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-1-
Burundi, 1993:
l'année du meilleur et du pire.
1993: le
multipartisme a été reconnu (09/03/1992), plusieurs partis politiques ont
été agréés, tous se lancent dans la course à l'adhérent,
la campagne électorale bat son plein, les élections( présidentielles le
01/06/1993, et législatives le 29/06/1993) se passent dans un calme
exemplaire, la passation de pouvoir (10/07/1993) se fait dans l'ordre, le
pays est dans la liesse: le pays vit enfin la démocratie que lui ont
refusée, des siècles durant, les régimes monarchiques et militaires: le
«Burundi Nouveau» est né.
Puis, le 21 octobre,
patatras !! Coup d'état militaire. Le Président est tué, les hommes les plus
en vue seront également passés par les armes. L'armée se rue dans le pays et
y provoque une réaction de la population dont le résultat sera la
généralisation de troubles gravement mortels: les Tutsi et les Hutu
s'entre‑tuent. L'armée procède alors à une purification ethnique sans
précédent: elle regroupe les Tutsi dans les centres (écoles, dispensaires,
églises, ... ), pourchasse et massacre les Hutu. Cette action, qui se
poursuit depuis plus de 7 mois, aura occasionné pas loin de 1.000.000 de
morts, plus de 1.000.000 réfugiés extérieurs, et de 1 à 3 millions de
réfugiés intérieurs.
Depuis plus de 7
mois, les autorités politiques du «Burundi Nouveau» n'ont cessé de lancer
des appels de détresse à la Communauté Internationale, mais, de surprise en
stupeur, tous ceux qui avaient vu la Communauté Internationale encourager et
superviser la naissance de la démocratie devront se rendre à l'évidence: les
appels sont restés sans réponse et sans réaction, la Communauté
Internationale semble avoir fait le choix de s'accommoder de la (re)dictature.
Pourtant la
Communauté Internationale sait que, depuis trente ans que le Génocide des
Hutu est enclenché, plusieurs millions de Hutu ont péri. Et que si le cycle
infernal n'est pas cassé, les Hutu du Burundi (et de la sous‑région
d'Afrique Centrale: Burundi, Rwanda, Zaïre et Tanzanie) risquent d'être
emportés dans une «Solution Finale».
En souvenir et en
l'honneur de tous ceux qui ont péri, dans leurs biens, dans leur âme et dans
leur chair, par l'hystérie de la junte militaire et de ses commanditaires;
En souvenir et en
l'honneur de toutes les victimes du "Plan d'Extermination des Hutu";
En souvenir et
en l'honneur de tous les martyrs de la démocratie;
Nous demandons à la
Communauté Internationale de faire triompher «LA» démocratie, sous nos
cieux, car il n'y a pas de «Démocratie» et de «Démocratie à l'Africaine».
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GENOCIDE
des HUTU du BURUNDI :
Il faut arrêter le
processus infernal
INTRODUCTION
Si l'on en
croit un adage français, "on n'est jamais aussi
bien servi que par soi-même".
Et quelle
n'a pas été notre consternation au lendemain du 21 octobre 1993, lorsque
nous nous sommes retrouvés seuls face à notre amertume, et surtout face à
une armée qui avait mangé sa parole.
Notre
démarche consiste avant tout à ne pas céder à la prostration: nous avons
voulu, par cet article, apporter notre témoignage, si humble soit‑il. Devant
la nécessité de réagir avec célérité, nous n'avons pas eu suffisamment de
temps à notre disposition pour traiter le problème des Hutu du Burundi sous
tous ses aspects. La raison en est très simple: lorsqu'on agit en agresseur,
on prévoit armes et arguments; dans le cas contraire ... et c'est le nôtre !
Ce texte
n'a pas la prétention de dépeindre et de démontrer toutes les subtilités du
drame qui divise le peuple burundais à l'heure actuelle. C'est une petite
contribution à la compréhension de la dissension qui oppose l'armée
monoethnique Tutsi à la population Hutu qui en a toujours été la victime.
C'est enfin un aperçu de ce qu'a pu être notre longue marche vers le partage
des responsabilités dans la gestion du pays, vers la démocratie, ainsi que
des obstacles qui ont jalonné notre cheminement.
Le mal
burundais trouve ses racines dans la nuit des temps, bien avant l'arrivée
des Européens. Une minorité s'est érigée en classe privilégiée; elle a été
plus tard soutenue par les deux régimes coloniaux que le pays a connus avant
de consolider, avec des moyens modernes, l'exclusion de la majorité.
Nous nous
interrogeons sur la différence de traitement entre celui réservé au «Front
Patriotique Rwandais » (soldats de l'armée régulière ougandaise, Tutsi
d'origine rwandaise, qui ont déclaré la guerre au Rwanda le 01 octobre 1990)
et celui de la jeune démocratie du Burundi (résultat des élections libres et
démocratiques de juin 1993). Serait‑ce au nom de la même démocratie, ou de
la démocratie, tout court, que l'on a pris des mesures favorisant ceux‑là
qui ont pris les armes, et que l'on a fermé les yeux et les oreilles face à
l'injustice criante subie par ceux qui ont préféré les urnes?
L'opinion
internationale ne s'est pas assez émue des injustices ni des massa-
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- 2-
cres dont les Hutu du Burundi ont fait l'objet depuis l'indépendance en
1962. Et, jusque maintenant, le Burundi n'est pas encore sorti de l'auberge,
même pas avec un sauf‑conduit nommé "Bulletin de vote"! Les majorités
n'auraient‑elles que le droit de se taire et de se faire agresser par les
minorités?
Les
massacres qui ont décapité les structures démocratiques, et qui
malheureusement perdurent, hypothèquent gravement nos chances
d'épanouissement. Peut‑on encore parler de discussion et de concertation
alors que l'armée à laquelle se joignent les partis d'opposition, non
seulement tient le gouvernement en otage mais surtout continue à semer la
mort et l'insécurité dans la population? Nous nous interrogeons sur la
manière d'éviter la catastrophe pour le futur tout en exerçant librement et
pleinement nos droits fondamentaux.
A ce
titre, nous tenons à exprimer notre attachement envers tous ceux qui n'ont
pas pris le parti de l'abus de force. Nos remerciements vont également à
ceux, Burundais, Belges et autres nationalités auprès de qui nous avons
trouvé une écoute et une chaleureuse compréhension. Aussi nous espérons,
cher lecteur, chère lectrice, que ces lignes parleront à votre coeur et
convaincront votre esprit.
Face à
l'agression d'un seul et unique son de cloche, nous tenons à faire entendre
notre voix, faire mieux connaître la genèse de notre état de victimes non
consentantes; il n'y a aucune raison à ce qu'un peuple majoritaire soit
écrasé par un peuple minoritaire.
L'histoire
des Hutu du Burundi pourrait être celle des laissés‑pour‑compte. Mais, nous
voulons dire que nous existons et que nous avons le droit de vivre.
La Rédaction
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‑5
gine de
cette triste réalité: le problème ethnique, sur lequel viennent se greffer
tous les autres.
Déjà présent et
perceptible pendant les longs siècles de domination des monarques absolus
Tutsi sur les Hutu et les Twa, il s'est posé dans des termes tout à fait
nouveaux et a pris des dimensions vertigineuses, dès le moment où, il y a
une trentaine d'années, des Tutsi se sont inventé des raisons pour
exterminer les Hutu. Il est devenu à ce point grave qu'il secoue
périodiquement le Burundi, et, n'eussent été les massacres massifs qui
caractérisent chacune de ses éruptions, la Communauté Internationale dirait
toujours, en parlant du Burundi, la "Petite Suisse d'Afrique".

En
dépit de l'"image économique», dans le Burundi d'avant la dictature
militaire, les gens ne mourraient que de vieillesse, de maladie, de
calamités naturelles.

A la sueur de son
front,... chacun nourrissait bi en toute sa famille, à la satisfaction de
tous.

En haut :
Petit pont de bois(Nyabiraba, région de Gitega).
Au milieu :
Jeune homme apprêtant le bois sec qui servira à la préparation du repas du
soir.
Ci contre:Régime
de banane prêt à la récolte.
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‑ 6 ‑
2. QUE SE PASSE‑T‑IL AU
BURUNDI?
2.1. LA TRAGEDIE D'OCTOBRE 1993.
2. 1. 1. Rappel sommaire
des faits.
Le 1 juin
1993, des élections présidentielles, supervisées par des observateurs
neutres internationaux, portent Mr Melchior Ndadaye à la Présidence de la
République, fonction à laquelle il sera officiellement investi le
10/07/1993.
Le 29 juin
1993, des élections législatives donnent la victoire au parti FRODEBU (Front
pour la Démocratie au Burundi), par une majorité de 65 des 81 sièges au
Parlement.
La nuit du
20 au 21 octobre 1993, l'armée "burundaise" en décide autrement: trahissant
son serment et sa mission, elle tente de s'emparer du pouvoir, après avoir
paralysé les institutions et semé le chaos.
Plus de
sept mois après le début des massacres, la situation est toujours dramatique
au Burundi. L'armée "burundaise" responsable du putsch du 21 octobre 1993,
sans doute le plus sanglant de l'histoire du pays, a incontestablement
atteint son objectif: semer le chaos et s'emparer du pouvoir, après avoir au
préalable paralysé les institutions et provoqué ce qu'il convient de
reconnaître comme étant le sommet d'un génocide.
En effet,
le 21 octobre 1993 à l'aube (vers 2 heures), des unités blindées et de
parachutistes, basées à Bujumbura, investissent le palais présidentiel et
arrêtent Melchior Ndadaye. Premier Président Hutu, élu démocratiquement, il
sera cruellement assassiné dans la matinée. Dans le même temps, le président
et le vice‑président de l'assemblée nationale, ainsi que plusieurs
personnalités politiques subiront le même sort. D'autres, dont plusieurs
ministres, réussissent à trouver refuge auprès des représentations
diplomatiques. Une grande partie du pays est prise d'assaut par des colonnes
armées. Surprise, la population est littéralement balayée, comme par un
ouragan: gouverneurs de provinces, parlementaires, administrateurs et
conseillers communaux, religieux catholiques et protestants, étudiants,
hommes, femmes, enfants, vieillards, tous sont massacrés par l'armée"
"burundaise", sans pitié. La politique de la terre brûlée se généralise et
s'accompagne d'une véritable purification ethnique à l'encontre des Hutu,
par une armée dite "burundaise", mais en réalité
une armée mono‑ethnique TUTSI.
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‑7
2.1.2.
Conséquences de la crise.
(a) Sur la
population
Si les
termes (crise, gâchis, chaos, tragédie, catastrophe, drame) foisonnent et
tentent de décrire la situation au Burundi, aucun n'est cependant assez fort
pour évoquer la réalité de la vie quotidienne au Burundi: une profonde
détresse humaine.
1. Le
nombre de victimes est énorme, et les témoignages assurent qu'il sera
beaucoup plus lourd que celui de 1972. Référence de triste mémoire, où plus
de 300.000 Hutu avaient été massacrés.

Buye (1), Gatsinda (2), Karungura (3), Mwumba (4), Vyerwa
(5). Des collines proches de Ngozi où, comme
partout dans la région, après le passage de l'armée dès octobre 1993, il n'y
avait plus âme qui vive, et "plus de cadavres que de bananiers"
2. La
majeure partie de la population burundaise (±5.500.000) est, pour ainsi
dire, réfugiée: près d'un million, soit près de 20% de la population, a pu
échapper à l'extermination en traversant les frontières et en trouvant
refuge dans les pays voisins (Rwanda, Tanzanie, Zaïre); ceux qui sont restés
sont réfugiés dans leur propre pays. Et même là, Hutu et Tutsi ne partagent
pas le même sort:
* Les
Tutsi (DR, Déplacés Regroupés) ont été rassemblés dans des « camps »
(écoles, églises, couvents, hôpitaux, dispensaires, réquisitionnés pour les
circonstances) où ils sont bien encadrés et soigneusement protégés par des
factions armées.
* Les Hutu
(DNR, Déplacés Non Regroupés) essayent de se cacher dans ce que l'on appelle
ironiquement des "tranchées", d'où ils sortent de temps en temps pour aller
quérir à manger; abandonnés qu'ils sont, à leur sort.
* Une
constante toutefois, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays, les Hutu
rescapés partagent les mêmes conditions: le froid, la faim, les maladies et,
au bout, la mort.
3. A la
capitale Bujumbura, la population Tutsi a été invitée par l'armée à
rejoindre les quartiers majoritairement habités par les Tutsi, tandis que
les Hutu y résidant ont vu leurs habitations détruites. Beaucoup sont morts,
les autres se sont réfugiés dans les quartiers à majorité Hutu, lesquels
furent ensuite investis par l'armée qui, en donnant l'assaut, y a fait plus
de 4.000 victimes, obligeant plus de 14.000 personnes à fuir vers le Zaïre.
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- 8-
4. Au delà de cette
misère humaine, il y a sans doute l'espoir déçu d'un peuple qui pendant
trois mois avait pris goût à la démocratie, et espérait la réconciliation et
l'unité nationales, et pour qui le doux rêve s'est brusquement mué en
cauchemar.
(b) Sur
les institutions
Cette
crise a eu comme conséquences directes, non seulement la paralysie de la vie
sociale, mais surtout la paralysie des institutions. La jeune démocratie
décapitée est progressivement enterrée.
1. La
constitution, qui comptait déjà des lacunes que d'aucuns avaient d'ailleurs
dénoncées en son temps, se révèle inopérante et exploitée par l'armée et
l'opposition radicale Tutsi.
2. Le
gouvernement et les deux Présidents (successeurs de Melchior Ndadaye)
constatent chaque jour leur impuissance et se rendent compte que la
situation est favorable aux putschistes et à leurs alliés.
· Les
décisions de l'Assemblée Nationale sont toujours à la merci d'une
invalidation par la Cour Constitutionnelle, et le parti Frodebu, détenteur
de la légalité, a du mal à faire valoir sa majorité absolue (80% des
sièges). Une commission de consultation qui s'est muée en un organe de
censure. Qui vient de «démettre» le Président Cyprien Ntaryamira, ... 12
jours après son décès. Cynisme, quand tu nous
tiens!!!

Nyakabiga
(Bujumbura). Cinq enfants: deux Tutsi, tro is Hutu. L'armée "burundaise" a
gommé le temps de la coexistence prôné par le "Burundi Nouveau", et est en
train d'"institutionnaliser" de facto maintenant, légalement demain,
l'apartheid des Hutu‑Land et Tutsi‑Land.
·
L'armée continue à montrer qu'elle est
toujours la plus forte, en intensifiant la distribution, aux étudiants et
populations civiles Tutsi, des armes à feu, lesquelles sont utilisées pour
tuer et terroriser les Hutu, alors que dans le même temps, elle passe outre
l'interdiction formelle du Président de la République et envahit les
quartiers périphériques où elle a circonscrit les Hutu (Gasenyi, Kamenge,
Kinama), y faisant des milliers de morts, sous le prétexte de désarmer la
population.
La
situation se dégrade chaque jour. L'insécurité généralisée ainsi que la
politique de terreur instaurée et entretenue depuis le début du putsch,
empêchent tout retour à la normale et paralysent toutes les institutions du
pays, créant un climat propice aux desseins meurtriers.
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- 9-
2.2. CE N'EST PAS
NOUVEAU.
Depuis plus de trente
ans, les Hutu du Burundi sont victimes de persécutions et d'humiliations, de
crimes contre l'humanité perpétrés par les différents gouvernements qui se
sont succédés depuis l'indépendance en 1962. L'ampleur de ces forfaits était
déjà telle, en 1972, que l'opinion internationale, unanime, a parlé de
"génocide".

Aujourd'hui,
l'ampleur des massacres (il ne s'agit plus d'éliminations sélectives), comme
les méthodes utilisées (politique de la terre brûlée et destructions
massives de populations et de leurs biens) témoignent du délire dans
l'extermination des Hutu au Burundi.
Hier comme
aujourd'hui, la minorité Tutsi utilise la force de l'armée mono‑ethnique
pour refuser les règles du jeu démocratique. Ce terrorisme institué en
système de gouvernement s'appelle la dictature.
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-11-
3. LE PLAN D'EXTERMINATION
DES HUTU
Ce qui arrive au
Burundi, et qui
perdure depuis le 21/10/1993, n'est pas le fruit du hasard. C'est la suite
"logique" d'un plan ingénieux, savamment orchestré, qui, commencé il y a
trente ans, a été souvent testé, constamment réadapté et diaboliquement
exécuté: un plan d'extermination des Hutu (3).
3.1. L'EXISTENCE
DU PLAN
Elle ne laisse pas de
place au doute; car, comment expliquer :
1. Que les
victimes soient à chaque fois les Hutu, tués par les militaires, tous
Tutsi.
2. La
répétitivité des massacres: pas moins de 7 en trente ans d'indépendance
(1962, 1965, 1969, 1972-1973, 1988, 1991, et maintenant depuis octobre
1993).
3. Le
caractère cyclique des massacres: le cycle de + /-4 ans de ces massacres ne
laisse pas le temps, comme par hasard, à la formation d'une génération
d'intellectuels;
4. Le
choix des cibles: les victimes, toujours des Hutu, furent, dans les premiers
temps, d'anciens militaires, des élites intellectuelles, la jeunesse, bref
tout Hutu qui était susceptible de "menacer" l'hégémonie Tutsi. Depuis 1988,
tout Hutu est un mort en sursis: il ne s'agit plus d'hégémonie, mais
d'extermination.
5.
L'invariabilité d'un scénario «Provocation ‑ Réaction ‑ Répression». De 1962
à 1993, le Hutu est accusé d'avoir causé la mort des Tutsi (attaques de
l'extérieur, soulèvement), et l'armée n'est appelée que pour rétablir la
paix.
6. La
propagande qui, orchestrée par les plus hautes autorités politiques (parti
Uprona), administratives et militaires, précède et accompagne chaque vague
d'assassinats, justifiant l'intervention de l'armée par une prétendue
«attaque menée par les ennemis de la nation"
Une
propagande qui a voulu que les citoyens soient classés en ceux «avec
coeur» et ceux «sans coeur». Aux «sans coeur», assimilés à des
"Bwa‑Mujeri" (4), à des «Ba‑Mpemayuzuye» (littéralement: "je
ne m'arrête (de manger) que quand l'estomac sera bourré"»)), à des «Nyankagihugu»
(qui n'aiment pas la nation), etc. et même à des Néo‑colonialistes,
ou à des Impérialistes, il est réservé un traitement qui
va de l'exclusion au trépas. Aux «avec coeur», il est promis
les délices du ciel sur terre.
Une
propagande qui a fait du Hutu l'éternel mauvais, «le» responsable de toutes
les plaies qui s'abattent sur le pays. Une propagande qui a sapé le moral du
Hutu, l'a désarmé
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‑12
psychologiquement par des discours infamants. Une propagande qui a voulu que
le Hutu se sente indigne, souillé, inférieur, mais surtout coupable.
7.L'extension et la généralisation de la répression, par l'armée, à toute
une population, après en avoir extrait et mis à l'abri les Tutsi.
8.Cette
froideur dans le «calcul», digne de Machiavel, qui consiste à "tirer dans
le tas", chaque fois que "nécessaire".
9.L'impunité, l'absence de jugement et la protection dont jouissent les
responsables des massacres, tant civils que militaires. En effet, jamais
aucun magistrat, aucune juridiction, aucun gouvernement, aucune République,
personne n'a jamais entamé la moindre procédure tendant à faire la lumière
sur les "Evénements", à faire éclater la vérité. En conséquence, pas un
politicien, pas un militaire, pas une administration, pas un Président de la
République, jamais personne n'a été mis en cause, ni reçu de reproche pour
avoir organisé ou laissé faire. Ne parlons même pas d'inculpation. Ou de
sanction.
Cette
impunité, en même temps qu'elle a conforté les Tutsi dans leur vision du
Hutu sur qui ils se sont arrogés le droit absolu de vie et de mort; a
confiné les Hutu, conscients mais impuissants, dans une frustration
monstrueuse.
10.Le
«deux poids, deux mesures» flagrant (5) dans tous les secteurs de la vie
nationale, allant de la plus banale injustice aux plus graves entraves aux
droits fondamentaux de l'homme. Suivant que vous serez Hutu ou Tutsi, la vie
vous sera enlevée ou facilitée.
11. Les
propos du Major Pierre BUYOYA et ceux du Colonel Jean‑Baptiste BAGAZA, deux
anciens Présidents du Burundi. Des propos repris en choeur dans les milieux
Tutsi, qui revendiquent la partition du pays en "Hutu‑Land" et "Tutsi‑Land".
Car, que préconisent ces ex‑éminences, certainement parmi les plus avisées,
si ce n'est la consommation de l'apartheid que voulait le concepteur du plan
plus de vingt‑cinq ans auparavant.? Que disent‑ils?
«Des élections normales sont
impossibles actuellement. Nous ne pouvons plus rester ensemble et prétendre
que les Hutu et les Tutsi sont les mêmes.
»
(6)
"Franchement ce qui s'est
passé est tellement grave qu'il est impossible que les Bahutu et les Batutsi
puissent vivre comme avant, ils doivent trouver un mode de cohabitation
différent de ce qui était avant.... Il faut organiser l'espace géographique
nationale (sic) différemment et d'urgence... Tous ces gens déplacés ne
peuvent pas retourner dans leurs propriétés et rencontrer ceux qui ont
éliminé, exterminé un parent un enfant une soeur. Ce n'est pas possible. Ce
n'est pas souh aitable
»
(7)
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‑13
Et dire
que, à eux deux, ils ont «géré» les Hutu et les Tutsi pendant 17 ans! La
revendication se veut légale, via le parti politique PARENA (Parti pour la
Redressement National) que vient de créer J‑B Bagaza.
De la part
de ces "chefs de guerre", il faut donner à ces propos tout le sérieux qu'ils
méritent et se demander si le "développement séparé" demandé ne précédera
pas l'anéantissement des paisibles "Hutu‑Landais" par l'armée
"Tutsi‑Landaise" forte de plus de 20.000 hommes.
On ne peut
donc ignorer ces indices de la matérialité d'un plan, conçu en étroite
collaboration entre l'armée et l'UPRONA, son pendant politique. Dans ce
couple, les intérêts de l'un sont ceux de l'autre.
Le jour où
le «Burundi Nouveau» adopta une politique qui, dans l'intérêt du peuple,
bousculait les intérêts de l'armée, on connaît la réaction.
3.2. L'ARMÉE
"BURUNDAISE" DANS L'EXTERMINATION DES HUTU
Dans le
couple invoqué ci‑haut, l'armée est l'élément à qui il a été
systématiquement fait appel pour la macabre besogne. Ce qui rend le corps de
l'armée entièrement responsable et coupable dans toute son entièreté, au
même titre que l'autre élément, le parti Uprona.
1.
L'armée "burundaise" est une armée mono‑ethnique Tutsi. Suite à de
nombreuses épurations d'éléments Hutu, et aux recrutements des seuls Tutsi,
elle se retrouve à au moins 99% Tutsi.
2.
L'armée "burundaise" a, au fur et à mesure de l'implantation de ses unités,
quadrillé complètement la population, pour mieux la contrôler, mieux la
surveiller, et mieux lui tomber dessus lors de rafles.
Et, comme
si le quadrillage par des camps militaires ne suffisait pas, la population a
été «encouragée» à s'organiser en villages («ibigwati», répandus en Afrique
occidentale, mais inconnus dans les Grands‑Lacs, où l'habitat est individuel
et très dispersé), pour des raisons avouées de facilité d'acheminement d'eau
et d'électricité, mais dont on n'a jamais vu l'exécution. Aujourd'hui, ce
regroupement facilite et optimise les rafles et les nettoyages.
3.
L'armée "burundaise" a usurpé et monopolisé le pouvoir politique. Depuis
l'année 1966 où elle renversa la monarchie qu'elle devait protéger, l'armée
s'est substituée au pouvoir politique. En effet, après avoir vidé le parti
UPRONA (monarchique jusque là) de toute sa substance, après l'avoir
phagocyté, elle en a fait son instrument de propagande et de domination.
Elle a à ce point «infesté» et «dirigé» la politique que, pendant près de
trente ans,
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‑14
·
elle a imposé l'UPRONA comme parti unique et
réprimé dans le sang toute idée de multipartisme;
·
le Président de la République, militaire,
auto proclamé à la suite d'un putsch militaire, cumulait les fonctions de
Président du parti unique UPRONA et de Ministre de la défense nationale. Et
on sait combien la propagande de l'UPRONA, qui a fait du culte de la
personnalité son cheval de bataille, nous a «convaincus» que le chef de
l'état est LE sauveur du peuple, LE guide
éclairé, LE père de la nation, LE pacif icateur, ...
·
l'épouse du Président de la République était
la Secrétaire Générale de l'Union des Femmes Burundaises (un des
mouvements intégrés au parti Uprona);
·
le gouvernement, pour civil qu'il puisse
être, était contrôlé par des «Conseils Militaires», au sein desquels étaient
prises toutes les décisions.
·
on a souvent eu des gouverneurs de provinces
avec des grades de capitaine, de commandant, et des colonels aux ministères
des télécommunications, de l'intérieur; etc.
4.
L'armée "burundaise" a dévié de sa mission. Plutôt que de garantir
l'intégrité du territoire, de défendre le peuple burundais contre
l'invasion, d'être à son service (par le biais des mandataires et du pouvoir
exécutif), elle prend pour cible ce même peuple, le tue et chasse des
centaines de milliers de gens dans la brousse et dans les pays voisins.
5.
L'armée "burundaise" "dicte" la loi, sa loi. En effet, elle fait et défait
les Présidents; elle suspend et remplace les constitutions, les
gouvernements, les assemblées nationales; elle fait et défait l'échiquier du
pouvoir politique au gré de ses intérêts, et choisit «ses» hommes pour les
assurer et les pérenniser: des hommes qu'elle place dans le gouvernement,
dans l'administration territoriale, dans la machine économique. Et elle ne
tolère aucun «intrus».
6.
L'armée "burundaise" est devenue un état dans l'état. Son fonctionnement, sa
composition, ses missions, ses interventions, ses moyens, ... ne sont
définis ni connus que par elle-même. Elle n'a d'ordre à recevoir de
personne, elle ne rend de compte qu'à elle‑même.
Qui a dit
que l'armée est organisée par le pouvoir exécutif?
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- 15 -
3.3. AUJOURD'HUI,
RIEN N'A CHANGE.
Cette
armée:
1.
est toujours composée à au moins 99% de Tutsi, ethnisée et clanisée;
2. est
toujours bien équipée, bien entraînée, aguerrie et motivée, omniprésente et
omnipuissante, et vient de démontrer, une fois de plus, dans le sang, les
pleurs et les lamentations, que sa seule raison est celle du plus fort
(militairement);
3. a
tué les institutions qu'elle a pourtant juré de protéger;
4. a
tué le Chef de l'Etat, le premier Chef de l'Etat élu démocratiquement, Chef
Suprême des armées, Son Chef, de la manière la plus abjecte, atroce, sauvage
et la plus dédaigneuse qui soit, dans des conditions que la décence empêche
de préciser;
5. a
tué et continue à tuer les Hutu sur les collines et dans les agglomérations,
contraint des centaines de milliers de Hutu (les plus "chanceux") à fuir
vers l'extérieur, où ils vivotent et meurent dans des conditions morales et
matérielles indescriptibles. Dans le même temps elle "protégeait" les Tutsi
et les oblige, toujours maintenant, à être protégés dans des centres qu'elle
a réquisitionnés. Pratiquant de la manière la plus ignoble un «génocide»
et une "purification ethnique", qu'elle ne se donne même plus la
peine de voiler;
6.
maintient le Gouvernement (et ses collaborateurs) dans une insécurité
physique, exerçant sur eux une pression psychologique impropre aux décisions
qu'il leur incombe de prendre dans la gestion de la très grave crise allumée
par l'armée elle‑même. En acculant les autorités et les institutions dans
une insécurité (morale, psychologique et physique) et dans l'impossibilité
(constitutionnelle et physique) de fonctionner, elle mène une "guerre des
tranchées": elle laisse la situation pourrir et attend, le temps qu'il
faudra, pour forcer l'autorité politique à
«capituler.».
En ne
prenant aucune initiative dans le but de ramener la paix dans le pays, en
s'opposant aux initiatives prises par les institutions légales, en imposant
ses "envoyés spéciaux" au sein d'un gouvernement où le rôle de la majorité
et celui de la minorité se sont inversés, ... l'armée s'inscrit contre et
bloque toute idée de retour à la normale. Elle est en train d'imposer SA
normalisation, SA démocratie: la démocratie d'une minorité (Tutsi, 14%
de la population), contre et sans la majorité (Hutu,
85% de la population).
Face à elle, se
trouve un peuple où le Hutu, non armé et pacifique, est désigné comme
"l'ennemi à vaincre". Le rapport des forces, puisque les faits et les
propos de cette
__________________________________________________________________________________________
‑16
même armée
s'inscrivent dans une logique de la confrontation, est tel que seule une
intervention militaire, comme celle qui, menée par le Général Dwight David
EISENHOWER dès juin 1944, sauva l'Europe du joug nazi, est salutaire pour le
peuple burundais.
Sinon, la fin du
plan se révélera, dans quelques temps, comme n'ayant été autre chose qu'une
«Solution Finale», de triste mémoire.

Il y a pourtant
bien d'autres priorités, il y a bien d'autres plannifications à faire, au
Burundi, que de s'acharner à éradiquer les Hutu.

Caractéristiques
des campagnes burundaises : un réseau routier dense mais en mauvais état,
des maisons d'habitations encore "traditionnelles".
_______________________________________________________________________________________
‑17
4. LE
GENOCIDE INTELLECTUEL.
Par génocide
intellectuel, nous entendons mettre la lumière sur le processus
d'élimination systématique de générations d'intellectuels Hutu, mais aussi
sur la manière dont le pouvoir Tutsi a drastiquement limité le nombre de
Hutu dans le circuit scolaire. Le problème remonte à l'introduction de
l'instruction scolaire dans les territoires du Rwanda‑Urundi:
Comme
l'administration coloniale belge avait vite décidé que les Tutsi, "des
Aryens affligés d'une peau noire", étaient les seuls compétents pour
prendre leur succession à la tête de ces deux pays, seuls les enfants de
chefs et de notables Tutsi furent admis au Centre Scolaire d'Astrida. Quant
aux quelques Hutu qui furent admis bien ultérieurement, ils eurent droit à
une formation qui les destinait à un statut d'employé subalterne, ou alors à
celui de travailleur manuel. Cette manière de concevoir l'accès à
l'enseignement devait se maintenir pendant de longues années. La situation
s'améliora quelque peu cependant, mais le pourcentage des enfants Hutu fut
constamment maintenu à un niveau peu acceptable. L'implantation des écoles
au Burundi est, par ailleurs, très significative quant au but visé: jusqu'à
ce jour, elles sont principalement concentrées dans les régions à forte
population Tutsi.
L'avènement de
l'indépendance correspond également à la prise de conscience par les Hutu de
leur exclusion des affaires politiques du pays: conséquence directe de la
limitation sévère de leur accès à l'enseignement secondaire général et à
l'université.
Les Hutu ont maintes
fois exprimé leurs doléances: non seulement ils n'ont pas été entendus, mais
surtout ils ont été liquidés. Dans cette même optique, des Tutsi instruits à
l'époque ont initié un processus tendant à annihiler toute velléité de
prétention à des droits politiques de la part des Hutu; il fallait à tout
prix écarter le "PERIL HUTU". Les Hutu devaient, à maintes reprises,
assister à la décimation de générations montantes d'intellectuels, jusqu'en
1972. Cette année, non seulement les adultes (fonctionnaires,
universitaires, ouvriers, commerçants, instituteurs, paysans, etc.) ont été
massacrés par camions entiers, mais aussi des enfants d'école secondaire,
même ceux âgés de 12 ans. Plus d'un jeune ont dû fuir vers le Rwanda, le
Zaïre ou la Tanzanie.
L'après‑1972 ne fut
pas moins traumatisant: en effet, les élèves Hutu subissaient tellement de
brimades verbales et physiques de la part des élèves Tutsi, que les plus
fragiles devaient fuir. A ce propos, beaucoup ont gardé un souvenir bien
poignant de la vie à l'internat et des classes qui comportaient 2, 3 élèves
Hutu sur un effectif de 30 ou 40 élèves. Peu après, l'on mit sur pied une
politique interdisant tout accès à l'instruction, notamment par la
suppression des quelques structures d'alphabétisation des masses, là où
elles prenaient racine,
____________________________________________________________
‑18
-
l'indication, lors de l'examen national, de l'origine ethnique des enfants
de 6ème primaire (i pour les Tutsi, u pour les Hutu) afin de
mieux filtrer la population de l'enseignement secondaire: "Pour abattre
un grand arbre, il faut commencer par couper les branches", a souvent
"conseillé" le président MICOMBERO. C'est ainsi que des régions entières
‑régions majoritairement Hutu-n'ont pas connu une seule réussite à cet
examen national pendant des années et des années.
Quelques‑uns bien sûr sont passés à travers les mailles du filet et ont pu
suivre une scolarité normale jusqu'en 4ème moderne. A ce niveau, l'on
procédait à l'orientation des élèves et, très souvent, les enfants Hutu ont
été aiguillés vers les cycles courts ou autres écoles techniques et
professionnelles afin qu'ils ne puissent accéder à l'enseignement supérieur.
Les grèves
dans les internats ont également servi de prétexte pour mettre fin à la
scolarité des enfants Hutu: comme par hasard, certains d'entre eux étaient
considérés comme des meneurs, et étaient chassés. Pour ceux‑là, il n'y a
plus eu de possibilité d'intégration dans aucune autre école établie "sur
tout le territoire burundais".
A la
lumière des récents changements, l'on se souviendra de la réaction qui s'en
est suivie: des élèves Hutu ont été frappés, voire même tués dans des
établissements secondaires en guise de représailles contre la victoire d'un
parti à majorité Hutu, tandis que les universitaires Tutsi descendaient dans
la rue pour exprimer leur rejet du résultat des urnes. Cela n'a été possible
que parce que le nombre de Hutu dans les écoles est particulièrement bas!
Et lors
des troubles actuels, les universitaires Tutsi ont activement participé dans
la destruction des maisons et dressé des barricades lors des "journées ville
morte" à Bujumbura, sous l'oeil "absent ?" des militaires et des forces de
l'ordre. Et les élèves Hutu? Ceux qui n'ont pas eu la chance de fuir ont été
tués.
Les
conséquences sont bien tangibles aujourd'hui: le déséquilibre entre les Hutu
et les Tutsi dans les écoles est particulièrement éloquent; ce qui explique
la présence massive des Tutsi dans l'administration, puisque ce sont les
seuls à avoir bénéficié d'un enseignement valable. Ce n'est nullement dû à
une désaffection des parents Hutu ou de leurs enfants vis à vis de l'école!
L'octroi des bourses afin de pouvoir suivre des études à l'étranger
s'inscrit dans le même ordre d'idées.
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‑19
5. ROLE DE LA COMMUNAUTE
INTERNATIONALE
Aujourd'hui, grâce aux progrès technologiques, le monde est devenu un grand
village. Le Communauté Internationale dispose «en temps réel» d'une masse
d'informations pour juger, presque instantanément, de la gravité de toute
situation exposant des vies humaines, et pouvoir se porter à leur secours.
Le principe d'«Ingérence Humanitaire», déjà cité à plusieurs
reprises, devrait se généraliser au grand bénéfice de l'humanité. La
solidarité entre peuples ne doit plus être considérée comme un luxe ou un
privilège, mais comme un droit et un devoir au bénéfice de tout un chacun.
C'est dans
cette logique que la Communauté Internationale doit tout mettre en oeuvre
pour user de son droit d'ingérence au Burundi où, depuis un temps déjà trop
long, les populations civiles vivent dans une profonde détresse.
En effet,
la retenue, pour ne pas dire la relative indifférence de la Communauté
Internationale, a comme conséquence inévitable de conforter « l'armée
burundaise » et ses alliés dans leurs macabres desseins: revenir à la loi de
la dictature militaire.
D'aucuns
continuent à croire qu'une solution interne est envisageable: ils ont tort.
Car tous les indicateurs et témoignages concordent pour affirmer que, aussi
bien sur le plan politique, social et même économique, le Burundi évolue
inexorablement vers cette dictature. Et pour cause:
1. Un bon
diagnostic est le seul garant d'un bon traitement. Or, dans le cas du
Burundi, le mal n'est jamais clairement désigné. Tout le monde tourne autour
du pot, pour ne pas devoir décider, pour ne pas désigner le coupable. On se
renvoie la balle. Certains se jettent à l'eau et considèrent que les torts
sont partagés; et pourtant il y a un agresseur et un agressé, un bourreau et
sa victime. L'agresseur, c'est l'armée; la victime, ce sont les populations
civiles.
2. Depuis
les massacres de 1972 (300.000 victimes Hutu), un énorme fossé a séparé les
Hutu et les Tutsi. Les récents massacres n'ont fait que le creuser
davantage, à tel enseigne que si rien n'est entrepris, nous atteignons sans
doute le point de non retour.
3. Les
principes et les concepts d'«Ubugabo » (esprit de bravoure et de courage),
d'«bushingantahe» (esprit d'intégrité et de sagesse), d'«Ubumwe» (esprit
d'unité), de la paix, de la tolérance, qui avaient régi les rapports entre
Hutu et Tutsi, ont été tellement exploités abusivement qu'ils ont perdu de
leur signification et de leur force de mobilisation: ils ne sont plus
porteurs de message.
4.
D'anciens dirigeants, tels Jean‑Baptiste Bagaza et Pierre Buyoya, qui depuis
des décennies, ont mené une politique apparemment cohérente et
_________________________________________________________________________________________
‑20-
crédible,
changent brusquement d'avis, comme si pendant toutes ces années, il ne
s'était agi que d'une traîtresse comédie jouée au peuple.
D'autres
opinions multiples s'élèvent de partout pour reconnaître que le mal
burundais est ethnique, alors que pendant des décennies, le tour a consisté
à prétendre qu'il n'y avait pas d'ethnies au Burundi, mais des Burundais. «Chassez
le naturel, ... il revient au galop. »
5. Le
conflit entre le pouvoir démocratique issu des élections de juin 1993 et
"l'armée burundaise" d'une part, et entre cette dernière et les populations
civiles de l'autre, prouve, si besoin en était, que l’ « armée burundaise »
joue la carte de la radicalisation parce qu'elle a la force de son côté.
Tous ces
faits montrent que l'avenir du Burundi et de ses habitants est entre les
mains de la Communauté Internationale. Il est vrai que la solidarité et la
générosité se manifestent de partout et l'effort dans ce domaine doit être
maintenu. Cependant, le déblocage de la situation exige plus de fermeté
vis‑à‑vis de "l'armée burundaise", grand responsable du chaos.
Mais,
depuis le lâche assassinat, au Rwanda, des Présidents Juvénal Habyarimana du
Rwanda et Cyprien Ntaryamira du Burundi, le 6 avril 1994, et les massacres
qui s'y déroulent depuis, des questions se posent de manière plus pressante
et plus précise qu'auparavant, sur la Communauté Internationale et son
action.
Quand la
démocratie, exprimée lors des élections présidentielles et législatives de
juin 1993, élections souhaitées, soutenues et supervisées par la Communauté
Internationale, fut tuée par l'"armée burundaise" en octobre 1993, la même
Communauté Internationale s'est tue et ne l'a pas secourue, malgré les
nombreux cris de détresse que les représentants de cette démocratie ne
cessent de lancer depuis 7 mois.
Quand
l'application des accords d'Arusha, soutenus et supervisés par la Communauté
Internationale, fut interrompue avec l'assassinat du Président Juvénal
Habyarimana, la même Communauté Internationale ne cesse de décrier la
sauvagerie des Hutu qui exterminent les Tutsi. Par les media, les
politiques, les organisations et les experts ès "Droits de l'homme", elle ne
tarit pas d'éloges à l'endroit d'un FPR, civilisé et discipliné, qui protège
"la" population.
Pourtant,
la Communauté Internationale est loin d'ignorer que:
1. Au
Rwanda comme au Burundi, une minorité, Tutsi, a choisi et a pris
l'initiative de la voie des armes, plutôt que la voie pacifique des urnes;
2. Au
Rwanda comme au Burundi, une minorité, Tutsi, veut rl militaire au evenir à
un système de gouvernement d'une autre ère: dictatorial monarchique au
Rwanda (8), dictatoriaBurundi;
_________________________________________________________________________________________
- 21 -
3. Au
Rwanda comme au Burundi, la voie des armes (depuis 7 mois au Burundi, depuis
4 ans au Rwanda) a fait des centaines de milliers de morts et lancé sur les
routes des millions de réfugiés (intérieurs et extérieurs) parmi la
population, écrabouillée par le marteau et l'enclume;
4. Au
Rwanda comme au Burundi, " la " démocratie est violée devant les yeux et
sous la supervision des envoyés spéciaux de la Communauté Internationale:
des négociations biaisées aboutissent à l'incorporation de gens véreux
(gravement impliqués dans des actes de sabotage ayant entraîné mort
d'hommes) dans l'équipe gouvernementale au Burundi, et à l'entrée au
Parlement Rwandais de «députés nommés»;
5. Au
Rwanda comme au Burundi, l'agresseur et le putschiste sont lavés «plus blanc
que blanc» et, comme par magie, deviennent les victimes. Cette perversion de
la réalité, que d'aucuns appellent «Péché contre l'esprit», est
impardonnable même auprès du Tout-Puissant.

Au
Rwanda comme au Burundi, les mille et une collines, verdoyantes et si
richement gâtées par la nature, sont transformées en mille et une tombes par
ceux qui, délibérément , ont troqué la voie pacifique des urnes contre celle
des armes.
A l'heure
où l'action de la Communauté Internationale vient d'aboutir à la fin de la
domination de la minorité blanche sur la majorité noire en Afrique du Sud,
la même Communauté Internationale pourrait‑elle s'accommoder de la
domination d'une minorité noire sur une majorité noire, même au Burundi?
Pourquoi reconnaîtrait‑elle, dans l'Afrique des grands Lacs, une situation
qu'elle ne supporterait pas en son sein? La Communauté Internationale
reconnaîtrait‑elle à cette minorité, Tutsi, le droit d'agresser et
d'exterminer la majorité, Hutu, en arguant d'une manière fautive du sort
d'une minorité menacée? Quelle signification doit‑on donner au mot
"minorité", quand celle‑ci se permet de «déclencher les hostilités»? Comment
l'agresseur peut‑il être transformé en victime? La Communauté Internationale
serait‑elle en train de faire comprendre à la majorité, Hutu, que son seul
droit est de se taire, de se soumettre et de périr?
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‑22
6. NOS ATTENTES D'AVENIR
Aujourd'hui, au Burundi, la population ne veut plus de la dictature
militaire dans laquelle le coup d'état du 21 octobre est en train de nous
faire revenir, et voudrait que, plus jamais l'armée ne soit l'obstacle à
la démocratie. Le problème burundais pourrait trouver une solution, si
la Communauté Internationale voulait bien se pencher sur ces quelques
propositions:
1. Arrêter
les massacres et restaurer la démocratie. Il est impératif que les
populations qui, depuis plus de 7 mois, vivent dans la terreur, retrouvent
leurs foyers. Cela ne peut se faire que par une intervention militaire,
pour leur garantir une totale sécurité.
2. Exercer
un blocus militaire, économique et alimentaire de l'armée. Pourquoi,
en effet, continuer à inonder l'actuelle "armée burundaise" d'armes, de
munitions, de pièces de rechange, de carburant, de toutes fournitures qui,
achetés avec l'argent et la sueur des paysans, servent à asservir et tuer
ces mêmes paysans?
3. Le
peuple burundais y gagnerait si la Communauté Internationale pouvait assurer
au Burundi une présence militaire internationale, le temps de former
une véritable armée nationale. Une mission de casques bleus, qui
relèverait le contingent ayant participé à l'intervention, paraît justifiée
dans ce pays qui, ces jours, a vu «son» armée prendre la malheureuse
initiative de semer la pagaille, et ainsi rendre compliqué le retour à la
paix dans toute la région inter lacustre d'Afrique Centrale.
4. Le
démantèlement de l'actuelle armée burundaise, qui cumule les handicaps
insurmontables d'être mono‑ethnique et mono‑régionale, mais également d'être
conditionnée et dressée pour la répression. Elle n'inspire plus confiance.
Les populations ne seront jamais tranquilles tant qu'elles identifieront
sous l'uniforme leur bourreau d'hier. Il s'agira de construire une véritable
armée nationale, seul garant d'un véritable équilibre à court, à moyen et à
long termes.
5. La
reconnaissance internationale du génocide des Hutu du Burundi.
6. La
constitution d'une commission internationale d'enquête et d'un
tribunal international neutres, investis des moyens et des pouvoirs
nécessaires, avec mission de mettre en lumière les responsabilités dans le
génocide des Hutu perpétré depuis 1960, d'en fixer et d'en faire exécuter
les sanctions.
Aucun
discours ne parviendra à restaurer la confiance, plusieurs fois gravement
violée, dans les populations burundaises. Seuls la justice rendue et le
respect de la personne humaine prouvés et avérés garantiront un réel retour
à la paix. Le reste n'est qu'échafaudage sans fondements, et donc sans
lendemain.
*
* * * * * * *
________________________________________________________________________________________
__________________
Notes et Références
1 Les Hutu, de tradition
agricole, asservis et méprisés par les Tutsi, ont depuis des siècles
constitué pour ces derniers «LEUR» main d'oeuvre, corvéable à merci,
utilisée gratuitement, sans retenue et sans ménagement.
Les Tutsi, aux coutumes pastorales, se
divisent en deux sous‑groupes: Les Tutsi Banvaruguru,
attachés depuis des siècles à l'aristocratie et à la couronne, ont, jusqu'en
1966, occupé tous les pouvoirs, se réservant les meilleures terres (cultures
et pâturages). Les Tutsi Hima, eux, étaient considérés par les
Banyaruguru comme « impurs » et « porteurs
de mauvais sor t », Ils
étaient interdits à la cour royale. A la faveur de la décolonisation, ils se
sont renforcés grâce à leur présence dans l'armée, et, depuis 1966, ils
monopolisent tous les pouvoirs.
Les Twa , apparentés aux
peuples pygmoïdes, forment le troisième groupe ethnique, paria de la
société, méprisé à la fois par les Tutsi et par les Hutu.
2 Il s'agit de Séverin NDINZURWAHA, Basile
NTAWUMENYAKAZIRI et André BARAVUGA.
3 Celui‑ci, dont la paternité est attribuée
à Artémon Simbananiye, prévoit de décapiter les Hutu en assassinant leurs
élites, d'une part, et de ramener les populations Hutu (85%) et Tutsi (14%)
à égalité numérique, d'autre part. Le plan s'opérerait en trois étapes. En
voici les termes, tel que dits dans le Rapport Politique No 093/100/CAB/68
du 18/04/1968, fait au Président (de la République et du Parti UPRONA) par
le Secrétaire Général du parti UPRONA (le Commandant Martin Ndayahoze, en
même temps Ministre de l'information):
1. Semer la haine
entre les ethnies en noircissant fortement quelques hauts intellectuels
Hutu;
2. Vous faire
disparaître physiquement pour plonger le pays dans la confusion et la
colère;
3. Tablant sur les
faux bruits déjà en circul ation, crier haro sur les Hutu pour récidive
1965.
Alors il ne restera plus qu'à lancer une
répression sanglante sur des cibles choisies d'avance et à nous montrer
très actifs dans la purge des criminels pour réclamer le pouvoir comme
rançon de notre zèle. Après ce coup de balai, l'apartheid régnera au
Burundi, et le "Péril Hutu" sera anéanti à jamais.
4 Bwa
est une expression qui, au Burundi, marque le
dédain.
Mujeri
est un petit animal, genre putois,
qui mord et transmet la rage à l'homme, dit‑on, et dont le sort est toujours
la mise à mort quand il rencontre un homme.
5 Deux exemples
parmi d'autres:
(a) Le «coup d'état » de 1971. Juillet
1971: des Tutsi Banyaruguru, parmi lesquels le Major Jérôme NTUNGUMBURANYE
(chef de la sûreté), Etienne NTIYANKUNDIYE (ministre de la justice), Libère
NDABAKWAJE (ancien ministre des affaires étrangères), sont arrêtés et
emprisonnés, accusés de complot contre la République. Un tribunal militaire
d'exception est instauré. Leur procès (privilège ignoré par les Hutu)
débutera le 12/10/1971 et aboutira à des sentences, prononcées le
24/01/1972: 9 condamnations à mort, 7 prisons à perpétuité, 3 condamnations
à 20 ans de prison, 6 acquittements, Allez savoir pourquoi, mais aucune
peine ne sera exécutée, Que du contraire: le 04/02/1972, soit 11 jours plus
tard, le Président Micombero commue les peines de mort en prison à vie,
réduit considérablement les
_________________________________________________________________________________________________________________
autres peines de prison. Et quelques années
plus tard, tous les « accusés» retrouveront leur liberté. Est ce pour
"essuyer l'échec" que, quelques mois plus tard, il fit périr les Hutu par
centaines de milliers?
(b)Le «coup d'état» de 1993. Mars 1993: les Tutsi Hima, du haut de
leur armée omnipuissante, se sont octroyés l'exclusivité de la gestion du
pays, qu'ils dominent depuis trois décennies. Puis, ô surprise! Des Tutsi
Hima, sous l'accusation de complot contre la République en vue de faire un
coup d'état, sont arrêtés et emprisonnés. Parmi eux, Cyprien MBONIMPA
(ministre des affaires étrangères, présenté comme «Ie chef» devant succéder
à Pierre BUYOYA à la Présidence de la République après le coup d'état). Ils
ne connaîtront que l'emprisonnement et seront relâchés par le Président élu
Melchior NDADAYE qui, dans sa magnanimité, accorda l'amnistie à tous les
détenus politiques en 1993.
Cinq ans plus tôt, plus de 50.000 Hutu avaient péri dans les communes de
Ntega et Marangara (région de Ngozi) accusés de soulèvement.
Deux ans plus tôt, sous une accusation jamais prouvée d'attaque menée par
les Hutu, plus de 20.000 Hutu avaient perdu la vie dans des actions de
«pacification» menées par l'armée du même Pierre BUYOYA.
Quelques mois plus tard, Melchior NDADAYE est assassiné par l'armée, le pays
est tout entier plongé dans le désastre actuel qui, quand viendra l'heure du
«bilan», aura emporté plus d'un million de Hutu dans la Géhenne de la mort.
6 Pierre BUYOYA, cité par l'agence de presse REUTER, N° 219 PF0900526, du
mardi, 9/11/1993.
7 Jean Baptiste BAGAZA, cité par « LE CARREFOUR DES IDEES »N° 36, du 28
janvier 1994, lui-même relatant des propos parus dans "PANAFRIKA" N° 18. LE
CARREFOUR DES IDEES et PANAFRIKA sont des journaux paraissant à Bujumbura,
8 Si l'appellation "Front Patriotique Rwandais" fait a priori penser
à un front de patriotes, l'autre appelation, "Inkotanyi", sous
laquelle s'est présenté le même FPR, désigne la garde royale
des anciennes monarchies, et est loin d'évoquer un sentiment de simple
nostalgie.
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AGNEWS
2006