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M. Museveni campe sur ses positions au sujet du Zaire

LE MONDE, Francis Cornu

13 Février 1997


PERSONNAGE-CLÉ dans la crise des Grands Lacs, le président ougandais, Yoweri Museveni, s'est entretenu pendant plus d'une heure avec Jacques Chirac, mardi 11 février, au cours d'un bref passage à Paris. Il a fait des efforts pour se montrer conciliant, en se déclarant notamment favorable à une médiation pour un cessez-le-feu au Zaïre et attaché au respect de l'intégrité territoriale de ce pays, mais, pas plus qu'à Washington, les jours précédents, il n'a répondu à l'attente de ses interlocuteurs qui souhaiteraient le voir agir concrètement pour mettre au moins un frein à la rébellion zaïroise.

Les dirigeants américains, la semaine dernière, l'avaient pourtant clairement mis en garde - ainsi que le gouvernement rwandais, dont il est très proche -, mais il s'était refusé à prendre un quelconque engagement précis. A Washington, on avait guère dissimulé une certaine déception, d'autant que les Etats Unis, depuis plusieurs années, jouent manifestement la carte de l'Ouganda, qu'il s'agisse de contenir les menées islamistes du Soudan ou d'appuyer le Rwanda. M. Museveni, d'origine tutsie, est considéré comme le parrain du nouveau régime de Kigali. Des combattants tutsis rwandais - qui ont formé le Front patriotique rwandais, dominant aujourd'hui le gouvernement de Kigali - l'avaient aidé à s'emparer du pouvoir à Kampala, voici onze ans.

M. Museveni a affirmé, mardi soir, au cours d'une conférence de presse, n'avoir aucune influence sur la rébellion zaïroise, à laquelle il dit ne pouvoir prodiguer que des « conseils ». Il a souligné que « ce dont on avait besoin, c'était des médiations et des rencontres spécifiques conduisant à un cessez-le-feu ». Il a ajouté qu'« il n'y a et n'y aura jamais aucun soldat ougandais sur le sol zaïrois ». Il précisait cela avant qu'un responsable du ministère zaïrois de la défense n'affirme qu'un avion militaire ougandais chargé de soldats s'était écrasé, lundi soir, en territoire zaïrois.

Le Zaïre, en dépit des démentis opposés par les intéressés, n'a cessé d'accuser les armées ougandaise et rwandaise d'avoir envahi l'est de son territoire. M. Museveni a évoqué la possibilité de déployer des observateurs internationaux dans l'est du Zaïre et expliqué qu'une telle démarche « lui épargnerait la peine de répondre constamment à des questions concernant la présence de soldats ougandais au Zaïre ».

D'autre part, le président ougandais a déclaré qu'il ne croyait pas qu'une conférence internationale sur la région des Grands Lacs, vivement souhaitée par la France, permettrait de résoudre rapidement la crise. « C'est une démarche à moyen ou long terme, a-t-il dit. Elle ne peut pas régler des problèmes particuliers dans le court terme, et il faut quelque chose de plus spécifique pour traiter la situation du Zaïre. » Les États-Unis soutiennent maintenant l'idée française d'une conférence internationale, pour éviter notamment l'effondrement du Zaïre. Mais M. Museveni a estimé qu'une solution plus immédiate serait de charger l'émissaire de l'ONU et de l'Organisation de l'unité africaine, Mohamed Sahnoun, épaulé par un « poids lourd politique », de négocier un cessez-le-feu entre le Zaïre et les rebelles.

 

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