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Dossier Afrique des
Grands Lacs
Burundi : Le GENOCIDE de
1965
Source: UBUNTU-ACTION
Case Postale 511
1219 Chatelaine - Genève Suisse
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AVANT
- PROPOS: Halte
à la falsification de l'histoire! .........................................................
1
I.
Génocide et crimes contre l'humanité: définitions...............................................................
1
1.
1. Le génocide..............................................................................................................
1
1.2.
Les crimes contre l'humanité .......................................................................................
2
1.3.
Répression et imprescriptibilité ....................................................................................
2
1.4.
Le génocide hutu de 1965 ...........................................................................................
2
II.
Phases préparatoires du génocide de 1965.......................................................................
3
2.
1. La planification .........................................................................................................
3
2.1.1.
Le renversement de la monarchie .............................................................................. 3
2.1.2.
L'élimination des élites hutu ....................................................................................
5
2.1.3.
La consolidation du capitaine Michel Micombero ..........................................................
6
2.2.
Le levier des élections du 10 mai 1965..........................................................................
6
2.2.1.
Le verdict des urnes ................................................................................................
6
2.2.2.
Commentaire des résultats .......................................................................................
8
2.3.
Réactions contrastées ................................................................................................
8
2.3.1.
Dans les milieux tutsi ..............................................................................................
8
2.3.2.
Dans les milieux hutu ............................................................................................
11
2.4.
Déclenchement :
la nuit du 18 Octobre
.......................................................................
13
2.4.1.
Le fil des événements ...........................................................................................
13
2.4.2.
Les auteurs du coup ..............................................................................................
14
2.
5. Exécution en règle d'un génocide ...............................................................................
16
2.5.
1. Note préliminaire .................................................................................................
16
III.
Qualification des crimes..............................................................................................
23
3.1.Génocide
.................................................................................................................
23
3.
2. Crimes contre l'humanité ..........................................................................................
23
3.2.1.
Arrestations arbitraires ...........................................................................................23
3.2.2. Emprisonnements
arbitraires, tortures et autres traitements inhumains ........................ 23
3.2.3.
Exécutions sommaires ...........................................................................................
24
IV.
Les responsabilités ....................................................................................................
26
4.
1. Micombero Michel ....................................................................................................
26
4.2.
Simbananiye Artémon ...............................................................................................
26
4.
3. Autres criminels notoirement impliqués ......................................................................
27
4.4.
Le roi Mwambutsa Bangiricenge ..................................................................................
28
V.
Les victimes ..............................................................................................................
28
5.1.
Un massacre d'innocents ..........................................................................................
28
5.2.
Identification ..........................................................................................................
28
5.2.1.
Hiérarchie de l'hécatombe ......................................................................................
28
5.2.2.
Quelques illustres disparus .................................................................................... 30
VI.
Impunité des auteurs du génocide de 1965 ...................................................................
31
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ANNEXES
.........................................................................................................................................
32
ANNEXE
I : Témoignages
et analyses inédits .........................................................................................................
32
Annexe
II : Les
illustres victimes du tribalisme ......................................................................................................
34
Annexe
III :
Officiers de l'armée burundaise au 01-10-1965 ............................................................................
35
Annexe
IV: Le discours de Gervais NYANGOMA du 1e` juillet 1965 .......................................................
37
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- 1-
Le
génocide de 1965
Source:
Ubuntu -
Action
Case
postale 511
1219 Châtelaine
/Genève
Suisse
"O
notre Burundi, terre rouge d'Afrique, terre rouge de notre sang, de nos
plaintes et de notre détresse. Terre aux
égorgements suivis de silence, aux morts trop nombreux à compter. Terre
qui est en nous et nous qui sommes
en cette terre". Nadine
NYANGOMA
AVANT
-
PROPOS:
Halte à la falsification de l'histoire!
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L'histoire
du Burundi a été délibérément falsifiée par certains auteurs
burundais et étrangers mus par des intérêts sectaires
non avoués. On fait état notamment d'une école
"franco-burundaise" qui a imposé aux filles et fils du pays
un enseignement truffé de mensonges grossiers sur leur histoire
nationale.
Le
régime du major Buyoya s'est inscrit dans cette même logique depuis le début
des années 90. En mal de légitimité
après les massacres de Ntega-Marangara, ce régime a vulgarisé une prêche
au niveau de toutes les couches
de la population. Le sanguinaire avait fait confectionner pour la
circonstance une curieuse "Bible" intitulée
" Rapport
de la Commission Chargée d'étudier la Question de l'Unité
Nationale". Aujourd'hui, les auteurs
les plus zélés de ce "chef-d'oeuvre" le récusent sans état
d'âme (1).
L'exemple
le plus flagrant de cette manipulation éhontée de l'histoire est offert
par l'interprétation des événements
d'octobre 1965. La version vulgarisée a repris les thèses du pouvoir de
l'époque qui avait organisé un
génocide contre les hutu.
Avec
le recul du temps, des analyses pertinentes ont montré que la
fameuse tentative de coup d'Etat militaire hutu
relève d'une pure machination de ce pouvoir. De même que la thèse du
soulèvement anti -
monarchiste de la part des hutu. Les
événements de la nuit du 18 au 19 octobre avaient été conçus par le Secrétaire
d'Etat à la Défense Nationale, le Capitaine Michel MICOMBERO, en
connivence avec son entourage ethnico-clanique,
dans le cadre d'un vaste plan machiavélique. Ce plan, élaboré de longue
date, prévoyait l'accaparement
et le monopole du pouvoir au profit de ses concepteurs. Sa matérialisation
supposait d'abord le renversement de la monarchie, la décapitation des élites
hutu ensuite, et enfin le massacre des populations hutu à
grande échelle. De ce point de vue, le coup d'Etat de la nuit du 18
octobre 1965 a brillamment réussi et ses planificateurs
ont récolté les dividendes escomptés, à savoir le pouvoir et les
avantages qu'il procure. Aujourd'hui,
cette thèse s'est imposée par l'évidence des faits comme étant la plus
plausible. Les événements de
1965 ont été sciemment entourés de mystères pour masquer toute réalité.
L'objectivité interdit désormais de parler
de coup d'Etat militaire avorté.
Le
génocide de 1965 a laissé des cicatrices douloureuses et indélébiles.
Les auteurs de cette tragédie sont connus.
C'est certainement le peuple burundais tout entier qui a été ulcéré.
Il a le droit de connaître ces criminels.
Les nombreuses victimes ont l'obligation, pour leur dignité et l'intérêt
des générations futures de connaître la vérité et de rétablir
les circonstances de disparition des leurs, afin d'honorer leur mémoire. Les
crimes contre l'humanité sont par définition imprescriptibles. Les
auteurs de la tragédie de 1965 doivent être
poursuivis. C'est à ce prix que la Paix, la Justice et la Démocratie régneront
au Burundi. Malheureusement, les
structures judiciaires actuelles n'inspirent pas confiance aux victimes.
Mais cela ne devrait pas les décourager dans
leur quête de justice. Le combat sera peut-être long et hardi mais la
Raison et le Droit finiront par triompher.
I.
Génocide et crimes contre l'humanité: définitions
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1.
1. Le génocide
Beaucoup
d'études et d'analyses ont été menées sur le concept de génocide. Le
concept est mieux cerné dans une
approche multidisciplinaire faisant appel notamment au droit, à la
philosophie et à la psychologie .
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-2-
Cependant,
pour tout essai, la référence reste la Convention du 9 décembre 1948
pour la Prévention et la Répression du
crime de Génocide adoptée par l'Assemblée Générale des Nations Unies
spécialement en ses articles
II et III:
"Article
II
Dans
la présente convention, le génocide s'entend de l'un quelconque des
actes ci-après, commis dans l'intention de
détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou
religieux, comme tel: Meurtre de membres du groupe;
Atteinte
grave à l'intégrité physique ou mentale des membres du groupe;
Soumission
intentionnelle du groupe à des conditions d'existence devant entraîner
sa destruction physique totale ou
partielle;
Mesures
visant à entraver les naissances au sein du groupe;
Transfert
forcé d'enfants du groupe à un autre groupe.
Article
III
Seront
punis les actes suivant:
le
génocide
l'entente
en vue de commettre le génocide
l'incitation
directe et publique à commettre le génocide la
tentative de génocide
la
complicité dans le génocide
Les
critères majeurs de définition d'un génocide sont donc la
planification, l'intention criminelle, le meurtre de membres d'un groupe
donné visés cogime tel, la déshumanisation des victimes, l'emploi des
structures et des moyens de l'Etat, la négation.
1.2.
Les crimes contre l'humanité
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Les
crimes contre l'humanité ont été définis dans le Statut du Tribunal
Militaire international de Nuremberg du 8
août 1945 et confirmés par les résolutions 3 (I) et 95(1) de l'Assemblée
générale de l'ONU en date du 13 février
1946 et 11 décembre 1946. Ce sont les crimes commis en temps de paix
comme en temps de guerre dans le
cadre d'une attaque généralisée et systématique dirigée contre une
population civile quelle qu'elle soit, en raison
de son appartenance nationale, politique, ethnique, raciale ou religieuse:
assassinat, extermination, réduction en esclavage, expulsion,
emprisonnement, torture, viol, persécution pour des raisons politiques, raciales
et religieuses et autres actes inhumains ou tout acte inhumain qui porte
gravement atteinte à l'intégrité physique
ou mentale, à la santé ou à la dignité humaine.
1.3.
Répression
et imprescriptibilité
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La
répression du génocide est inscrite dans l'article IV de la Convention
du 9 décembre 1948. Cet article stipule que
"Les
personnes ayant commis le génocide ou l'un quelconque des actes énumérés
à l'article III seront punis, qu'elles
soient des gouvernements, des fonctionnaires ou des particuliers".
Un
autre instrument juridique international intéressant est la Convention
sur l'imprescriptibilité des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité, qui, dès son premier article
stipule que ces crimes ainsi que le génocide sont justement
imprescriptibles.
1.4.
Le génocide hutu de 1965
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Le
génocide hutu de 1965 a été reconnu par la Communauté internationale.
Il est explicitement cité dans le Rapport
du Conseil économique et Social des nations Unies du 2 juillet 1985,
communément dit "Rapport Whitaker".
Ce rapport reconnaît qu'en matière de génocide,
"le
XXè siècle se distinguait par le fait que ce crime est commis de sang
froid, sur ordre donné délibérément par
les détenteurs d'un pouvoir politique despotique et que ses auteurs
emploient toutes les ressources de la
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-3-
technologie
et de l'organisation actuelles pour exécuter complètement et systématiquement
leurs plans meurtriers. L'aberration nazie n'est malheureusement pas le
seul cas de génocide au XXè siècle. On peut rappeler
aussi le massacre des Hereros en 1904 par les Allemands, le massacre des
Arméniens par les Ottomans
en 1915-1916, le pogrom ukrainien de 1919 contre les Juifs, le
massacre des Hutus par les Tutsi
au
Burundi en 1965
et
en 1972... Le groupe des victimes peut en fait être soit minoritaire,
soit majoritaire
dans un pays; ainsi les Hutu du Burundi".
Le
même rapport s'interroge plus loin si le génocide sélectif commis au
Burundi est fondamentalement d'inspiration
politique ou d'inspiration ethnique.Tels sont les termes du rapport
onusien sur les massacres des hutu en 1965.
Mais
pour le cas d'espèce, il est déplorable qu'à ce jour, aucun rapport
d'expertise internationale ou aucune étude scientifique
systématique n'ait été menée. Ses auteurs ont su manipuler à leur
profit la communauté internationale.
Le Conseil de Sécurité de l'Organisation des nations Unies devrait être
conséquent avec lui même et
mettre sur pied un Tribunal Pénal International pour punir les auteurs de
ce génocide et de ces crimes contre l'humanité.
II.
Phases préparatoires du génocide de 1965
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2.1. La planification
Le
génocide des hutu de 1965 n'a pas été un fait du hasard. Il a été
minutieusement préparé et longuement mûri. Selon
ses concepteurs, il ne s'agissait nullement de pure haine mortelle envers
les hutu. L'objectif visé était l'accaparement
et la monopolisation du pouvoir au profit d'un clan, et d'une région. Même
certains tutsi ont été abusés
face à ce plan, car le péril hutu n'était finalement qu'un alibi. Les
obstacles majeurs à la réalisation de cette
ambition était de deux ordres. D'abord la vieille monarchie sacrée, séculaire
et héréditaire au pouvoir; ensuite les élites hutu qui revendiquaient
l'instauration d'un système démocratique. Le planificateur devait déployer
sa stratégie pour enrayer ces deux obstacles.
2.1.1.
Le
renversement de la monarchie
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Le
renversement de la monarchie par l'armée du capitaine Michel Micombero a
été effectif en novembre 1966. La
matérialisation de l'acte a largement bénéficié des conditions
offertes par le massacre des élites hutu une année
plutôt. Ce renversement avait été préparé de longue date par des
campagnes politiques et médiatiques, ainsi que par de multiples complots.
a.
Un courant anti-monarchiste sciemment entretenu
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Le
courant anti-monarchiste était vivace dans les milieux intellectuels
tutsi, " la jeune classe bureaucratique". La Jeunesse Nationaliste Rwagasore (JNR), dès sa création par de jeunes
turcs hima, Prime Niyongabo et Gilles Bimazubute
était résolument anti-monarchiste et son affiliation à l'UPRONA a été
précédée d'âpres négociations à
cause de son radicalisme sur la question. A côté de la JNR, les divers
mouvements syndicaux issus de ces mêmes milieux se ralliaient à cette idéologie.
C'est le cas du SAAB (Syndicat des agents de l'administration du Burundi). Ce mouvement joua un rôle politique et syndical important.
Dirigé par les premiers universitaire, il
se convertit rapidement en un mouvement politique d'opposition à la
monarchie à côté de la FTB (Fédération des
Travailleurs du Burundi), de la JNR et de l'Uneba (l'Union des Etudiants
Barundi). Ces organisations vont accréditer
dans l'opinion le principe républicain. C'est d'abord l'Uneba qui, dans
son congrès de 1963 tenu à Bujumbura,
critiqua sévèrement l'institution monarchique et proposa de remplacer la
devise du parti: Dieu, roi, patrie, par celle de unité, travail,
progrès... Gilles Bimazubute comptait parmi les principaux idéologues de
ce courant, s'exprimant dans les
colonnes de la revue belge de gauche "Remarques africaines". Il
ne cessait de vilipender la monarchie et de réclamer à cor et à
cri l'avènement de la République La monarchie subissait plusieurs
assauts en règle de la part des intellectuels tutsi notamment parce
qu'elle ne se prêtait pas toujours à leur
jeu. Cela a été vu lors de la première et de la deuxième nomination de
feu Pierre Ngendandumwe à la primature.
Des complots dirigés contre elle vont être déjoués à plusieurs
reprises. L'ancien premier ministre Nyamoya Albin, à la suite de
ses déboires politiques, s'impliquait à fonds dans ces complots. Le
capitaine
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-4-
Albert
Shibura avait fomenté, à 2 reprises, mais sans succès une jacquerie
dirigée contre le mwami Mwambutsa, notamment
en date du 11 octobre, et écopé d'une incarcération.
"Après
les deux premiers coups de force manqués, les tutsi soupçonnés
accusaient les hutu pour se décharger sur
eux, mais surtout pour brouiller les pistes parce qu'ils savaient qu'ils
préparaient un autre coup d'Etat qui visaient
non seulement le renversement de la monarchie, mais aussi à
l'extermination de l'élite hutu". En
conclusion, non seulement l'autorité de la monarchie était profondément
sapée, mais aussi, physiquement, la vie du roi Mwambutsa était constamment en danger. L'opinion
sciemment répandue par ceux-là mêmes qui l'ont chassé du trône à leur profit, est qu'il était un roi illettré,
irresponsable, aimant la vie facile et l'argent, raison qui expliquerait ses longs séjours à l'étranger. Mais à la lumière
des événements, il craignait pour sa propre
sécurité. Ainsi donc, affirmer qu'il y a eu une tentative de coup d'Etat
anti-monarchiste de la part hutu relève
d'une pure affabulation. Le roi Mwambutsa lui-même le reconnaît dans une
interview accordée aux Remarques africaines en ces termes: "Les
hutu de Muramvya en particulier qui me sont traditionnellement attachés
- c'est parmi eux que se
trouvent les gardiens séculaires des tambours royaux - se
sont révoltés à l'annonce de
l'attentat contre ma personne qu'ils ont attribué aux tutsi.... "
Peut-on
dès lors prétendre être plus royaliste que le roi
Egalement
lors de ce fameux coup d'Etat, le roi aurait été épargné par deux
militaires hutu, à cause de croyances traditionnelles
à en croire J. Ziégler: "deux
officiers parvinrent néanmoins jusqu'aux appartements privés du roi,
situés au premier étage du palais. Ils ouvrirent une porte et se trouvèrent
nez à nez avec le roi. A la vue du
mwami, les deux officiers baissèrent leurs armes et s'enfuirent saisis de
terreur... "
Cette
assertion selon laquelle des militaires hutu ont refusé de plein gré l'élimination
physique du roi est étayée par
le sinistre Albert Shibura qui affirme que les commanditaires avaient
interdit de tuer Mwambutsa, et que c'est
vraisemblable, car les mutins qui gardaient le Mwami n'ont pas tiré sur
lui. Mais seulement pour les planificateurs
du coup d'Etat, il fallait imputer la responsabilité des faits aux hutu.
Cela pour justifier aux yeux de
la masse ignorante les massacres, car, dans la société traditionnelle,
ceux qui attentaient à la vie du roi étaient dits
"abamenja" et frappés de peine de mort sans autre.
b.
La stratégie d'infiltration de la cour
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Parallèlement
à ces manoeuvres ci-haut décrites, le capitaine MICOMBERO et ses
acolytes ont réussi brillamment
à infiltrer la couronne pour la miner de l'intérieur.
"Pour
gagner la confiance du roi Mwambutsa, Micombero est l'homme qui n'aurait
pas hésité à vendre sa mère
pour les besoins de cette cause. Complexé par son appartenance au clan
hima, le plus honni de tous par la
monarchie, Micombero sera poussé à tous les excès de zèle et comme
dans tous les cursus d'aliénation auto-entretenue,
Micombero se livrera à tous les excès imaginables en criminel conscient,
en éternel frustré et
parvenu qui veut prouver sa toute puissance...
A
la cour périssante de Mwambutsa Bangiricenge, Micombero se fit plus que
courtisan pour faire oublier ses origines
hima: il se fit clown... A chacune des invitations qui lui ouvraient les
portes de la cour, Micombero arrivait en tête d'un petit peloton et se
livrait à un petit défilé démonstration avant d'aller saluer le roi
mille courbettes à l'appui...
Les
intrigues qui présidaient au contrôle du pouvoir se déroulaient
ailleurs, derrière le roi, trop fainéant pour s'occuper
des affaires de l'État. Il était devenu une simple marionnette. La
clique à Micombero l'avait bien compris
:
Micombero épousera une nièce du roi Mwambutsa, tandis que son ami
Shibura épousera la fille du très puissant Muhirwa, lui-même gendre du
roi. Leur fulgurante ascension ne fut due ni au mérite personnel, ni
à une quelconque loterie ... mais
uniquement au succès du plan d'infiltration de la monarchie finissante
pour la miner de l'intérieur"
En
courtisan habile, avisé des traditions aristocratiques, Micombero' était
parvenu à un rang comparable, si pas supérieur
à celui des princes, comme en témoignent les extraits suivants d'une
conversation entre lui et le souverain:
-
"Tu es
mon meilleur fils, bien que tu ne sois pas mon fils"
-
"Si ce n'était votre majesté, je ne serais jamais arrivé là où
je suis, moi qui ne suis pas prince et que bien des princes envient. Ma place ne tient qu'à voire ombre. Sans votre secours
permanent, bien des jaloux m'auraient déjà
écarté"
-
"Mirombo (Micombero)
mon
fils, tu m'es plus précieux que nies propres princes qui dans l'échauffement
général des esprits sont bien capables de profiter de toutes les
occasions pour me piquer la place. Avec leur sang
royal dans les veines, se croient déjà tout permis. "
|
|
-5-
Cette
naïveté du souverain a été fatale à la monarchie.
Alors
que Micombero, selon
ses propres termes
maîtrisait la
situation, il s'empressa d'exiler définitivement
le roi,
toujours
sous des airs
doucereux, rappelant le
Renard et le Corbeau de LaFontaine:
"Si
votre majesté permet, je crois qu'il serait mieux de fuir au plus vite.
Inutile d'exposer notre précieux
roi... La barque vous attend sur le lac. De là, les Belges vous aideront
jusqu'au Congo"
La
partie était partiellement
gagnée,
car le premier ministre, le prince Bihumugani Léopold, une autre création
politique
de la monarchie,
avait
été grièvement blessé au cours des attaques et évacué d'urgence dans
les hôpitaux
d'Europe. Du coup également,
Micombero accédait
à un arsenal militaire important que le roi avait emmené
et
stocké au palais à son retour d'Europe, sentant son
pouvoir
chancelant.
Dès
lors, tous les moyens lui
étaient assurés pour la poursuite de leur plan machiavélique.
2.1.2.
L'élimination
des élites hutu
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Les
élites
hutu constituaient un
obstacle de
taille dans la course effrénée des extrémistes tutsi vers un pouvoir sans
partage. Ces élites, issues d'une masse longtemps asservie, dominée,
exploitée, humiliée aspiraient à l'instauration
d'un régime démocratique. Ces revendications
étaient
incompatibles avec le plan
du clan Muhirwa,
Ntiruhwama, Micombero,
Simbananiye et
consorts. Pour ces derniers, toute solution passait par le rabotage de ces
élites. Le premier ballon d'essai remonte
à
janvier 1962 avec les massacres de
Kamenge qui ont décimé la
direction
des Syndicats Chrétiens et
du Parti du Peuple (PP). Les
assassinats de Monseigneur Gabriel Gihimbare,
évêque
auxiliaire de l'archevêché de Gitega en décembre 1964 et celui du
premier ministre Pierre Ngendandumwe
le
15 janvier 1965 sont à inscrire
dans
ce cadre.
Par ailleurs, un climat
de terreur, d'intimidation, d'exactions et d'assassinats ciblés étaient savamment entretenu,
notamment par la puissante machine
à
tuer de la JNR. Un
extrait de la conversation suivante
est
à ce sujet
éloquent: "Tu sais, ça va de plus en
plus mal. On en arrête de tous côtés. Souvent disparaissent. Famille
sans nouvelles. Paraît que Simon a été retrouvé
fou à la sortie de prison. Un petit flic l'avait ramassé chez lui sous
prétexte qu'il faisait de la politique. L'ont
torturé pendant que l'acolyte allait chez lui, piquer la radio et le pick
up. Pire encore, Antoine qui s'était faufilé
à l'intérieur pour faire sa propagande; une nuit où il se rendait chez
un ami, des Jeunesses ont surgi d'un
buisson, la lance à la main. Il avait l'habitude de passer par-là tout
seul et ils ont dû l'y attendre. Le copain
qui était resté à l'arrière pour pisser a eu le temps de filer quand
il a entendu l'autre hurler et les coups pleuvoir.
La nuit sont allés trouver la femme et lui ont remis les parties
sexuelles du mari en disant que ça serve de
leçons à tout les hutu qui feraient de la politique".
Le
plan
d'élimination des
élites hutu a été initialement attribué au Premier Ministre André
Muhirwa qui succède à ce poste au prince Louis Rwagasore assassiné le
13 octobre 1961. Sa nomination
violait
de manière flagrante la règle
de jeu démocratique, tout simplement
parce que l'ayant-droit, en
l'occurrence Pierre Ngendandumwe était
un hutu. Autour de Muhirwa, gravitaient des politiciens extrémistes qui
travaillent sur ledit projet, dont Nicayenzi
Zénon, secrétaire d'Etat à la Défense,
Ntiruhwama Jean, ministre de l'intérieur, l'officier Shibura Albert,
gendre du
premier ministre pour ne citer que ceux-là. Selon des sources sérieuses,
le plan visait l'exclusion des bahutu de tous les postes importants des rouages de
l'Etat
Ce
plan était devenu
un
secret de polichinelle. Pierre Ngendandumwe de son vivant en avait confié
les termes à
Gervais Nyangoma alors en poste de diplomate à New York: "Les tutsi
se préparent à un vaste massacre de hutu.
Des tracts anti-hutu circulent entre militaires et gendarmes tutsi. C'est
toujours le vieux plan Mirwa(Muhirwa),
le plan d'extermination des élites hutu. C'est le terrible Simba (Simbananiye)
qui
mène la danse. Tu vois vers quoi
on marche
Nous sommes dans la merde et
c'est pas drôle. En matière de
planification macabre, Muhirwa n'apparaîtra qu'un apprenti-sorcier
à côté du sinistre Artémon Simbananiye.
Le témoignage de Nadine Nyangoma,
une observatrice étrangère est très explicite à ce sujet: "Simba...,
sous une lampe blême, dressait furibond, des listes de noms, alourdissant
ainsi les rebords de son bureau
de sinistres rouleaux bouclés... Le terrible Simba, collé à son bureau
fatidique ne cessa d'oeuvrer à son plan machiavélique- Mirwa
n'est qu'un bricoleur, un bête artisan, jugea-t-il avec mépris tandis
qu'il étudiait le vieux projet
d'extermination des élites hutu. Ça ne sait pas travailler en grand, ça
a beau avoir le sang royal, tout ça, c'est de la vieille école. On n'en
ferait plus de pareille de nos jours. Et cet assassinat des syndicalistes! Une paille dans la brousse! C'est aussi bête que de couper
la tête de la mauvaise herbe sans même
tirer sur les racines. Non, c'est du travail systématique qu'il nous
faut, et qu'on ne les entende plus râler...
Pendant qu'il rêvait ainsi, il prenait du ventre, son nez s'allongeait
jusque sur son papier qui buvait
|
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-6-
beaucoup
de sang hutu et qu'il pouvait ainsi humer avec plaisir. Ainsi, le plan était
implacablement tracé; l'encre
s'agitait fiévreusement, le tout se colorant d'armes, de souffrances et
de sang. Ça ne lui suffisait bientôt plus
de penser qu'un hutu de 25 ou 30 ans pouvait être un ennemi, un cadre
pour rebelles, car, il venait génialement
de découvrir qu'un enfant de 12 ans pouvait dans 10 ans être déjà un
ennemi à abattre et que par conséquent,
les premiers nettoyages devraient être bientôt être suivi d'un plus
profond travail si l'on veut éviter qu'un
jour les fils des pères ne deviennent comme les pères"
Des
listes des cibles hutu avaient été établis de longue date. Elles étaient
régulièrement mises à jour tant au niveau
de l'armée, que de l'administration centrale et territoriale. Certains
tutsi s'en vantaient et les brandissaient à
la barbe et au nez des hutu. Le plan d'extermination était établi pour
chaque province. Ainsi, pour la seule province
de Bujumbura la plus importante, le nombre de hutu à liquider s'établissait
à près de 1500. Et lors des purges,
pour chaque hutu tué en prison ou en dehors de la prison, le procureur du
roi, Ndabakwaje, faisait établir un
simple rapport et tenait une comptabilité des hutu déjà tués et de
ceux qu'il restait à liquider.
2.1.3.
La
consolidation du capitaine Michel Micombero
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Le
capitaine Michel Micombero n'a pas seulement joué un rôle capital dans
l'exécution des massacres des élites hutu,
mais également dans leur planification. On l'a déjà vu avec sa stratégie
d'infiltration de la cour. Nommé Secrétaire
d'Etat à la Défense Nationale dans le premier gouvernement Ngendandumwe
en date du 18 juin 1963, à l'âge de 23 ans, le jeune officier, muhima de
surcroît ne va rater aucune occasion pour consolider ses positions. L'arrêté
royal no 001/388 du 17 février 1964 portant organisation de l'armée
nationale dépouille la gendarmerie d'une
partie de sa mission en temps de paix et la subordonne à l'armée en tant
de crise: Art.2
L'armée nationale a pour mission principale la défense de l'intégrité
du territoire et comme mission secondaire
le maintien et l'établissement de l'ordre public.
Art.
3 Le secrétaire d'Etat est chargé de l'organisation générale et de
l'administration de l'armée nationale Art.
7Lorsque la gendarmerie et l'armée sont appelés, à intervenir ensemble,
le roi désigne un chef responsable pour
coordonner l'action des 2 forces. A défaut de désignation, la direction
des opérations incombe aux autorités
militaires.
Art.
8 En temps de guerre la Gendarmerie est placée sous l'autorité directe
de l'armée.
Le
capitaine Michel Micombero exerçait de fait une mainmise totale sur l'armée,
et une mainmise partielle sur la
gendarmerie. D'après de nombreuses analyses, cette expérience lui a
permis de se rendre compte des possibilités
dont il disposait pour s'emparer définitivement du pouvoir. Il créa à
la cour royale une sorte de cour parallèle composée essentiellement de
tutsi hima. Toutefois, deux grands obstacles se dressaient encore devant lui,
à savoir la monarchie qui jouissait encore d'une grande popularité et
les hutu numériquement majoritaires. Micombero
et son entourage allaient consacrer leurs efforts à la suppression de ces
deux obstacles. 1965 était pressentie comme une année décisive. Ainsi dès
le mois de janvier, on observe la mise en place d'un dispositif de
crise: Micombero place la gendarmerie sous ses ordres en faisant édicter
l'arrêté royal no 001/614 du 23 janvier
1965 fixant les responsabilités en cas d'intervention combinée de la
gendarmerie et de l'armée nationale: Article
unique: les autorités militaires sont responsables des opérations
lorsque la gendarmerie et l'armée nationale sont appelés à
intervenir ensemble lors des événements susceptibles de compromettre sérieusement
l'ordre public ou lors des troubles
graves et généralisés
Deux
mois après, il procède à une mobilisation générale de l'armée en
promulguant l'arrêté royal no 001/648 du
6 mars 1965 portant rappel sous les armes des militaires en congé illimité:
Articlel
Les militaires en congé illimité sont appelés sous les armes pour une
durée indéterminée. Article
2 Sont visés par le présent arrêté les militaires ayant quitté le
service actif en 1963 et 1964 Toutes
ces mesures n'étaient pas prises au hasard. Elles seront parachevées par
l'arrêté royal no 001/768 du 10 septembre
1965 portant nomination d'Artémon SIMBANANIYE au poste de Secrétaire
d'Etat à la Justice. Ce dernier
mettra en place, le 20 octobre 1965, un dispositif juridique pour
permettre des condamnations arbitraires et expéditives.
2.2.
Le
levier des élections du 10 mai 1965
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2.2.1.
Le
verdict des urnes
En
date du 10 mai 1965, des élections législatives ont été organisées à
travers tout le pays. Ces élections ont
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-7-
été
gagnées par le parti UPRONA avec 21 députés sur les 33 et 12 sénateurs
sur 16. Le Parti du Peuple PP,
malgré
l'hécatombe subie en janvier 1962 avait pu reconstituer ses états-majors
et enlever 10 sièges. En termes
ethniques,
les hutu ont obtenu 23 sièges, dont 13 au sein de l'Uprona et les 10 du
PP. Au niveau du Sénat, les
hutu
sont au nombre de 10 sur 16.
Liste
des députés élus
Nom
+ Prénom
Circonscription Parti Ethnie
1.Mbazumutima -Cibitoke -PP -Hutu
2.Nyanguhira
Etienne -Bubanza-Indép.Hutu
3.Baredetse André-Kabezi-Uprona-Hutu
4.Karabagega Thimothée-Isale-Uprona-Hutu
5.Mirerekano
Paul-Bujumbura-Uprona-Hutu
6.Gahurura
Emmanuel-Cankuzo-Uprona-Tutsi
7.Mukoma Constance-Ruyigi-Uprona-Hutu
8.Ntahondi
Jacques-Rutana-PP-Hutu
9.Nyabisha
Eustache-Ngozi-Uprona-Hutu
10.Maderere Balthazar-Mubuga-Uprona-Tutsi
11.Mukasa
Joseph-Kanyinya-Uprona-Tutsi
12.Nyamoya Albin -Muyinga-Uprona-Tutsi
13.Gasimbo Sophonie-Buhiga-Uprona-Hutu
14.Ribakare
Ildephonse-Giheta-Uprona-Tutsi
15.Nkenyereye
André-Karuzi-PP-Hutu
16.Ntayera
Antoine-Bugendana-Uprona-Tutsi
17.Kanse Joseph-Gitega-Indép.Hutu
18.Bucumi
Emile-Makebuko-Uprona-Hutu
19.Bazahica
Tito-Bukirasazi-PP- Hutu
20.Mbonankize Zacharie -Kuntega-Uprona-Hutu
21.Mbanzamihigo Charles-Busiga-Uprona-Tutsi
22.Mbarushimana
Philippe-Ijene-PP-Hutu
23.Mayondo Patrice-Kayanza-PP-Hutu
24.Bihunguye
Patrice-Gahombo-Uprona-Tutsi
25.Ndikumagenge Salvator-Rango-Uprona-Tutsi
26.Nzobaza
Mathias-Muramvya-Uprona-Hutu
27.Baramburiye
Jean-Makamba-PP-Hutu
28.Ntiyankumwe Simon-Nyanza-Lac-PP-Hutu
29.Hakiza
Ephrem-Bururi-PP-Hutu
30.Benyaguje Emile-Kiganda-Uprona-Hutu
31.Ntagwarara
Antoine-Mwaro-Uprona-Tutsi
32.Bavakure
Wilson-Matana-PP-Hutu
33.Biyorero Ezéchias-Rumonge-Uprona-Hutu
Les
sénateurs élus
1.Bararyimare
Pie-Bubanza-Uprona-Hutu
2.Ndimanya Ignace-Bujumbura-Uprona-Hutu
3.Cimpaye
Michel-Gitega-Uprona-Hutu
4.Bamina Joseph-Muramvya-Uprona-Hutu
5.Baribwami
Sylvestre-Bururi-Uprona-Hutu
6.Bankumuhari Valentin-Ngozi-Uprona-Tutsi
7.Nkinziyinka Aloys-Muyinga-Uprona-Hutu
8.Nteyamanga
Jean-Ruyigi-Uprona-Hutu
Les
sénateurs désignés par cooptation
1.Muhirwa André Tutsi
2.Muhakwanke
Mathieu-Hutu
3.Nuwinkware P. Claver-Hutu
4.Siniremenra Appolinaire-Hutu
|
|
-8-
Les
sénateurs désignés par le roi
1.Nkeshimana Gaspard Tutsi
2.Bigumaguma
JosephTutsi
3.Bankanuriye Pascal Hutu
4.Binyagaga-Tutsi
2.2.2.
Commentaire
des résultats
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Les
élections du 10 mai ont été une victoire pour la démocratie. Elles se
sont déroulées dans un climat serein en
dépit de la mémoire fraîche de l'assassinat du Premier Ministre hutu
Pierre Ngendandumwe. Des observateurs
et acteurs objectifs ont parlé de victoire populaire, de vote exemplaire.
Telle est l'appréciation du Ministre
des Affaires Etrangères et du Commerce Extérieur de l'époque: 'A
mon
avis..., le peuple murundi vota pour
l'unité. En effet, c'est l'Uprona, le parti de l'unité qui fut
vainqueur. Il obtint 23 sièges sur 33, soit 73 %. Et
12 sièges sur 15 au Sénat, soit 80%. Quant aux tutsi, ils avaient 30% à
la chambre et 40% au sénat. Sur les dix
sièges enlevés par les indépendants, il n'' avait pas un seul tutsi, et
ce, pour une raison bien précise: les tutsi
s'étaient tous présentés sous la bannière de l'uprona. Les indépendants
étaient plutôt issus de l'ancien parti hutu, le parti du peuple, balayé
par l'Uprona lors des élections de septembre 1961. Notons qu'aucune
circonscription électorale ne comptait une majorité absolue de tutsi, ce
qui revient à dire que les 10 députés tutsi avaient été par
une majorité hutu. Certains furent même élus avec 80% des suffrages. D'autre
part, dans certaines circonscriptions à forte population tutsi, des députés
hutu remportèrent un nombre impressionnant de voix".
2.3.
Réactions
contrastées
2.3.1.
Dans
les milieux tutsi |
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a. Stupéfaction totale
Malgré
la clarté et l'évidencedes résultats, les extrémistes tutsi furent
stupéfaits. Pour ces derniers, la campagne ayant
été ethnisée, les résultats ne pouvaient n'être que ethniques. Et
dans la logique des choses, ces résultats furent jugés inacceptables,
car, les hutu, composante majoritaire de la population burundaise (85%) réduite
à un asservissement séculaire, ont eu
le plus grand nombre de sièges! Ainsi a pu s'exclamer un contemporain des
événements, pourtant réputé
en d'autres circonstances pour son objectivité: "Le
résultat est stupéfiant: sur les 33
sièges à pourvoir (on a décidé de réduire de moitié le nombre de
parlementaires pour mieux les contrôler), 23
sont hutu et 10 seulement sont tutsi! Vingt-trois députés hutu et 10
tutsi seulement! C'est un crime cela... Le
peuple burundais vient de commettre un crime collectif et il ne tardera
pas à le payer cher. Thaddée | |