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LE RAFEBU:

Interview de Mme NZOMUKUNDA Alice,
porte-parole du RAFEBU

 

25 Juin 2002, Bilal Luqman, AGNews


AGNews reçoit  Mme NZOMUKUNDA Alice (N.A), porte-parole du RAFEBU (Ralliement des associations des  Femmes Burundaises). Réfugiées en Belgique depuis quelques années, elle a du fuir le "Régime de Bujumbura" comme beaucoup d'autres avant elle. Fille et femme issue de l'exil; aujourd'hui, elle est reçue par Bilal Luqman (B.L.,AGNews). Elle est notre invité de la semaine.


A gauche, la présidente du RAFEBU.

B.L.:   Qu'est que le RAFEBU ?

A.N.:  "C'est  le Ralliement des associations des Femmes Burundaises. Il s'agit d'un ralliement  de plusieurs associations de "femmes Burundaise en exil", particulièrement celles qui vivent en Tanzanie. Il réunit les femmes qui ce sont décidées à ne plus croiser les bras, à ne plus assister passivement aux atrocités commises par l' "armée  au Burundi"... 

B.L.: Il s'agit d'une organisation réellement engagée ! Que pensez-vous de la représentativité de la femme sur l'échiquier politique Burundais ?

 


 Les femmes du RAFEBU en réunion.

 

A.N.:  C'est suite à un constat négatif de la représentativité féminine que  nous avons décidé de  réagir. 

B.L.: Suite à la décision "tripartite"(Burundi-Tanzanie-HCR) de rapatriement des réfugiés de Tanzanie, qu'elle a été la réaction dans les camps ?

A.N.: "J'ai eu la chance de pouvoir visiter deux camps en Tanzanie". Nos frères et soeurs  vivent des  souffrances indescriptibles. "Mais malgrè cette misère, ils ont foi à la lutte populaire". C'est leur espérance. Actuellement,"ils refusent de rentrer de forces jusqu'à la résolution du conflit Burundais".

B.L.: Quel contact les réfugiés ont-ils avec les humanitaires ?

A.N.: Il y a une réelle entraide solidaire. Ils s'aident  mutuellement. Mais un paradoxe subsiste tout de même depuis  cette fameuse décision tripartite.
Il règne  un climat de méfiance.

B.L.:  Les médias du "HCR" nous ont parlé de "volontaires au rapatriement", qu'en est il réellement ?

A.N.: On  les " a coupé les vivres" pour  persuader  les rapatriés volontaires. Puis selon que vous étiez mariés à un autochtone ou pas, vous étiez exemptés du voyage. Seules les familles  Burundaises étaient visées. 

B.L.: Les rapatriés volontaires, arrivés au Burundi sous escorte militaire, sont- ils réellement entassés dans des camps de regroupements("Camps de concentrations") ?

A.N.:  Au Burundi, il n' y a plus de places pour eux.  "Les structures appropriées pour leurs retours sont quasi inexistantes". Beaucoup  reviennent et vont à KIGOMA se réinstaller sinon les autres sont  forcés, par l'armée, de rester regrouper  dans les fameux  "camps de la mort à l'intérieur du pays". Pour la plus part, de retour en Tanzanie, ils deviennent des - sans domiciles fixes- errent dans les rues, de peur de retourner dans les camps de réfugiés où on les oblige de rentrer chez eux.

B.L.:  Est-ce vrai que dans les camps de réfugiés ou camps de regroupement à l'intérieur du pays ("camps de concentrations"), les femmes vivent un véritable calvère (violence physique, viol  etc. ) ?


A.N.: "C'est une des causes directes de la création du RAFEBU". Nous venons au secours de femmes pour leur apprendre à se débrouiller dans cette jungle où sévit la violence au quotidien. On les conscientise. Sorti de leur tissu social, les femmes burundaises ,qui ont été longtemps écartées  de tout, se trouvent face à une multitude de difficultés (ex. des grossesses inattendues). Elles doivent  y faire face. C'est en cela qu'aide le RAFEBU. 

B.L.: Comment peut-on vous venir en aide, si on est intéressé ?


 Les femmes du RAFEBU se concertent.


A.N.: Les activités  que nous faisons sont multiples. On a des associations d'agriculteurs (petits élevages, cultivatrices...), de broderie et de couture. Nous vivons du revenue de ces activités. C'est très peu.  Notre siège est en Tanzanie, mais pour faciliter notre contact, vous pouvez m'écrire via notre e-mail : ntankeka@yahoo.fr.

B.L.: Parlons maintenant de votre voyage organisé à MAKAMBA !


A.N.: J'ai été agréablement surprise.  "Le peuple Burundais est déterminé à en découdre avec l'ordre militaro-putchiste. J'ai constaté qu'il s'agissait d'une guerre populaire au sens plein du termes." Il redonne espoir là où la communauté internationale a failli. "Je suis vraiment très optimiste quant au triomphe de la vérité".  "Hommes, femmes et enfants se serrent les  coudes". Ils m'ont confié qu' ils ne se fatigueraient jamais tant que les droits de l'Homme et le  droit élémentaire qui est  le droit à la vie  ne seraient  pas assurer au Burundi". Ils  sont solidaires. Le problème du Burundi reste celui de " l'armée Burundaise". 

B.L.: Peut-on encourager les gens à aller à MAKAMBA aujourd'hui ?


A.N.:  "Je crois qu' à MAKAMBA, il y a la sécurité pour le Peuple. J'inviterai tout le monde à y aller. Là on va trouver des frères et des sœurs engagés et très solidaires"... " Même les touristes peuvent y aller en vue de savoir la vérité sur le terrain".

 

B.L.: Les CNDD-FDD occupent ils réellement un terrain au Burundi ?

A.N.:  Oui,  MAKAMBA en est un exemple. "J'ai été à leur quartier générale".

 

B.L.: A MAKAMBA, parle t'on  de l' Extrême Droite  Burundaise ?  Parle t'on du leader du PA Amasekanya libéré la semaine dernière ?

A.N.: Cet homme "Diodème" exprime un "extrémisme des Tutsi". C'est dommage que des gens de cette nature existe. Ce sont des gens qu'il faut combattre. Mais ce que "Diodème" exprime, c'est ce que certains ne disent pas tout haut. Les militaires par exemple mettent en pratique ses idées. Je voudrais que le monde ne prête pas attention à ce qu'il raconte. "Diodème" a un "mouvement exclusif" tandis que le CNDD-FDD est pour tout le monde.

B.L.:  Vous qui vivez en Europe, voyez-vous une similitude entre ces mouvements de la société civile tels " PA Amasekanya" et "AC Génocide" noyautée par l'UPRONA  et le courant de Jean Marie le Pen en France, le FRONT NATIONAL Français ?

A.N.: C'est exactement cela. Eux, ils excluent non pas les "étranger" mais bien leur frère.

B.L.: C'est un  véritable apartheid dès lors.

A.N.: Oui, si l'on veut. Eux, "ils s'imaginent qu'ils peuvent vivre dans le Burundi seuls". Depuis 1993,après la victoire de NDADAYE, un brin de vent "xénophobe"  a emporté les partisans de l'ancienne classe dirigeante. La peur du lendemain, le système n'était plus réellement en leur pouvoir.  Le gâteau désormais se partageait... C'est là que naissent ces courants d'Extrême Droite autour de l'UPRONA. Ils ne savent pas que le système démocratique est un système  pour tous. Il suffit de voir l'Occident aujourd'hui. "Je leur demanderai de penser plutôt à une nouvelle politique et d'accepter de partager avec tout le monde. Il ne faut pas exclure".

 B.L.:  Mais que dire du fameux "Péril Hutu" véhiculé par l'UPRONA ?

 A.N.: Le mot "génocide" est utilisé à tord et à travers.  La clique au pouvoir se cache derrière le mot minorité pour faire ce que bon lui semble. Elle tue les Hutu à "comptes gouttes" parce que dit elle c'est pour se défendre. Les rapports des droits de l'homme regorgent  d'une multitude d'exemples de massacres massifs commis par le régime en place envers la population Hutu du Burundi.   Disons que la ruse de l'UPRONA est dirigé vers l'opinion internationale qui ne s'intéresse pas trop à ce qui se passe au Burundi, à la souffrance du Peuple du Burundi.

B.L.: Effectivement, près de 600 000 citoyens Burundais vivent internés dans les camps de concentrations au Burundi, ce sont pour la plupart des HUTU. La population carcérale au Burundi est aussi Hutu en majorité. Nous disent les rapports d'Amnesty International et ceux de Human Rights Watch entre autres.   Merci Mme NZOMUKUNDA, peut-être pour conclure ? 

A.N.: Oui,  en conclusion, je suis déçu par les  méthodes d' approches réalisées par la communauté internationale pour résoudre le problème  Burundais. Il faut chercher l'origine du conflit, le résoudre en tentant  de  trouver une solution durable.

@AGNews 2002