants de l'UPRONA se retrouvaient avec la
population, ils avaient un discours, puis entre eux ou avec les étrangers, ils
en avaient un autre.
Les Barundi, c'était comme çà. Si ils sont aidés par la Chine, ils sont de
GAUCHE; si ils sont aidés par les américains, ils sont libéraux et si
ils sont aidés par la Belgique, ils sont Chrétiens.
L'idéologie, c'était celle là. Il n' y avait pas de motivations
intérieures. Ils étaient très versatiles, très changeants.
C'était plutôt des libéraux ou des réactionnaires en terme approprié de
l'époque. Alors de quelle gauche s'agissait-il ? Non! Le peuple
dans tous cela ne pouvait s'y retrouver.
En Europe en 1963 (plus
précisément en France), pendant cette période, va se créer l'UNEBA (Union
des étudiants Barundi) . Je dirais que là, c'était la Gauche. Encore que...
Lorsque en 1965, NGENDADUMWE est assassiné, la question de leur "progressisme"
a été cassée.
La séparation des étudiants se fera sur un ton "ethnique" -
Les HUTU d'un côté et les TUTSI de l'autre -.
Anecdote, à Bruxelles, je partageais ma chambre avec un ami et on s'est
séparé du jour au lendemain. Il a disparu.
On nous disait que
NGENDADUMWE avait été tué par un certain "MUYENZI" or que
la vérité viendra par la suite. Car le premier ministre avait été assassiné
par un des chefs leaders de l'UNAR ( organisation des réfugiés Tutsi rwandais
soutenue par la Chine). Alors que NGENDADUMWE (son gouvernement)
soutenait ces derniers, en leur fournissant des camps d'entraînement à
GITEGA.
NGENDADUMWE est mort parce que on le disait "Communiste". Là, je
ne comprends pas le geste des Tutsi Rwandais. Eux-même soutenus par la Chine...
Etait-ce
pour des questions ethniques ? Alors c'était du racisme. Ils n'étaient pas
"progressistes".
A ce moment, les américains n'étaient pas très
loin. A la suite de cet événement, la liquidation de tous les éléments de
"gauche" Barundi fut systématique. Ex. Gervais Nyangoma entre autre.
Il y a une petite anecdote sur Gervais qu'il faut savoir.
A l'arrivée de NGENDADUMWE,
Gervais a été promu comme diplomate aux États-Unis. Gervais avait étudié à
l'ULB (UNIVERSITE LIBRE DE BRUXELLES). Figurez-vous que son salaire était
bloqué aux États-Unis. Il n'était pas payé. Sa survie, il la devait aux "camarades"
diplomates. Sa femme, Nadine, était de nationalité Belge et était
d'extrême gauche. A cette époque, il n'était pas bon d'être communiste aux
USA. De plus, les Noirs américains y étaient persécutés. Suite à cette
situation difficile, NYANGOMA Gervais a été rappeler au pays. Là, il fera un
discours virulent contre la Monarchie (un peu comme celui que LUMUMBA avait fait
en Belgique contre le ROI BAUDOUIN). Parmi les anti-monarchiste, on trouvait Nyangoma, Micombero
(Chef de l'état major militaire), Serukwavu Antoine (Chef de la Gendarmerie) et bien
d'autres.
Ce n'était pas une question ethnique et bien au contraire. Micombero, lui, était
entretenu par M. Henniquiau (représentant Belge au Burundi) et Serukwavu par Washington.
L'idée des anti-monarchistes était d'en finir avec le Royaume du Burundi.
Un jour avant la prise d'assaut du palais, Serukwavu est contacté par
l'ambassadeur des États-Unis au Burundi. Il lui révèle que cette histoire ne
réussira pas et qu'il valait mieux pour lui de partir très tôt le matin pour
être reçu au Rwanda. Le Jour arrivant, très tôt le matin,
Serukwavu quitte le Burundi en compagnie de son chauffeur Zacharie pour le
Rwanda. Décidés, les anti-monarchistes prennent d'assaut le palais. Ils
attendent l'appui de la gendarmerie mais rien. Certains militaires sont
arrêtés par Micombero qui vient au secours du Palais. La tentative
avait échoué. Ensuite viendra des protestations populaires orchestrées,
puis des officiers Belges évacueront le Roi hors du Burundi, d'abord à
UVIRA et vers la Suisse. Le MWAMI ne reviendra plus. Micombero, tout de
même, fera un geste, celui d'introniser le dernier Roi du Burundi, le
jeune NDIZEYE Charles devenant NTARE V. Quelques mois plus tard, la Monarchie tombera
"Vive
la République de Micombero" ! C'est de ce pouvoir dont on
a hérité jusqu'aujourd'hui.
NB: La France viendra en
1972, s'intercaler en profitant des événements voir in-supra, en coopération
militaire en lieu et place de la Belgique.
Le Burundi n'était pas
propice pour le développement d'une "Gauche".
Disons que la Gauche
burundaise, si on peut l'appeler ainsi, se développera à l'extérieur du
Burundi. Notamment au travers de mouvements estudiantins. Entre les
années 69 et 80, on aura le MEPROBA , le UBU et TABARA.
La Synthèse se fera
avec le FRODEBU vers les années 90. Des éléments de l'UBU, de
TABARA en feront parti. Mais le FRODEBU était un véritable "foutoir",
tout à fait incohérent. Il fallait faire barrière à l'UPRONA ex-parti Unique. Dans le FRODEBU, on ne
savait pas qui était qui. De nouveau, la confusion y
apparaissait. On y retrouvait le Burundi que j'avais cité plus haut.
"C'était confus".
Je dis que ce sont certains
membres de TABARA seulement qui ont adhéré au FRODEBU. Pas tous. Parce
que au moment où la démocratisation a été imposée, on demandait que tous
les partis déposent leur homologation à un certain ministère. Nous, nous
avions dit "Oui mais". Mais, il faut que l'UPRONA le fasse aussi, pour
permettre d'avoir un UPRONA nouveau. On nous répondit par un refus. Nous
n'avons pas accepté cela. TABARA n'ira pas là dedans mais nous n'allons pas
boycoter le processus de démocratisation. Certains parmi les membres du parti y
ont quand même adhéré et c'est ainsi qu'on les retrouvera au FRODEBU.
Là, se trouve la divergence de la gauche Burundaise. Mais, lors des
élections de 1993, tous les militants avaient comme mot d'ordre: "votez
tout sauf UPRONA". Les événements qui vont suivre, nous donnerons
raison, nous, qui étions méfiant de l'UPRONA. Depuis lors, nous poursuivons nos activités avec les réfugiés Barundi en Tanzanie. Actuellement
le Comité Solidarité Burundi est en train de mettre sur pied un projet "pêche" pour les réfugiés en
TANZANIE.

B.L.: Comment définissez-vous le tribalisme des Barundi ?
R.G.: Le
Tribalisme des Barundi, instauré à l'aube de l'instauration de la République
se définit comme suit : les TUTSI vont plutôt vers une tendance
idéologique libérale tandis que les HUTU vont vers une tendance
Chrétienne. Ni les Chrétiens ni les Libéraux ne sont tribalistes. Mais
il n'y a pas de mélange à ce niveau. J'ai une anecdote la dessus.
En Belgique, il y avait une maison que
l'on appelait " la Mésaf" (La maison africaine). Là,
tous les étudiants africains qui arrivaient en Belgique y étaient
envoyés. Pour les Barundi par exemple, on avait une personne qui
nous recevait et assurait d'une certaine manière - notre service social
-. Figurez-vous que ,nous , nouss avions un responsable social
Belge pour les HUTU et un autre pour les TUTSI. Deux bureaux différents.
Pas d'amalgame possible. Nous étions là divisée sur base idéologique
et ethnique. Le tribalisme se trouve à ce niveau. Il est entretenu.
L'extrême
droite Burundaise se manifeste disons à partir de 1993 au Burundi,
avec les milices telles les Sans Échecs Sans défaites, Sojedem
etc. La situation devient grave. L'insécurité règne. L'Extrême droite
est entretenue par l'Armée burundaise qui est politico-militaire. L'Uprona
est concerné (Buyoya)mais aussi le PARENA (Bagaza). Attention
la haine n'est pas une idéologie, c'est un sentiment. L'idéologie, c'est
comme je l'ai dis plus haut. Elle est structurée mentalement. En France,
un homme comme Le PEN a une idéologie. En Chili ,du temps de Pinochet,
l'armée avait créée des milices d'extrême droite, comme on a au
Burundi. Buyoya , après son putsch en 1996, intègre ces jeunes "
Sans Échecs Sans défaites" dans l'armée nationale, son armée.
B.L.: Que
pensez-vous des "Camps de regroupement" ou IDPS (politique
initiée par Buyoya depuis 1997 )? Vous! Vous les appelez, ainsi que Mandela
d'ailleurs, "Camps de concentration" ? Rappelons que près de
600 000 citoyens du Burundi (principalement des HUTU) sont concernées.
R.G: C'est un drame
humain. Empêcher quelqu'un de vivre dans ses terrains et ensuite le faire vivre
ailleurs dans des conditions inhumaines où il est humilié. Il n'est plus un
homme. Il n'est plus une père de famille. Il vit de mendicité.Et la
mendicité qu'on ne lui donne même pas !
Buyoya ne peut se
prétendre un chef d'État. Le plus intrigant, c'est le parti FRODEBU qui
ose participer au pouvoir d'ARUSHA sans résoudre cette question. Ils ont même
le toupé d'aller chercher les réfugiés Barundi et de leur demander de
rentrer au pays. Non!
Être réfugié dans son propre pays !

Il faut lutter sur le plan
politique pour élucider ce problème. Que tous les Barundi soient conscients
que ces camps de concentrations doivent être démantelés.
Le Burundi, c'est le seul
pays au Monde où pyromanes et pompiers habitent dans un même camps. Il
faut que cela change. La justice nous manque.
B.L.: Monsieur
Rushishikara Gérard, merci.
@AGNews
2002
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