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 La guerre silencieuse se poursuit loin des regards

Les regroupements de populations hutues 
continuent, malgré les conditions de famine 
dans les camps. Les massacres aussi

La LIBRE BELGIQUE

24/03/97


Dissimulée aux regards étrangers par le fracas du conflit au Zaïre, la guerre silencieuse se poursuit au Burundi, où des populations paysannes hutues regroupées de force dans des camps sont frappées par la dénutrition et où les massacres continuent.

Depuis quelques mois (voir LLB 25 janvier 1997), le président Buyoya, misant tout sur l'option militaire, applique la tactique anti-guérilla américaine des "hameaux stratégiques". L'idée générale est de vider la mare où la guérilla vit comme un poisson dans l'eau, c'est-à-dire évacuer la population des zones de guerre.

SIGNES HORRIBLES

Cette stratégie rencontre toutefois un gros obstacle: en raison de l'embargo africain contre le Burundi, Bujumbura n'a pas les moyens de nourrir ses internés, chez lesquels des «signes horribles de malnutrition des enfants» ont été dénoncés par l'Onu...

Les organisations humanitaires, sollicitées, renâclent quant à elles à participer à la politique policière du major Buyoya. Début mars, le coordinateur des Nations unies pour la région des Grands lacs, Martin Griffith, a dénoncé le transfert par la force d'un demi-million de Burundais dans des camps de regroupement.

Selon l'opposition légale, Bujumbura essaie d'attirer à Kamenge, quartier populaire de Bujumbura aujourd'hui vidé de sa population, des Hutus actuellement regroupés à l'hôpital psychiatrique "Roi Khaled". Les autorités essaieraient de les convaincre d'accepter de se rendre à Kamenge contre la promesse de recevoir des tôles (destinées aux toits des maisons) et de pouvoir, dans les deux mois, rentrer chez eux, en province.

L'opposition légale soupçonne une manoeuvre, destinée à constituer un camp décent, «à faire visiter par les organismes internationaux. Pourquoi, autrement, devraient-ils passer par Kamenge, au lieu de rentrer directement chez eux, sur les collines, avec les tôles?".

Par ailleurs, mercredi 19 mars, après des attaques de «bandes armées», selon Bujumbura, 135 morts, 144 blessés et 305 maisons brûlées ont été enregistrés à Buganda, province de Cibitoke. L'opposition légale, elle, affirme -parlant des mêmes faits- que le 19 mars "au moins 500 personnes" regroupées de force dans les camps de Ruhagarika, Kaburantwa et Gasenyi, près de Buganda, «ont été massacrés par des membres de l'armée gouvernementale".

Le 19 mars encore, quelque 40 cadavres non identifiés ont été découverts à Kanyosha (10 km au sud de la capitale); ils y auraient été amenés, selon un témoin cité par l'AFP, par un camion militaire dans la nuit du vendredi au samedi précédent. De source officielle, des combats entre rebelles hutus et militaires (essentiellement tutsis) avaient fait 52 morts ce vendredi. Mais pourquoi les dissimuler si ce sont ceux-là ?

SUICIDE

L'opposition légale affirme aussi que des listes ont été constituées, regroupant les noms de personnes ayant des parents à l'étranger. «Ces gens sont amenés aux positions militaires, où ils disparaissent. Certains Hutus ayant des parents à l'étranger en dénoncent d'autres, pour être épargnés. Le 29 janvier, 67 personnes de la colline de Gishubi (dont 24 femmes, 9 femmes âgées et dix vieillards) ont été rassemblées à la paroisse de Mubuga, conduites à la position militaire de Remera et tuées. Le 4 février, des personnes qui se croyaient innocentes ont été conduites à la position militaire de Campazi (centre) où elles ont été tuées. Le 5 février, un homme de 65 ans, Apollinaire Shubije, de la colline de Nkonge (commune de Muruta), s'est suicidé par peur de mourir sous la torture, après avoir appris que son nom figurait sur une de ces listes».

Marie-France CROS.

@AGNews 2002