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Interview exclusif du
Président du SAB,
Synergies Africaines en Belgique,
M. KUBWAYO Félix

8 Juillet 2002,
Bilal Luqman, AGNews
AGNews
a le plaisir de recevoir cette semaine, le président du SAB
(Synergies Africaines en Belgique). Ingénieur et sociologue de
formation, fonctionnaire dans sa vie professionnelle; il s'adonne bénévolement
depuis toujours à la Société Civile . D'abord comme militant engagé
chez Amnesty International,un convaincu des Droits de l'Homme, ensuite
membre fondateur et ex-Secrétaire Général du fameux Conseil Des Communautés Africaines
en Europe (RVDAGE/BE- CCAE/B) (Fédération représentant 107 Associations Africaines);
Voici monsieur KUBWAYO Félix.
B.L.: M.
KUBWAYO
Félix, bonjour ! Le S.A.B, c'est quoi ?

F.K.: Ici, je me situe
dans la section Belgique du SAB. Le SAB est une
ASBL (une association sans but lucratif). Il
s'agit d'une fédération d'associations dont la plupart oeuvrent dans le
domaine social, culturel ou encore seulement dans l'entraide socioculturelle.
Pour brosser rapidement mon
parcours dans la Société Civile, je dirais que c'est un mouvement
qui commence vers les années 80. L'engagement des
communautés africaines subsahariennes dans la Société Civile débute vers ces
années là. Les communautés africaines étaient confrontées
à de grands problèmes d'intégration et d'identités culturelles. Nous
n'avions pas de structures au niveau de l'Etat Belge qui permettaient de
rencontrer certains de nos besoins. Par conséquent , petit à petit, on s'est
organisé en "associations de fait" et avec le temps on est passé à
des "ASBL" qui sont déjà plus structurées. On s'est aperçu qu'il était plus intéressant que nos
associations puissent se mettre ensemble afin de mieux
travailler en synergie et surtout de peser du point de vue de nos
revendications . L'expérience de chacun devait servir pour "ne plus réinventer la roue mais plutôt de l'utiliser". Aujourd'hui
nous sommes regroupés en fédérations.

La communautarisation de
l'État Belge a occasionné de notre part des adaptations et des
choix. C'est l'exemple de la première fédération des Africains en Belgique,
le CCAE/B ou RVDAGE/BE (Conseil des Communautés Africaines en Europe/
section Belgique) , dont je suis membre fondateur et ex-Secrétaire
Générale, qui comptait près de 107 associations africaines
"Membres".
Nous avions dû, car la Belgique
devenant un État fédéral, passer en CCAE/F pour les Francophones,
CCAE/VL ou (RVDAGE-VL), pour les Flamands et CCAE/BXL, pour les
Bruxellois.
Par la suite, nous
nous sommes baptisés le CCAE/F en SAB.
B.L.: Si je
ne me trompe , vous êtes aussi membre
fondateur du "Groupe INDANGA" , un des portes drapeau de la Culture
Burundaise en Europe ?
F.K.:
L' ASBL "INDANGA" a été crée à l'époque pour répondre à un
besoin social de la communauté Burundaise. Que cela soit pour les
naissances , les mariages, les décès, on ne pouvait se suffire des
"organes de fait"pour toutes ces cérémonies. Nous avions
eu l'idée de l'organiser en structure plus solide pouvant durer dans
le temps , ayant comme objectifs de défendre les valeurs
culturelles et traditionnelles burundaises mais
aussi de permettre à nos enfants d'avoir des références
plus tard.

INDANGA, les
tambourinaires du Burundi.
M.Félix s'envole.
Aujourd'hui, l'ASBL INDANGA,
au niveau des réalisations; nous faisons du spectacle folklorique, des messes
ou autres offices religieux. On a une renommé nationale forte en Belgique et
on rayonne partout ailleurs en Europe. "C'est un bien pour toutes les
communautés".
L'"ASBL
INDANGA" est membre fondateur du CCAE/F et du "SAB". Elle est un des
pilier de la Fédération. Elle contribue à chaque fois que cela est nécessaire.
B.L.: Finalement,
quels
rôles joue le SAB en tant que Fédération?
F.K.: En fait, il y a
plusieurs axes au sein de notre Fédération :
1/ Nous créons un
pont avec les autorités locales (communal, régional et fédéral).
Nous essayons d'apporter " haut" nos revendications aux autorités en tant que citoyens
vivant sur cet espace européen et particulièrement en Belgique
2/ Nous accompagnons
les associations d'origine africaine pour qu'elles puissent augmenter leurs
capacités organisationnelles et leurs capacités de réalisation afin de
mener à bien leurs projets. C'est un service que nous leur rendons.
3/ Nous animons nos
communautés issues d'une multitude d'horizons, d'une Afrique plurielle. On
met en évidence des espaces d'échange inter-culturelle entre toute cette
Afrique qui compose notre Fédération.
Bien entendu, nous échangeons aussi avec les populations locales autres
qu'africaines.
B.L.: L'année
dernière une de vos activités a été primée par le Fond Johnson &
Johnson ; elle concernait le SIDA. L'année dernière 3.000.000 d'africains sont
morts du SIDA.
F.K.:
Oui, le SAB en réalisant cette activité, répondait à un besoin social et de
santé par rapport à nos communautés. Que ce soit dans les cliniques ou
les hôpitaux de Belgique, on s'est rendu compte, grâce à des
statistiques, que les communautés d'origine africaines étaient fortement
touchées par le SIDA.
On a réagit en conséquence en sollicitant l'aide
des Fonds ROI BAUDOUIN et des Fonds JOHNSON & JOHNSON (multinationale
pharmaceutique). On a écrit un projet pour la sensibilisation de nos
communautés. L'activité était lancée. On a été primé.

Le SAB
primé par les FONDS JOHNSON & JOHNSON.
Cliquez
dessus pour l'avoir en plus grand
Nous avons été lauréat
parce que nous avions, suite à nos activités, mise au point une
" approche culturelle" pour expliquer la maladie du SIDA.. C'était
différent de l'approche qui souvent est plutôt médicale. Nous avions été en
profondeur par rapport à la complexité de cette maladie.
B.L.: Le SIDA
tue- t-il plus que les guerres civiles en Afrique ?
F.K.: Le Sida est un
tueur tout à fait subtil. Il s'infiltre dans l'essence même de la vie, dans
l'essence même de la transmission de la vie. Malheureusement, pour les pays du
Tiers Monde, en particulier l'Afrique , les dirigeants ont pris conscience assez
tardivement. Le fléau avait déjà pris une telle ampleur. Les moyens dont ces États
disposent, pour faire face que ce soit au niveau prévention ou curatif,
ne peuvent suffire face à des proportions aussi énormes de la maladie.
Avec un PNB par tête d'habitant déjà faible dans ces pays et la mal nutrition
qui se rajoute en plus, vous ajoutez le SIDA et les maladies
bénignes qui l'accompagnent; la mortalité ne peut être que forte. Il
s'agit d'un grand fléau. Il y a des pays où l'on parle du 1/3 de la population infectée.
B.L.: Comment
pouvons nous, nous mettre en contact avec le SAB ?
F.K.: Nous sommes
au :
Bld Léopold II,
227 1080 Bruxelles. BELGIQUE
T: 0032 02
4269029.
Pour être membre, il faut être une
association "apolitique" ayant déjà réalisée
quelques activités.
B.L.: M. KUBWAYO Félix ,
quels sens donnez-vous à la Société Civile ou à la Mondialisation
?
F.K.: Il faut lier le
phénomène de la Société Civile à celui de la Démocratie. Un
État de droit se mesure par sa capacité à stimuler la Société
Civile à se prendre en charge. On
connaîtra un État totalitaire, là où les libertés d'associations, les
libertés d'expression ne sont pas garanties. La Société Civile y étant
faible, on ne pourra y trouver qu'un type d'organisations stimulé et plutôt
à tendance d'extrême droite.
La Société Civile
est le substrat qui fera que la Mondialisation sera à visage Humain ou pas. Si
la Mondialisation respecte le facteur Humain ou le facteur Société Civile,
cela permettra à ce que les besoins des personnes et les intérêts des individus puissent être garantis
car ils seront bien défendus par la Société Civile. Mais il faut remarquer que
seule la logique mercantile prime actuellement. Elle écrase et la
Société Civile et les États Nations.
M.Kubwayo,
devant l'ordinateur du Bureau.
B.L. : Venons en un peu à
votre pays d'origine... Vous, militant de la Société Civile, comment analysez
vous la situation sociale au Burundi ?
F.K.: Il y a deux
critères à retenir ?
D'abord, il est pratiquement
impossible qu'une Société Civile se développe dans un Etat totalitaire. Or le
Burundi, depuis 1965 à aujourd'hui (excepté la période de 3 mois sous NDADAYE,
en 1993), vit sous la dictature. Nous ne sommes pas dans un ETAT DE DROIT.
Deuxieme critères, le
phénomène de la Société Civile, comme on le dit en Flamand "Zelf Organisaties".
Ce sont des associations qui naissent d'elles même. Elles
ne sont pas stimulés par le Pouvoir.
Or si on regarde au Burundi,
que ce soit le PA-Amasekanya
ou Puissance d’Autodéfense «Amasekanya », l'
AC-GENOCIDE
Cirimoso + (Ramifications), la J.R.R.
OR Rwagasore Revolutionary Youth, la Coalition contre la dictature OR
Coalition against Dictatorship, SOJEDEM (Solidarité de la jeunesse pour la défense
des minorités), l' U.F.B. (Union des femmes Burundaises. OR Burundian
Women's Union), le Réseau International des Associations qui luttent contre
l’idéologie du génocide au Burundi ,les
Gardiens de la paix , les Sans
échecs & sans défaites
Etc.
Elles sont toutes
stimulées
par le pouvoir en place ou les partis politiques , issues du Parti Uprona, qui
soutiennent la Dictature depuis que le Burundi est indépendant.
Ce ne sont pas des
structures réalisées par les citoyens, ce sont plutôt des para-étatiques,
des milices privées, ou apparentés au Pouvoir. On ne peut parler de Société
Civile.
La Société Civile par
essence est un mouvement de citoyens qui naît spontanément en fonction d'intérêts
divers pour un bien commun. Au Burundi, nous avons plutôt des
organisations qui soutiennent une "idéologie du pouvoir",
une" idéologie de domination", une "idéologie de dénie de
démocratie". Là, on ne peut pas parler de "Société Civile"
comme on le ferait dans des ETATS DE
DROIT.
B.L. : Vous, militant de la Société
Civile, comment analysez vous le processus de démocratisation au Burundi
débuter vers 1990 ?
F.K.:En militant
de la Société Civile, je peux dire que c'est
un processus assez bancal. Ce sont les présidents Mitterrand
et Buyoya qui ont poussé à la "Démocratisation". Ce
n'était pas un "mouvement citoyen", qui s'est organisé et qui a fait
que...
Je ne dis pas que tout est mauvais mais
il y a à boire et à manger. Ce processus a conduit aux élections de 1993,
avec les limites que nous connaissons.
Jusqu'aujourd'hui, je ne vois pas au
Burundi une Société Civile organisée, indépendante, par rapport au pouvoir.
B.L. : Ancien membre actif, auprès d'Amnesty
International, que pensez-vous du paradoxe des ONG's (organisations non
gouvernementales) autour de la
problématique des Camps de Concentrations au Burundi
?
F.K.: A travers le monde, la conscience
est à géométrie variable. Vous avez observé, il y a peu, les deux avions qui
se sont percutés en Allemagne. Ce fut une catastrophe que ce soit en Allemagne,
en Belgique, en Suisse ou encore en Russie. Mais au Burundi, ce sont 600
000 personnes concernées (soit environ 10% de la population burundaise); vivant
dans des "camps de concentrations" que l'on a déjà vu sous
d'autres cieux, sous d'autres régimes, et visiblement cela ne soulève pas l'opprobre,
l'indignation aux yeux du monde. Évidemment, on dira que les humanitaires si
elles ne sont pas là, la situation risque d'être encore pire parce qu'il n'y
aura pas de témoins. Mais je me rends compte tout de même que certains s'en accommodent.
Et là, c'est révoltant !
B.L. : Le Rapatriement des Réfugiés en
TANZANIE ?
F.K.: Nous autres militants de la
Société Civile, notre Guide ce sont les DROITS DE L'HOMME. Ils doivent être
garanties partout et cela sous tous les
cieux. A partir du moment où un individu a fui une situation, il est scandaleux
de le ramener dans la même situation que la personne a fui. Je souhaiterais
qu'au Burundi, il y ait la paix pour que tous ces citoyens burundais qui
ont fui, reviennent au pays et ne soient plus obliger de fuir à nouveau
demain. Cela nécessite une paix durable. Les informations actuelles ne nous
confirment pas que nous soyons en présence d'une paix durable ou même d'une
ébauche de solution. Il faut encourager la Tanzanie et le HCR à continuer
à encadrer ces réfugiés, puis en même temps
demander aux protagonistes Burundais d'engager de sérieuses négociations afin
d'aboutir à une paix durable.
B.L. : La situation des prisonniers
politiques au Burundi ?
F.K.: "Enfermer un Homme
injustement, c'est le tuer socialement". Cela est inacceptable. Au
Burundi, on ne fait pas la distinction entre les prisonniers de droits
communs et les prisonniers politiques. Ce qui manque ce sont des dossiers clairs
qui permettent à l'identification des prisonniers. Cela aiderait à savoir de
quels crimes l'un ou l'autre est accusé. Je dirais que pour ceux qui sont
emprisonnés pour des délits d'opinion, on devrait les amnistier.

BL:
Le lancement du TPI,
qu'avez- vous à en dire ?
F.K. : Excellente initiative. On
l'attendait depuis 1948. Beaucoup d'États ont toujours freiné
l'initiative. Mais on y est arrivé. Ce tribunal va juger les crimes des
dirigeants de ce monde. A partir de la date où ce tribunal est crée, il n' y
aura plus de dictateur à l'abri. Le problème est qu'il n'y a pas d'effet
rétroactif. Cela ne concerne pas les crimes contre l'Humanité qui sont des
crimes imprescriptibles. C'est le cas notamment
pour le "Génocide Selectif de 1972" ou "Génocide à comptes
gouttes". L'impunité est un des plus grands fléaux qui caractérise
les États du Tiers monde. "Ce TPI est une Justice contre ceux qui
n'ont pas rendu la Justice".
BL: Le repli ethnique ou tribale
dans le monde " associatif " burundais en générale ? Qu'en
dîtes-vous? Que pensez-vous concrètement de la
naissance du
RADECO (Le Rassemblement pour la Démocratie des Communautés au Burundi dont
l'objectif est de défendre les intérêts du TUTSI) ?
F.K.: Dans toutes sociétés, il y a toujours "des brebis
galleuses". Je dirais qu'il y a deux sortes d'organisations.
Celles où toutes les communautés et toutes les ethnies ou
tribus sont représentées, puis on a les autres plutôt à caractère
tribale ou ethnique qui n'acceptent pas les autres composantes sociales. C'est une réalité et on ne peut la nier. Mais ce genre
d'associations qui tendent à exclure les autres, se trompent un peu car
"l'être Humain reste l'être Humain". Nous voulons tous la même
chose. On veut avoir plus de chance sur cette Terre, là où nous sommes.
D'un point de vue Société Civile, ces organisations exclusives
sombrent dans l'obscurantisme qui ne peut aboutir à un développement
humain ou de coopération durable ou encore à un projet positif.
Ce ne sont pas le genre d'associations dont moi je rêve.
En conclusion :
En tant qu' "activiste de la Société
Civile",
ou membre d'associations socio-culturelles , je dirais que les africains sub-sahariens
devraient
se ressaisir. Nous avons eu l'Esclavage, la Colonisation, le Néocolonialisme et
aujourd'hui les fléaux comme le SIDA et autres maladies. La solution est
d'aller à l'essentiel. Regarder autour de nous, ce qui se passe dans les autres
continents. Ne pas se demander comment on va prendre le bien du voisin mais
plutôt comment on va travailler ensemble pour essayer de créer un monde
meilleur. Sinon je ne vois pas de signe d'espoir. Les africains devraient
se ressaisir !
BL: M.
KUBWAYO, un grand merci.
@AGNews
2002
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