25 000 morts, autant de
blessés, autant de réfugiés... Tout cela en
quelques jours... On se
croit revenu en 1972, au temps où le Burundi
connut l'horrible génocide qui lit 300.000 morts et plus de
200.000 réfugiés. Le retour des massacres était, hélas, prévisible.
Et la même menace pèse sur l'avenir... Dans deux ans ? Dans cinq ans ?...
L'horreur du drame du Burundi est
que le génocide qui frappe l'ethnie
majoritaire y est latent depuis 30 ans !
Quand vint, il y a 30 ans,
la fin du mandat de tutelle
belge, le Burundi vivait sous une monarchie féodale.
L'organisation politique et militaire
y était aux seules mains de l'ethnie
Tutsi (14 % de la population),
pasteurs d'origine nilotique qui étaient
venus, il y a siècles, réduire au servage la population Hutu d'origine
bantoue (84 %) ainsi que les Twas (l
%) d'origine pygmoïde.
La Belgique qui avait tenté
d'instaurer la démocratie en organisant ,
en 1960,des élections. Nés en quelques mois, dix partis présentèrent
des candidats. Le PDC, favori des Belges, animé
par les princes royaux adversaires de la famille régnante, fut vainqueur.
Mais sous la pression de l'Uprona, parti du Prince Rwagasore, fils du
Mwami, l'ONU vint organiser en 1961 de nouvelles élections. L'Uprona
gagna mais le Prince fut assassiné le lendemain.
Un long martyrologe
On pourrait dire qu'ici
commence le long martyrologe de l'ethnie hutu. En effet, bien que la
Sûreté belge devait découvrir, quelques mois plus tard, que les
responsables de l'assassinat (exécuté par un Grec) étaient les chefs du
PDC, des syndicalistes Hutus en avaient été accusés et
exécutés sans procès, et déjà un exode de Hutus
avait commencé. Les exactions ne
devaient plus cesser.
Lors des élections de 1963 les Hutus présents sur les listes de l'Uprona obtinrent pourtant la majorité et le Premier Ministre fut un Hutu mais il fut assassiné en 1965. Son successeur, hutu aussi, fut révoqué 3 mois plus tard et assassiné par la suite. De nouvelles élections eurent lieu mais le Parlement ne
fut pas reconnu par le Mwami qui. nomma un Premier Ministre Tutsi.
D'octobre ' 65 à janvier ' 67 on assista alors à l'élimination physique des leaders hutus: ministres, députés, fonctionnaires.
Le départ du Mwami, fatigué des tensions, laissa, de fait, le pouvoir au Colonel Micombero, secrétaire
d'État à la Défense nationale qui, après avoir appelé le jeune fils du Mwarni,
Ntares V, à la royauté, l'élimina 3 mois plus tard et proclama la République. Le pouvoir était désormais aux mains d'un troisième clan Tutsi qui élimina les Hutus de la politique, de l'Administration, de l'armée, et même des cadres communaux.
Pendant les années qui suivirent, des élections successives amenèrent de nombreux Hutus au parlement et même au gouvernement mais ils furent tous éliminés.
Ce n'était pas suffisant. En 1969 de nombreux Hutus furent, sous
prétexte de complot, emprisonnés, exécutés. Et vint un nouvel exode.
1972: l'élimination radicale
Après 3 ans de tensions, marquées par des emprisonnements et des assassinats, on en arrivera à
l'effroyable génocide de 1972 connu par les Hutus sous le nom de « Plan
Symbananye », le nom d'un Ministre influent de l'époque et aujourd'hui encore
conseiller du Président Buyoya. Ce plan visait à éliminer tous les Hutus
" qui savaient lire et écrire". Il fit en quelques mois 300.000 morts et plus
de 200.000 réfugiés. A la suite du scandale mondial créé par ces massacres, des
pressions internationales, le Colonel Bagaza, exila Micombero et prit le pouvoir.
Débarrassé de l'opposition Hutu par son prédécesseur, le nouveau président joua le pacificateur mais suivit la même politiques marquée par des emprisonnements et des exécutions discrètes de personnalités Hutus sortant de la nouvelle génération. Il en venait en effet, grâce notamment aux écoles primaires. et à l'action
missionnaire qui organisait l'alphabétisation et formait des communautés de base, des coopératives et autres groupements de développement.
Bagaza y décela un autre danger de montée des masses et expulsa les missionnaires. «Nous ne
voulons pas, devait dire l'Ambassadeur du Burundi en Belgique, lors d'une conférence de presse, faire l'expérience de la théologie de la libération »...
L'opinion internationale s'émut à nouveau et, avec l'appui, semble-t-il, de la France, le Colonel Bagaza fut évincé par le Colonel Buyoya. Il eut beau jeu de critiquer son prédécesseur tout en jouissant à nouveau des fruits du
"nettoyage" opéré par celui-ci dans la population hutu réduite à des conditions de non-développement.
Mais l'histoire continue... Les familles hutus, dont la plupart ont perdu, au cours des années. un ou plusieurs membres, supportent de plus en plus difficilement le joug. Et le pouvoir sent à nouveau le danger que représente cette majorité.