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Les camps de regroupements forcés au Burundi: un cas de crime contre l’humanité ?

Réflexion à une meilleure compréhension de la notion de « crime contre l’humanité »

      

 

Par E. MIHIGO

 

Bruxelles, Juin 2002

 


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A. Présentation générale

B. Eléments de contextualisation

C. Chronologie des faits

D. Les camps de regroupements forcés au Burundi sont-ils constitutifs d’ « un crime cotre l’humanité » en droits

E. Réflexion à une meilleure compréhension de la notion de « crime contre l’humanité »

Les inégalités sociales comme fondement de la société traditionnelle burundaise et l’absence d’ « une citoyenneté partagée » comme matrice des crimes contre l’humanité

 

 


A. Prés

 

« Il est évident que, dans un débat, il faut montrer  que le fait est ou n’est pas, ou bien a été ou n’a pas été, et ne pas sortir de là. Est-ce un fait de grande ou de faible importance, juste ou injuste, voilà autant de points que le législateur n’a pas déterminés, il appartient au juge lui-même de les connaître, et ce n’est pas des parties en cause qu’il doit les apprendre. » [1]

 

 

 

A. Présentation générale | MENU 

 

1. ARISTOTE l’aura si bien dit : Il n’appartient pas aux parties en cause de déterminer la véracité des faits incriminés.  Au sujet du conflit burundais actuel, deux questions fondamentales ont été occultées, à savoir celle de la reconnaissance de la qualité des belligérants et, corrélativement, celle de la responsabilité des opérations et de leurs effets. Pendant longtemps en effet, le Major BUYOYA et son armée ont refusé de reconnaître l’existence d’un conflit armé au Burundi qui oppose les éléments de ce d’aucun appelle « l’Armée Mono ethnique Tutsie » [2] en rébellion contre la démocratie (AMT) à des groupes armés organisés, constitués essentiellement d’éléments hutus. Les autorités de Bujumbura parlaient de façon à minimiser la situation et à dénigrer leurs adversaires aux yeux de l’opinion, de « bandes armées », de « rebelles », d’ « assaillants », d’ « extrémistes hutu », de « génocidaires ». Mais pour qui connaît un tant soit peu la réalité sociologique burundaise, ce discours de diabolisation n’était qu’une propagande de mauvais aloi, au service d’une oligarchie militaro-civile, qui illustre la situation que décriait il y a peu M. Nelson MANDELA [3] .

2. Ce refus d’utiliser le nom de « combattants », ou de « groupes armés organisés », portait à appliquer des mesures répressives extraordinaires permettant aux éléments de l’AMT de suspendre les garanties judiciaires habituelles en droit commun. Pendant longtemps, la logique de culpabilité unilatérale et de témoignage à sens unique a fait que ce soit le pouvoir de Bujumbura qui détermine qui est assaillant et qui ne l’est pas, qui est rebelle et qui ne l’est pas. Cet arbitrage laissé à la discrétion d’une armée au service d’un régime de domination d’une ethnie sur une autre a aggravé la situation des populations civiles, tout en permettant aux autorités de Bujumbura de continuer à nier les faits.

3. La reconnaissance d’une situation de conflit armé aurait conduit le Major BUYOYA et son armée à reconnaître la qualité de belligérants à ceux que qu’ils continuent d’appeler « rebelles », en oubliant de poser ou de se poser la question, et selon « la théorie de la légitimité des intérêts protégés » [4] , de savoir « qui est rebelle et à quoi ?». Même si cette reconnaissance aurait renforcé la position des groupes armés opposés au pouvoir de Bujumbura, en leur conférant une personnalité internationale mieux affirmée, il en aurait surtout découlé des obligations, notamment celles pour les différents belligérants de se conformer au prescrit de l’article 3 commun aux Conventions de Genève du 12 août 1949, portant sur la protection des populations civiles. Il n’est donc pas étonnant que pendant ce conflit armé qui va bientôt durer neuf ans, « les affrontements qui ont eu lieu dans le pays entre l’armée burundaise et les « bandes armées » n’entraînent quasi jamais de prisonniers et très peu de blessés » [5] , comme le déplorait M. Paulo Sérgio PINHEIRO, Rapporteur spécial des Nations Unies sur le situation des droits de l’homme au Burundi.

4. En effet, l’article 3, commun aux Conventions de Genève du 12 août 1949, n’établit pas un statut spécifique de « combattants » dans les conflits armés non internationaux. Aucune disposition ne précise sans équivoque qui peut être considéré comme combattant en cours de conflit. Seuls sont définis les non combattants, « des personnes ne participant par directement aux hostilités, y compris les membres des forces armées ayant déposé les armes et les personnes qui ont  été mises hors de combat par maladie, blessure, … ». De là la difficulté qu’ont rencontrée les mouvements armés, tels que le CNDD-FDD et le PALIPEHUTU-FNL, quand leurs éléments se battent avec une armée déboussolée, qui joue sans cesse dangereusement avec les normes de la guerre, celles du ius in bello. 

 

5.Néanmoins, et comme l’a si bien relevé le Représentant du Secrétaire général des Nations Unies sur les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, M. Francis DENG, dans son rapport du 28 novembre 1994, « D’après le commentaire des conventions de Genève / Comité international de la Croix-Rouge (1958), p. 36./, il faut admettre qu'en règle générale, les conflits visés à l'article 3 "sont des conflits armés caractérisés par des hostilités mettant aux prises des forces armées." Le commentaire fait également état d'un certain nombre d'autres critères, comme l'existence d'un parti en révolte doté d'une force militaire organisée et d'une autorité responsable de ses actes, auxquels le gouvernement légitime doit réagir en faisant appel à ses forces militaires régulières. Certains des événements qui ont eu lieu au Burundi paraissent incontestablement relever de cette disposition». [6]

6.Dans leur stratégie de vulgarisation du mensonge et de maquillage de la vérité, dans ce que le Prof. Jean NZISABIRA a appelé « l’inversion des rôles par une mascarade politico-idéologique doublée d’une manipulation criminelle » [7] , le gouvernement du Major BUYOYA et son armée n’ont cessé de nier les crimes qui ont émaillé ce conflit armé depuis 1994.  "Ayant une mainmise  sur les services de sécurité intérieure, la police judiciaire, les médias et la diplomatie, les régimes militaires tutsi qui s’y sont succédés ont systématiquement évité tout traitement judiciaire indépendant, tout comme ils ont systématiquement exclu, contrarié ou « acheté » toute enquête internationale, qui eut permis d’établir dans chaque cas les responsabilités en toute transparence, de façon à conjurer l’impunité et la répétition perpétuelle du drame » [8] . Ces crimes ont pris de l’ampleur depuis que le haut commandement de l’armée, appuyé par l’administration territoriale et la milice paramilitaire « Gardiens de la paix », a décidé d’ériger sur l’ensemble du territoire une multitude de « camps de regroupements forcés » ou, comme les appelle Ettore MALANCA, « camps d’enfermement » [9] des populations hutues. Mais comme l’écrit Michel DOBKINE, «Le crime contre l’humanité présente la singularité d’être un crime nié». [10]

7. Cette singularité se retrouve dans la controverse qui a opposé les officiels burundais, le gouvernement et l’AMT, d’une part, et de l’autre, certaines voix qui contestent la violation des droits de l’homme au Burundi. Comme le note Ijambo/Les quatre vérités d’avril/mai 1997, « l’évidence des faits, constaté plus tard par nombre d’observateurs étrangers, a amené les officiels burundais à tenter de justifier l’existence de ces camps, qu’ils appellent pudiquement « camps de regroupement », par le souci de protéger la population contre la « guérilla hutu » qui s’infiltre parmi les paysans. » [11]   Certains milieux de l’opposition et plusieurs organisations humanitaires ont dénoncé quant à eux ce qu’ils considèrent comme étant des « camps de concentration de type Nazi » tandis que d’autres parlent de « camps d’enfermement » [12] .

 

 

 

B. Eléments de contextualisation| MENU 

 

 

8. Il y aura trente ans, « l’Etat-bandit et l’ordre public assassin », pour reprendre l’expression du Prof. TRAININE [13] , sous la haute direction de l’Armée et du Parti-Etat UPRONA du Colonel Michel MICOMBERO,  déclenchait le 29 avril 1972 un génocide contre les populations hutues, décimant, en très peu de temps, plus de 300.000 personnes. A l’époque, des voix se sont élevées, comme celle de MM. Kurt WALDHEIM, Secrétaire général de l’ONU, et celle de M. Gaston EYSKENS, Ministre belge des Affaires Etrangères, pour qualifier cette tragédie de génocide [14] . En 1985, le rapport du Conseil Economique et social des Nations Unies, Commission des Droits de l’Homme, Sous-commission de la lutte contre les mesures discriminatoires et de la protection des minorités, portant « Examen des faits nouveaux intervenus dans les domaines qui ont déjà fait l’objet d’une étude ou d’une enquête de la part de la Sous-commission , Version révisée et mise à jour de l’Etude sur la question de la prévention et de la répression du crime de génocide établie par M. B. WHITAKER », citant le Rapport n° 20 de Minority Rights Group présenté par le Prof. René LEMARCHAND [15] ,  donne à plusieurs reprises comme exemple de génocide le cas des massacres des Hutus par les Tutsis au Burundi en 1965 et en 1972 [16] . Très récemment encore, Mme Susan RICE, Secrétaire d’Etat adjointe chargée des affaires africaines, reconnaissait devant la sous-commission sénatoriale des affaires africaines du Sénat américain, le 8 juin 1999, qu’ « En 1972, quelques 150.000 Hutus burundais ont été victimes d’un génocide.. » [17] Dix sept ans ont passé après le génocide de 1972, les criminels sont devenus récidivistes, et ils ont même trouvé dans l’impunité matière à encouragement, comme le disait si bien M. B. WHITHAKER [18] . En effet si les auteurs de ce génocide des Hutus du Burundi avaient été jugés, le Burundi n’en serait peut être pas aux camps de regroupements forcés.

9. Ceux-ci s’inscrivent dans le cadre général du conflit qui oppose les mouvements armés à l’armée gouvernementale que certains n’hésitent pas à qualifier d’ « Armée Mono ethnique Tutsi en rébellion contre la démocratie » depuis l’assassinat, dans le coup d’Etat du 21 octobre 1993 [19] , de Melchior NDADAYE, premier Président Hutu élu, et corrélativement l’éviction du FRODEBU (Front pour la Démocratie au Burundi), parti vainqueur des élections de juin/juillet 1993. Il s’agit en l’occurrence du CNDD-FDD (Conseil National pour la Défense de la Démocratie-Force pour la Défense de la Démocratie) et le FNL-PALIPEHUTU (Front National de Libération-Parti pour la Libération du Peuple Hutu). Le premier est né en septembre 1994 au lendemain de ce coup d’Etat, et en réaction de la fameuse « Convention de Gouvernement » du 10  septembre 1994 [20] , en vue d’organiser la résistance spontanée de la population qui avait suivi la décapitation des institutions démocratiques. Le second par contre existe dans les milieux de réfugiés depuis les années 80. Ces deux mouvements politico-militaires se sont donnés pour objectif de contraindre l’Armée Mono ethnique Tutsi en rébellion contre la démocratie à regagner les casernes et à restituer les acquis des élections de juin/juillet 1993 par un retour à la légalité constitutionnelle et à un régime démocratique.

10. Ces camps se situent dans la continuité d’une politique de « nettoyage ethnique » initiée dés 1994 dans les faubourgs de  Bujumbura à prédominance hutu, tels que Kamenge, Kinama. Cette politique s’est opérée insidieusement sous couvert d’opérations de désarmement des civils hutus en arme mais qui, en réalité,  visaient à séparer et à polariser les deux principaux groupes ethniques et d’empêcher leur coexistence pacifique entre eux comme l’indique M. Bacre Waly NDIAYE, Rapporteur spécial des Nations Unies sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, dans son rapport du 24 juillet 1996 [21] . Ce lent processus d’épuration ethnique, qui a affecté la population hutue de la capitale, s’est ensuite étendu peu à peu à l’ensemble des chefs-lieux et principaux centres urbains des provinces avec la complicité des autorités publiques [22] avant de gagner les campagnes sous formes de regroupements forcés et de mis à sac des collines [23] .

11. La généralisation de l’offensive et l’organisation d’une administration parallèle dans bon nombre de provinces du pays en 1995 et 1996 par le CNDD-FDD, d’une part, et l’implantation du FNL-PALIPEHUTU dans Bujumbura-rural, d’autre part, ont fait craindre à l’armée et à l’administration la perte du contrôle de la population, qui devenait de plus en plus acquise à la cause de ces mouvements. A la faveur des assassinats politiques, l’armée a renforcé la mainmise des militaires notamment à travers la nomination des officiers de l’armée au poste de gouverneurs dans les provinces où les gouverneurs civils, issus des Forces de changement démocratique, avaient été assassinés tels que ceux de Cibitoke, Gitega, Karuzi, Ngozi et Bujumbura-rural. Ce sont ces gouverneurs militaires qui ont mis en œuvre le programme visant à soumettre la population hutue accusée de complicité avec les mouvements rebelles.  Ce programme de nettoyage ethnique s’inscrit néanmoins dans un mouvement généralisé de violation massive des droits de l’homme, dans ce que Human Rights Watch a appelé « une guerre contre le peuple » [24] et que Amnesty International a nommé « Atteintes aux droits humains sur fond d’insurrection et de contre-insurrection  [25] » .

 

 

 

 

C. Chronologie des faits| MENU 

 

 

12. Le premier programme de regroupement forcé à proprement parler fut lancé en février 1996 par le Gouverneur militaire de Karuzi, le Lt Col Gabriel GUNUNGU [26] . Plus de cent mille hutu furent contraints par la violence à quitter leurs villages respectifs pour être regroupés dans des camps. D’après Human Rights Watch, le gouvernement a élargi ce programme de regroupement forcé au cours des mois qui ont suivi le coup d’Etat qui a ramené par voie des armes le Major Pierre BUYOYA, le 25 juillet 1996, et l’a étendu aux provinces de Kayanza, Muramvya, Bubanza, Cibitoke, Bururi et Bujumbura Rural en y créant de nouveaux camps de regroupement entre septembre 1996 et mars 1997 [27] . Sous la pression des observateurs étrangers, et l’ampleur du phénomène, les autorités burundaises, qui avaient commencé par nier l’existence de tels camps, ont fini par reconnaître les faits tout en cherchant néanmoins à les justifier ou à les débaptiser pour en atténuer la gravité. C’est ainsi qu’ils disaient, à qui voulait les entendre, que « ces camps répondaient au souci de protéger la population civile contre la « guérilla hutu » qui s’infiltre parmi les paysans». Mais personne n’était dupe de telles allégations dont le cynisme a fini par s’étaler au grand jour. L’homme qui s’était emparé du pouvoir à Bujumbura à la faveur d’un coup d’Etat avait prétendu qu’il cherchait à mettre fin au conflit et à ramener la paix au Burundi. Mais tout ce qu’il a réussi, c’est de transformer le territoire burundais en une multitude de camps de regroupements forcés de la population rurale composée majoritairement de Hutus [28] .

13. Alors que dans son rapport  du 26 février 1996, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme au Burundi, le Prof. Paulo Sérgio PINHEIRO, indiquait sur la question d’un probable génocide au Burundi qu’il serait plus approprié de parler d’un génocide au  « compte-gouttes » [29] , il  précise dans son rapport intérimaire du 7 octobre 1996 que celui-ci se fait sur fond d’un « coup d’Etat rampant » [30] en précisant que les deux processus interviennent tant sur la scène politique que dans le cadre de pratiques discriminatoires de la minorité tutsi à l’encontre de la majorité hutu. Dans ce dernier rapport, le Rapporteur spécial tire une sonnette d’alarme  quand il écrit que « l’évolution de la situation des droits de l’homme au Burundi  s’est avérée catastrophique avec son cortège ininterrompu d’assassinats ciblés, d’arrestations arbitraires ou de disparitions forcées, d’actes de pillage ou de banditisme et de destruction de biens privés ». Il a attiré au passage l’attention sur le fait que  « même si la responsabilité des actes de violence réciproques et répétés incombait tout autant à l’une ou l’autre des deux communautés tutsies et hutues, l’Etat burundais et ses forces armées détenaient une très lourde responsabilité dans l’accomplissement de ces actes, et en particulier dans les massacres de populations civiles qui avaient été nombreux au cours de cette période.» [31] . A cette occasion, le Rapporteur spécial a rappelé l’obligation qu’ont les autorités de facto, et par conséquent l’armée burundaise, de mettre en œuvre les principaux instruments internationaux des droits de l’homme que le Burundi a ratifié et d’empêcher que des atrocités soient commises par des militaires  ou par de simples citoyens [32] , tout en indiquant qu’« il serait injuste  de traiter sur le même pied un Etat ayant ratifié les principaux instruments internationaux des droits de l’homme et du droit international humanitaire et des groupes rebelles, quelle que soit la part prise par ceux-ci aux violence » [33] .

14. Dès janvier 1997, les médias se sont saisis du problème des camps de regroupements forcés des populations hutues. La Libre Belgique du 25-26 janvier 1997, sous la plume de Marie-France CROSS, parle d’ « Echec politique du président Buyoya » au point qu’ « il mise tout sur le militaire et applique la tactique des « hameaux stratégiques », qui avait cependant échoué contre la guérilla au Vietnam et au Guatemala » [34] . Selon une source de l’opposition citée par ce journal, « celui qui refuse d’y aller est tué et de toute manière les maisons des paysans sont brûlées. Il s’agit de regrouper la population le long des routes, afin de mieux la surveiller. Empêchés de travailler aux champs, les paysans souffrent de nutrition et de diverses maladies. La TV burundaise les filme en attribuant leur état à l’embargo, mais l’embargo affecte peu les paysans qui vivent de leurs cultures et n’achètent que le sel et l’huile ». Selon le gouvernement, cité par le même journal, « ces camps de regroupement servent à protéger la population dans les zones où il y a une forte présence de la guérilla parce que, celle-ci se cachant dans la population, le risque de ne pas distinguer les civils innocents des assaillants est grand » [35] . En principe, reconnaît le gouvernement, on devrait leur venir en aide en leur procurant de la nourriture, des médicaments et des bâches en plastique, mais nous avons des problèmes de coordination avec les humanitaires dont l’aide arrive au compte-gouttes à cause de l’embargo » [36] . Et Marie-France CROSS de commenter : « A bien y regarder, ces camps ressemblent comme deux gouttes d’eau aux des ‘hameaux stratégiques’ de la lutte anti-guérilla adoptée par les Américains au Vietnam puis par l’armée guatémaltèque, sur conseil des américains, dans sa lutte contre la guérilla à partir des années 80. L’idée générale est de vider l’eau de la marre où la guérilla survit comme un poisson, c’est-à-dire évacuer la population des zones de guerre ; l’étape suivante, dans cette stratégie, consiste à obliger les paysans regroupés contre leur gré à participer à des patrouilles anti-guérilla puis à en faire des milices pro gouvernementales» [37]

 

15. L’embargo imposé par les Chefs d’Etats de la sous région au régime de Bujumbura au lendemain du coup d’Etat du 25 juillet 1996 aurait durci les Tutsi dans leur préoccupation sécuritaire et sert désormais à justifier les effets néfastes de cette funeste politique de regroupements. Dans sa livraison du 10 février 1997, Colette BRACKMAN du journal Le Soir écrit à ce sujet que « Le souci sécuritaire se traduit aussi par une politique de villagéisation forcée : dans des collines, des populations entières, surtout hutues, sont rassemblées par les militaires dans des camps de regroupement. L’armée assure qu’elle tente ainsi de protéger les villageois de tout contact avec la guérilla hutue qui s’infiltre parmi les paysans, les obligeant à fournir des vivres et des abris. En réalité ces camps, qui rompent avec l’habitat dispersé typique du Burundi et du Rwanda, ressemblent plutôt aux hameaux stratégiques dans lesquels les Américains cantonnaient la population vietnamienne ou aux villages protégés dans lesquels l’armée enfermait naguère les indiens du Guatemala… » [38] .

16. Dans son deuxième rapport sur la situation des droits de l’homme au Burundi devant la Commission des droits de l’homme des Nations Unies, le Rapporteur spécial, M. Paulo Sérgio PINHEIRO, indique que suite aux difficultés rencontrées par l’armée pour localiser ou s’emparer des rebelles, le gouvernement de transition du Major Buyoya a adopté une  nouvelle stratégie visant à identifier les rebelles et à les couper de leurs bases d’approvisionnement, en regroupant par la force les populations des collines [39] . En dépit des déclarations de paix et d’ouverture aux négociations, cette mesure s’inscrit dans une série de décisions politiques prises par ce même gouvernement, dans ce que le Prof. Paulo Sérgio PINHEIRO a appelé « une logique de guerre » [40] à laquelle il oppose « la logique de paix » [41] . Des collines des provinces de Karuzi, de Bubanza, de Cibitoke et de Ruyigi ont été ainsi vidées de leurs populations.  Dans son Additif du 7 mars 1997, le Rapporteur spécial revient sur cette logique de guerre pour stigmatiser la politique systématique de regroupements des populations rurales au moyen d’une stratégie de « villagéisation » forcée, soulignant au passage que dans d’autres cas historiques, celle-ci a montré ses faiblesses et les souffrances qu’elle inflige aux populations concernée [42] .

17. Suite à des regroupement forcés auxquels le gouvernement burundais avait procédé dans d’autres provinces, le Comité interorganisations des Nations Unies avait adopté une politique que M. Martin GRIFFITHS, Coordinateur Humanitaire des Nations Unies pour la Région des Grands Lacs, avait adressée à M. AKASHI, Coordonnateur des secours d’urgence, dans un mémorandum du 22 février 1997. Dans cette politique, le Comité permanent interorganisations dénonçait  l’action gouvernementale en matière des regroupements forcés tout en approuvant l’octroi par la communauté internationale, d’une assistance limitée aux « besoins de la survie » en vue de ne pas encourager la création de structures permanentes sur les sites de regroupement [43] . Au mois de mars 1997, Martin GRIFFITHS  est revenu sur cette politique de regroupement en la qualifiant de « politique inquiétante à laquelle la communauté internationale devrait être radicalement opposée » [44] et il a clairement indiqué que les organisations humanitaires « ne souhaitent en aucune façon être complices d’une politique inspirée par des mesures policières [45]

18. Le 7 mars 1997, les agences de presses AFP et REUTER chiffraient à 500.000 le nombre de Burundais qui étaient arrachés de leurs champs et transférés de force dans ces camps, où des conditions de vie inhumaines leur étaient infligées. Dans sa livraison du 24 mars,  La Libre Belgique revient sur les faits en ajoutant qu’un de ces camps venait d’être érigé à Bujumbura même, près de l’hôpital Roi Khaled dans le quartier de Kamenge. Il s’agirait, dit Marie-France CROSS, d’ « un camps décent destiné à faire visiter par les organismes internationaux » en vue de masquer les intentions criminelles de « déracinement » et de « liquidation ». [46] Au cours des mois qui ont suivi, d’autres voies se sont élevées contre cette politique  de regroupements forcés. Mais déjà le 21 mars, et consécutivement à ses rapports antérieurs, le Rapporteur spécial de l’ONU sur le Burundi, le Prof. Paolo Sérgio PINHEIRO, déclarait devant la Commission des droits de l’homme réunie à Genève au sujet des intentions affichées par le régime de BUYOYA de négocier une sortie de la crise avec l’opposition que « les décisions politiques concrètes de ce même gouvernement paraissent au contraire inspirées par une logique de guerre ». Il sera repris par Le Soir [47] , sous la plume de Collette BRACKMAN, et Stephen SMITH de Libération [48] .

19. Selon Stephen SMITH de Libération, les populations ne se regroupent pas sur base volontaire, en quête de protection, comme le prétendent les officiels de Bujumbura, mais sont « ramassées » par l’armée burundaise, composée presque exclusivement de Tutsis, et il ajoute : « S’il est incontestable que la guérilla des Forces de défense de la démocratie (FDD), l’opposition armée hutue, commet également des exactions à l’encontre d’une population civile prise en otage des deux côtés, l’armée contraint les paysans hutus de quitter leurs collines. A défaut, ils sont considérés comme « rebelles » et risquent d’être abattus à vue. [49]  » Le même journaliste continue en indiquant  qu’une partie de ces populations ainsi regroupées est utilisée à des travaux forcés de destruction et de reconstructions : « A Karuzi, outre pour la réfection des routes et des ponts, la population des camps est utilisée pour brûler les champs afin de « faciliter les opérations militaires », voire pour détruire ses propres maisons. Dans la même province, parallèlement à ces destructions, un programme de reconstruction de maisons – financé à part égale  par le gouvernement et le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) – est en cours pour des déplacés tutsi ». [50] Selon un rapport d’un ONG qui  a requis l’anonymat, « ce mouvement de réinstallation des populations tutsies dans les collines, concomitant du déplacement massif des populations hutues, peut laisser craindre une stratégie de « recomposition du paysage ethnique » au Burundi. » [51]

20. Cette politique de réinstallation forcée et de recomposition du paysage ethnique burundais a fait l’objet d’un rapport de condamnation de la part d’Amnesty International du 15 juillet 1997 [52] . Dans ce rapport, cet organisme international de défense des droits de l’homme dénonce une nouvelle fois cette politique regroupement du gouvernement de Bujumbura. Il accuse les autorités burundaises d’avoir contraint des centaines de milliers de civils à quitter leur lieu d’habitation pour aller vivre dans des camps, créant ainsi une nouvelle catégorie de personnes déplacées désignées par le terme de « regroupés ». Cette terrible mesure, indique Amnesty International, a entraîné le massacre de centaines de personnes, hommes, femmes et enfants. Malgré les allégations des autorités burundaises qui affirment qu ces camps ont été établis en vue d’assurer la sécurité de la population civile, sur une base volontaire et de manière non discriminatoire et temporaire, Amnesty International démontre qu’il n’en est rien. Cette politique de regroupement, qui pourrait en partie être motivée par un désir de vengeance ou de sanction collective, de la part d’une ethnie à l’encontre d’une autre, a déclaré Amnesty international, touche essentiellement l’ethnie hutu. Et, selon toute vraisemblance, ces camps feraient partie d’une stratégie militaire à long terme de réinstallation forcée, destinée à priver de tout soutien  de la population les groupes rebelles hutu. « Les regroupements ont de facto crée des zones considérées comme militaires où les autorités légitiment les atteintes aux droits de l’homme, et notamment au droit à la vie. En tant que telle, la politique de réinstallation forcée est en infraction avec les normes internationale matière des droits de l’homme et avec la législation internationale humanitaire… .»   Quand les hutu ne sont pas rassemblés dans des camps, où les conditions de vie effroyables mettent leur  vie en danger, ils risquent d’être abattus par les militaires, a-t-il ajouté. Amnesty International a rappelé au passage, en faisant référence à un rapport publié au mois d’août 1996 intitulé Burundi : Les dirigeants changent mais les atteintes aux droits de l’homme continuent avec la même intensité [53] , que ces regroupements s’inscrivent dans une longue tradition de violations des droits de l’homme par l’armée burundaise.  

21. Au cours du mois de mai 1997, d’autres voies se sont mobilisées pour s’opposer à la politique concentrationnaire du gouvernement de facto de Bujumbura. Ainsi que l’écrit Human Rights Watch, les Etats-Unis ont joué un rôle important dans l’organisation de cette opposition [54] . Les Américains ont condamné le regroupement et refusé d’apporter un soutien à ce qu’ils qualifient de stratégie purement militaire. Dans la pratique, cette position s’est traduite par un refus de financer le développement des infrastructures des camps qui pourrait les encourager à devenir permanent. L’administrateur de USAID, Brian ATWOOD, et la Commissaire européenne Emma BONINO ont publié une déclaration conjointe qui notifiait que ‘L’Agence américaine pour le développement international (USAID) et l’Office humanitaire de la Communauté européenne (ECHO) déplorent la politique actuelle de regroupement appliquée au Burundi et les bouleversements qu’elle provoque dans la vie rurale’ » [55] . Le 9 avril 1997, le Département d’Etat américain, par la voix de son porte-parole, M. Nicholas BURNS, a de son côté estimé que « la politique de regroupements forcés du Gouvernement intérimaire auto-proclamé  du major Buyoya est extrêmement choquante ». L’administration américaine qualifie cette politique d’ « erreur évitable », qui « perturbe la vie rurale traditionnelle est fait courir à une population déjà vulnérable le risque de la violence, de la malnutrition et de maladies » et qui « transforme les paysans burundais en allocataires dépendants de la communauté internationale ». Prenant bonne note que le major Buyoya a décrit ces mesures comme provisoires, le Département d’Etat prévient qu’ « il surveillera la situation de près afin de s’assurer que cet engagement sera tenu ». Et après avoir mis plusieurs conditions à l’octroi d’une assistance humanitaire américaine, le porte-parole conclut que « Tant que tous les Burundais ne pourront pas rentrer librement dans leurs foyers et retrouver leurs terres, le Gouvernement américain tiendra le major Buyoya et son gouvernement pour responsable de vie des habitants des camps de regroupements ». [56] Il est néanmoins regrettable que les Etats-Unis et l’Union Européenne n’ont pas tiré conséquence de ces prises de position.

22. Le 30 mai 1997, le Conseil de sécurité de l’ONU s’est emparé de la question pour exiger au gouvernement de Bujumbura de « libérer les internés ». Les murs du mensonge et du maquillage de la vérité se lézardent, peut-on dire, et personne ne croit plus au prétexte allégué par les autorités du Burundi quant à l’objectif de « protéger les populations rurales contre la guérilla », comme l’indique La Libre Belgique du 18 juin 1997, et à la légitimité des moyens utilisé, à savoir le regroupement forcé des populations et la destruction de leurs maisons et de leurs biens. Alors que le 17 juin 1997 le Major BUYOYA recevait l’Envoyé spécial Américain, Richard BOGOSIAN, il lui concéda d’infléchir sa politique des regroupements forcés. Mais, il lui aurait dit que les personnes regroupées seraient autorisées à rentrer chez elles, là où les conditions de sécurité le permettent. Il en profita pour minimiser l’ampleur du phénomène en citant que le nombre des personnes internées se situait entre 15 à 20.000 personnes [57] . Au même moment les organisations humanitaires de l’ONU affichaient le chiffre de 574.000 de hutus vivant dans des camps de regroupés.  Au cours de cette période, le Département des Affaires Humanitaires (DHA) des Nations Unies révèlent que, suite aux multiples pressions exigeant le démantèlement des camps, le gouvernement de Bujumbura aurait l’intention de remplacer sa politique par une politique de construction de villages. Le DHA s’inquiétait du fait que, loin de permettre aux personnes internées de rentrer chez eux, le gouvernement cherchait à les reloger le long des routes. Le DHA en concluait que, pour le gouvernement, les critères militaires primaient par rapport aux considérations humanitaires [58] .

23. Au mois d’août 1997, le gouvernement du Major BUYOYA a annoncé que l’ONU ne pouvait plus enquêter sur la violation des droits de l’homme au Burundi et a demandé le remplacement du Rapporteur spécial Paolo Sérgio PINHEIRO, qui enquêtait depuis une année. Le gouvernement accuse Paulo Sérgio PINHEIRO d’avoir rédigé des rapports tronqués et partiaux. « Le Burundi imite ainsi le Congo démocratique de M. KABILA, qui a refusé la mission de Roberto GARRETON, Rapporteur spécial sur les massacres de réfugiés rwandais », écrivait Reuter cité par Le Monde du 2 août 1997. « Ses précédents rapports avaient dénoncé des massacres de civils par l’armée burundaise et la « logique militaire » du gouvernement issu du coup d’Etat. Après avoir cédé aux exigences  de la République démocratique du Congo, qui refusait la présence dans une commission d’enquête de Roberto GARRETON (auteur des rapports sur les tueries dans l’ex-Zaïre), l’ONU a créé dans la région un précédent qui pourrait être exploité par les régimes en délicatesse avec le respect des droits de l’homme. », pouvait-on encore lire dans Le Monde du 12 août 1997 [59] .

24. Dans son rapport intérimaire du 7 octobre 1997, portant sur la période allant du 15 avril au 31 août 1997, sur la situation des droits de l’homme au Burundi soumis à la Commission des droits de l’homme, le Rapporteur spécial M. Paulo Sérgio PINHEIRO parle d’une première opération de retour des populations regroupées vers leurs collines d’origine et de l’intention exprimée par les autorités du gouvernement de facto de démanteler les sites des regroupés avant le mois de septembre 1997 [60] . A la même occasion, le Rapporteur spécial évoque à son tour l’inquiétude de la communauté des organisations humanitaires présentes au Burundi de constater que la politique de regroupement des populations entamée par les autorités  ne débouche non sur le retour de ces populations à leurs collines d’origine, mais sur leur transfert et leur réinstallation le long de certains grands axes routiers du pays dans un effort de « villagéisation » forcée [61] . Dans ses observations, le Rapporteur parle des souffrances infligées aux populations par la politique de regroupement et les graves violations des droits de l’homme auxquelles elle conduit [62] avant de constater que par le maintien d’une politique de regroupement, et faute de disposer d’une véritable politique de réinsertion des population, le Gouvernement   contribue à accroître le fardeau de l’aide humanitaire, à fragiliser les populations regroupées dans des camps et à les rendre vulnérables [63] . Selon les estimations du gouvernement rapportées par Human Rights Watch, plus de 300.000 personnes vivaient dans des camps de regroupement en juillet 1997. Et bien que de nombreux camps aient été fermés par la suite, à Kayanza et Muramvya, le Département des Affaires Humanitaires de Nations Unies estimaient fin juin 1997 que 570.000 personnes, soit 10 % de la population du Burundi, vivaient dans des camps, dont plus de 220.000 dans des camps de regroupement [64] . Le régime BUYOYA a forcé des dizaines de milliers de civils qui vivaient dans des zones où opéraient les rebelles à se rendre dans des camps de regroupement et autres camps prévus à cet effet situés généralement autour de postes militaires. L'armée a alors effectué des opérations de "nettoyage" dans les campagnes, pillant et brûlant les habitations et tuant des milliers de civils non armés qui refusaient d'être transférés dans les camps, parmi lesquels bon nombre de femmes, d'enfants et de vieillards. Bien que certains camps aient été fermés au cours des derniers mois dans le nord du Burundi, d'autres camps continuent d'être créés dans le sud, déclarait Peter TAKIRAMBUDDE le 18 avril 1998 à New York [65] . En effet, fin de l’année 1997, de nouveau camps de regroupement étaient en phase de création dans la province de Bururi et Makamba malgré les multiples promesses de démantèlement de ceux qui existaient depuis février 1996.

25. À l’occasion du sommet de Dar es Salaam du mois d’août 1997, qui avait rassemblé tous les chefs d’Etat de la région des Grands Lacs, le médiateur Mwalimu Julius NYERE recommandait à son tour au Major BUYOYA de mettre un terme à cette politique. Lors de son passage à Bruxelles, le Premier Ministre, M. Firmin NDIMIRA, affirmait que ces camps allaient « fermer leurs portes avec la fin du mois d’octobre sauf pour la province de Karuzi où la fermeture aura lieu en décembre prochain » [66] . De son côté, le Président de l’Assemblée Nationale élargie, M. Léonce NGENDAKUMANA, rappela le 6 octobre 1997, à l’occasion de l’ouverture de la session ordinaire du Parlement élargi, que « La politique de regroupement des populations est une catastrophe humanitaire parce que les regroupés deviennent des proies faciles aux maladies endémiques dont des dizaines de milliers souffrent déjà. [67]  ». Mais l’on est surpris de constater qu’en dépit de toutes les promesses du gouvernement de facto et de tous ces cris d’alarme, les camps de regroupements forcés subsistent encore fin 1997 dans les zones où ils avaient été érigés. L’homme à propos duquel, dans son édition du 31 juillet au 6 août 1996, le journal Jeune Afrique  se demandait s’il avait la capacité d’apporter l’espoir, l’homme pour qui le Ministre Belge des Affaires Etrangères, Erik DERYCKE, disait « un putsch n’est jamais une bonne solution, mais la personnalité du major BUYOYA n’est pas la plus mauvaise, peut-être la plus acceptable, mais il faudra le juger sur ses actes », cet homme reste insensible aux souffrances infligées aux populations hutues. Un an après son coup d’Etat, le Major BUYOYA affirme que « Le pays est de manière globale sous contrôle. Et les principaux dangers sont écartés, à savoir l’insurrection généralisée, le génocide et la désintégration du pays » [68] .

26. Alors que tout porte à croire qu’il y a une politique de déplacement des populations tutsies [69] et une politique de regroupement des populations hutues, et que l’opposition et une partie de la communauté internationale reconnaissent qu’il y a des « camps de concentration » où sont entassés entre 500.000 et 1million de paysans hutus, le Major BUYOYA nie et parle d’une propagande entretenue autour de cette notion de « regroupé » : « Nous n’avons pas de politique de regroupés ou de « déplacés » s’insurge-t-il dans les colonnes de La Wallonie du 24 juillet 1997 [70] . De son côté, dans un entretien réalisé par Human Rights Watch, le Colonel Isaïe NIYIBIZI  reconnaît néanmoins que la regroupement avait été entrepris pour des besoins stratégiques : « Le regroupement est une stratégie militaire décidée au niveau national…C’est seulement un problème de sécurité » [71] . Le traitement différencié dont bénéficient les uns et les autres de la part des autorités militaires et de l’administration du Major BUYOYA, le mode opératoire [72] et les motivations qui fondent la décision dans un cas comme dans l’autre, corroborent plutôt la thèse d’une politique délibérée de déplacement des uns et de regroupement des autres sous couvert de mesures de protection et où «l’ethnicité a été le seul facteur déterminant » [73] .

27. Malgré le refus de l’ONU de céder aux pressions de Bujumbura, qui lui demandait le remplacement de Paulo Sérgio PINHEIRO accusé de partialité dans ses rapports [74] , celui-ci a dû être remplacé, victime d’un sérieux accident de voiture durant sa cinquième mission au Burundi, le 31 août 1998 [75] . Il a pu néanmoins rentrer un rapport intérimaire sur la situation des droits de l’homme au Burundi où il fait le point sur la situation des personnes déplacées, des populations regroupées et des réfugiés. Dans ce rapport apparaît la stratégie  déjà dénoncée par AMNESTY INTERNATIONAL [76] , qui consiste à fermer les principaux camps destinés à accueillir les personnes déplacées et les populations regroupées, et la mise en place de sites plus petits et décentralisés, situés à proximité d’avant-postes militaires. «Cette stratégie, écrit-il, doit permettre à l’armée de reprendre le contrôle du territoire et de maîtriser les mouvements de la population, tout en assurant plus efficacement la protection des habitants et en leur permettant de cultiver leurs terres durant la journée» [77] . Mais dans un rapport du 22 avril 1998, le FRANCISCAN INTERNATIONAL, organisation non gouvernementale dotée du statut consultatif général, fait remarquer qu’« une politique volontariste de l’habitat voudrait regrouper les gens sur de sites dictés par des stratégies guerrières ». Cette organisation continue en indiquant que « le comportement de certains administrations locales et de certaines positions militaires réduit la population à un véritable système d’esclavage et à un rançonnement organisé créant un climat de terreur et de fuite de la population masculin. Des cas de suicide ont même été signalés, montrant jusqu’où ce système peut conduire » [78] . Nous trouvons une illustration des violations subies dans ces camps de concentrations dans une lettre adressée au secrétaire général des Nations unies par des regroupés de la province de Bubanza le 17 avril 1998.

28. L’année 1998 aura été celle du reniement de la parole donnée de la part du Major BUYOYA et de son gouvernement. L’armée et l’administration ont poursuivi leur politique de regroupements forcés des populations hutues. L’AFP du 1er mai 1998 rapporte que les autorités du Nord-ouest du Burundi ont regroupé plus de 80.000 civils dans des camps « pour éviter la collaboration avec les bandes armées ». Les administrateurs de Bubanza, Michel NDIHOKUBWAYO, et celui de Musigati, l’Adjudant Hyacinthe NYAGUFI, déclaraient qu’ils avaient regroupé entre 60.000 et 62.000 civils dans des sites à Bubanza et 19.203 dans les camps de Musigati. Ils ont affirmé néanmoins que la situation sécuritaire des deux communes s’était nettement « amélioré ». Pourtant, selon un agent de la caritas cité par l’AFP, « la vie dans les camps de regroupés de Bubanza est plus critique, le nombre de morts pourrait atteindre 25 par jour. »

29. Au cours de ce mois de mai, BURUNDI-BUREAU, dans son communiqué de presse n° 165 du 08/05/1998, faisait apparaître à son tour un phénomène nouveau lié à la politique des camps de déplacés et des camps de regroupements. Il s’agit d’une forme d’esclavage qui est entrain de s’installer au Burundi par le truchement des parodies de justice arrangées entre les autorités locales et les chefs des positions militaires proches des camps de déplacés et des camps de regroupement, à l’issue desquelles des terres et des biens des hutus sont vendus à des prix  forfaitaires et dérisoires soit disant pour payer des biens des tutsis volés ou détruits au cours des violences qui ont suivi l’assassinat du président NDADAYE en octobre 1993. A défaut de quoi, ces hutus sont contraints à travailler sans rémunération pour des tutsis. Cet esclavagisme des temps modernes, par le biais d’une justice gracieuse a été rendu public par le Premier Ministre du Major BUYOYA, Firmin NDIMIRA, quand il écrit à son Ministre de l’Intérieur, le Colonel Epitace BAYAGANAKANDI, pour lui demander d’arrêter de forcer des gens à vendre leurs biens « afin d’éviter des règlements de compte qui risquent à la longue de produire une crise sociale dans le pays. Des gens vendent leurs propriétés à des prix dérisoires pour pouvoir s’acquitter de leurs dettes. Ils ne peuvent donc plus produire pour assurer leur survie », peut-on lire dans un communiqué de BURUNDI-BUREAU. Le même communiqué rapporte que le 27 avril 1998, le Ministre de l’Intérieur a demandé aux gouverneurs de province de « veiller à ce que le recours à la justice gracieuse ne soit une source de spoliation, d’injustice et de nouveaux conflits sociaux (…) d’imaginer d’autres formules de remboursement ». Mais, souligne BURUNDI-BUREAU, «Il aura fallu deux ans pour que le gouvernement du Major BUYOYA se rende compte que sa politique d’auto-dédommagement pratiquée par son administration à la base était non seulement mauvaise pour la population hutu qui en est victime, mais comporte également des risques pour les Tutsis qui en profitent

30. BURUNDI-BUREAU répercute ainsi les inquiétudes déjà exprimées par le Président de l’Assemblée Nationale élargie, l’Honorable Léonce NGENDAKUMANA, dans son discours d’ouverture de la session ordinaire d’octobre 1997, quand il dit : «Des rapports parviennent à l'Assemblée Nationale comme quoi il y a tendance manifeste pour l'administration locale de protéger les biens d'un seul groupe social. Des cas ont été enregistrés où on oblige des villages entiers à rembourser et à reconstruire uniquement les biens d'un même groupe social, détruits durant cette crise. Une telle politique ne fait que renforcer les frustrations existantes et risque de conduire à une explosion sociale qu'aucune institution de l'Etat ne pourra maîtriser » [79] . Mais bien avant lui, Monseigneur Simon NTAMWANA, Archevêque de Gitega, avait dénoncé et condamné ces procédures judicieuses en des termes très durs quand il dit: « Les personnes vivent la terreur des armes particulièrement au Nord/Ouest et au Sud du pays. D'autres subissent des exactions de la part de qui prétend les administrer, peu importe son orientation. L'on voit des contrées entières terrorisées par des procédures judiciaires qui se rangent loin de la loi et du traitement égal des populations. Ces procédures ont très peu de judiciaire ; elles frisent l'irrationnel, parce qu'inspirées souvent par l'instinct de l'autodéfense et de la vengeance. Au milieu de la population, on entend des accusations qui quintuplent ou découplent même la valeur réclamée! Devant l'oeil complaisant du responsable les poursuites se font dans une direction, comme si les coupables des tueries, des pillages et des destructions n'étaient que d'un côté! Tout cela ne fait que creuser davantage le fossé de la haine! Et la haine tue! Tout cela provoque également la peur, les fuites, surtout des hommes » [80]

31. Comme pour les autres années, l’année 1998 se termine sur des cris de détresse et de désolation. Dans son dossier d’analyse n° 04 du 3 décembre 1998, BURUNDI-BUREAU  revient sur la question des camps de regroupement et parle d’une « catastrophe humanitaire » en évoquant ces « couloirs de désolation, d'humiliation et de la mort », tandis que le rapport d’AMNESTY INTERNATIONAL, du 19 novembre 1998 parle « des conditions de vie toujours  affligeantes  dans les camps, de nombreux cas de maladie et de malnutrition et des centaines de femmes, de jeunes filles et d'enfants, dont certaines de moins de 10 ans qui ont été violées » [81]  

32. Si l’année 1999 a été un succès diplomatique pour le Major BUYOYA, car correspondant à la suspension de l’embargo imposé le 31 juillet 1996 par les chefs d’Etats de la sous région au gouvernement de facto de Bujumbura, à l’occasion du sommet régional d’Arusha, en représailles à sa prise du pouvoir par les armes, en revanche elle a été catastrophique sur le plan humanitaire. Comme le note bien à propos BURUNDI-BUREAU dans son dossier d’analyse n°33, le Major BUYOYA « n’a rien donné en retour » [82] . Résultat des pressions conjuguées de l’Union Européenne et du Conseil de sécurité, la levée de cet embargo, le 23 janvier 1999, servira désormais, et en quelque sorte, au Major BUYOYA et à son armée de « certificat international de bonnes mœurs », une licence en somme. Depuis en effet, il y a eu intensification de la violation des droits de l’homme, en particulier sur des populations civiles, en particuliers des populations hutues [83]  : des massacres et des déplacements massifs de plusieurs milliers de hutus ; des emprisonnements arbitraires sans jugements ; des parodies de justices aboutissant à la spoliation des paysans hutus par le biais d’une justice gracieuse ; des centaines de citoyens innocents contraints à l’errance ou à l’exil ; une militarisation à outrance de la jeunesse burundaise ; une extorsion d’un effort de guerre à une population déjà exsangue ; la vente forcée des propriétés à des prix dérisoires pour s’acquitter des dettes elles mêmes imposées ; des travaux forcés ; des viols des femmes et des jeunes filles par des militaires atteints de maladies sexuellement transmissibles dont le SIDA ; l’emploi des mines anti-personnelles autours des camps des regroupés [84] .

33. Au cours du mois de septembre, pour les mêmes raisons qu’ailleurs dans le pays, c’est-à-dire « la nécessité de couper les vivres et les bases aux rebelles hutus », la province de Bujumbura rural fut saignée, au propre comme au figuré, à l’initiative du Ministre de la défense, le Colonel Alfred NKURUNZIZA. Cet ancien trafiquant d’armes converti en un honorable Ministre de la Défense [85] annonça dès le départ l’intention de l’armée de ne pas faire dans les détails quand il dit « Nous demandons à la population de se séparer des rebelles. Ceux qui ne le feront pas auront pris des risques réels pour leur vie ». Parallèlement, il donna l’ordre à l’AMT « de considérer les journalistes comme ennemis s’ils entrent dans la province de Bujumbura rural ». S’adressant en Kirundi à ses commandants, le 9 septembre 1999, le Ministre de la défense visait plus particulièrement la Radio France International (RFI), soulignant que « lorsque vous voyez des journalistes ici, considérez-les comme ennemis, comme des rebelles » à abattre sans sommation [86] .   En deux semaines, près de 300.000 personnes furent chassées de leur village respectif et regroupées de force dans des sites dits de « protection ». IRIN du 25 septembre au 1er octobre 1999 fait état de 260.000 villageois de Bujumbura rural qui ont été regroupés dans une trentaine de sites sur huit à dix communes, selon l’Office de Coordination de l’Assistance Humanitaire (OCHA) des Nations Unies. Cela élève le nombre de personnes déplacées dans la province à 320.000, soit 75 pour cent de la population. Le nombre global de déplacés sur l’ensemble du pays dépasse 800.000, soit 13 pour cent de la population nationale, selon un rapport de l’OCHA, cité par IRIN. Selon le Major Balthazar NTAMAHUNGIRO, l’armée a décidé de déplacer « sur des sites protégés » [87] les populations  dispersées de cette zone montagneuse pour qu’il n y’ait pas de victimes parmi les civils quand l’armée pourchasse les rebelles. Mais selon un diplomate occidental à Bujumbura cité par l’AFP du 25 septembre, cette tactique vise plutôt à éviter que ces villageois puissent cacher des rebelles ou les aider. Selon un administrateur local repris par l’AFP, « Il y a des personnes qui étaient malades quand elles ont été forcées d’aller dans les sites, des femmes ont fait fausses couches, des enfants sont morts de faim ou de soif. Ces personnes sont restées environ une semaine sans aide ni assistance », les organisations humanitaires n’ayant pas prévu une catastrophe humanitaire pareille » [88] .

34. La revue de la presse de cette période montre que cette politique de regroupements des populations hutues de Bujumbura rural a soulevé un tollé de protestation. Le 19 octobre 1999, le Réseau International pour la Paix et les Droits de l’Homme au Burundi (R.I.B.), composé de 18 organisations non gouvernementales implantées dans différents pays d'Europe, d'Afrique et de l'Amérique du Nord, engagées envers la démocratie et les droits de l'homme au Burundi, demandait au Secrétaire Général de l'ONU" de saisir le Conseil de Sécurité pour qu'il inscrive urgemment à l'ordre du jour la question du Burundi, dans le but:: d'exiger du gouvernement en place au Burundi le démantèlement immédiat des camps de regroupement forcé. 320.000 personnes vivent et meurent dans ces camps dans des conditions absolument inhumaines, et seulement dans la province de Bujumbura rural. Par ces camps de regroupements forcés dans tout le pays, le gouvernement est entrain d'exécuter un génocide à compte-gouttes de la population hutue [89] .

35. Au terme de sa première mission de 2 semaines au Burundi, le rapporteur spécial, Marie-Thérèse KEITA, évoqua dans une conférence de presse du 25 octobre 1999 à Genève « la généralisation des violations des droits de l’homme » au Burundi. « Tueries, nombreux assassinats, exécutions arbitraires, déplacements forcés de population vers des sites dits de « protection », les populations civiles subissent tour à tour les agressions des agents de l’Etat et des rebelles ». Elle reviendra sur les regroupements forcés des populations de Bujumbura rural du mois de septembre 1999, dans son premier rapport du 25 février 2000, pour dire que des civils non armés ont été tués par l’armée  qui a organisé ces regroupements. Même si, selon certains commentateurs, elle reste en deçà de ce qu’elle avait déclaré dans sa conférence du 25 octobre 1999, Marie-Thérèse KEITA stigmatisa en termes claires la politique des regroupements forcés : « Ce regroupement n’a pas seulement violé le droit de circuler et de choisir librement  sa résidence, mais aussi les droits économiques, sociaux et culturels. Les camps manquent d’infrastructures nécessaires alors que, dans la plupart des cas, la population est obligée de quitter les maisons sans préavis » [90] .

36. Comme pour son prédécesseur PINHEIRO, le gouvernement du major BUYOYA ne manqua pas d’utiliser l'arme de l'intimidation et du chantage, et disqualifia son rapport, déclarant que "les allégations du rapporteur spécial de l’ONU sur les droits de l’homme au Burundi à l’issu de sa visite pèchent par l’excès et l’inexactitude dans l’établissement des faits et des responsabilités". Le gouvernement affirma que "Madame Marie Thérèse Keita se contente de faire un monitoring partial et partiel des faits et des responsabilités en s’en prenant au gouvernement et à ses agents..." Par cette stratégie du dénigrement et de l’intimidation, le gouvernement entendait amener le rapporteur spécial  à se faire son ambassadeur en prenant à son compte les communiqué de presse du gouvernement, comme ce fut le cas pour Paulo Sérgio PINHEIRO avant qu’il ne soit contraint à quitter définitivement le Burundi par un accident de roulage [91] .

37. Au cours du mois de novembre les messages de protestation ont continué à fuser de toute part. Le 3 novembre, le pape Jean Paul II a lancé un  appel en faveur des populations des populations du Burundi, victimes des violences, insistant « sur la nécessité urgente d’aider les familles à revenir sur leurs terres, de garantir un accès libre et sûr aux organisations humanitaires dans toutes les zones, ainsi qu’une distribution équitable des aides ». Le Pape ajoutait que « ce n’est pas par les déplacements forcés des populations, ni par la violence et la lutte armée que l’on prépare l’avenir d’un pays », et que « en agissant de telle sorte, on ne peut pas espérer l’intérêt bienveillant de la communauté internationale » [92] . De son côté, l’agence des Nations Unies -FAO- mettait, le 5 novembre, en garde contre des risques de famine au Burundi, estimant que « la situation alimentaire et sanitaire » des personnes regroupées dans les « camps de protection » créés par l’armée burundaise est « inquiétante » notamment dans la province de Bujumbura rurale, où « près de 73% de la population est déplacée » [93] . De son côté, MSF annonçait  le 18 novembre qu’il suspendait ses activités dans les nouveaux camps de regroupés, reprochant notamment aux autorités et à l’armée « une limitation d’accès aux sites, dans le temps et l’espace », et affirmant que « les conditions actuelles de regroupement privent les populations de leurs droits les plus élémentaires et sont contraires aux principes de la charte que l’association (MSF) défend ». « Dans ce contexte, nos interventions ont peu d’impact pour améliorer l’état de santé de ces populations », poursuit le communiqué en concluant toutefois que « MSF maintient ses programmes dans l’ensemble du territoire et reste disponible à répondre aux urgences à caractère épidémiques » dans la cinquantaine de camps de Bujumbura rural [94] .

38. Le 1er décembre, le sommet régional sur le Burundi, à l’occasion duquel Nelson MANDELA avait été désigné comme nouveau facilitateur du processus de paix au Burundi après la mort de Mwalimu Julius NYERERE, a   "exprimé sa déception" de constater que le gouvernement a poursuivi sa politique de camps regroupements pour contenir la population civile, malgré son engagement à démanteler les camps existants, et a redemandé à Bujumbura de "démanteler immédiatement tous les camps de regroupement." [95] Mais plutôt que de céder à la pression de ses homologues, le Major BUYOYA est monté au créneau pour rejeter les critiques exprimées par les chefs d’Etat de la région. Lors d’une conférence de presse donnée à Arusha, le 2 décembre 1999, il a déclaré que les camps étaient "un problème de gestion de la situation dans le pays... qui ne doit pas être discuté dans le cadre du processus de paix », pouvait-on lire dans IRIN. Pourtant, poursuit ce bulletin de l’OCHA, le gouvernement a contraint des centaines de milliers de civils à s'installer dans des camps de regroupement, dans lesquelles les conditions humanitaires seraient déplorables et qui ont été fermement condamnés par la communauté internationale [96] .

39. Le 10 décembre 1999, les partis politiques et mouvements armés membres du Groupe G7 aux négociations d'Arusha écrivaient au Président du Conseil de Sécurité des nations Unies et au Secrétaire Général de l'ONU pour les alerter " sur le génocide et d'autres crimes contre l'humanité que le groupe ethnique hutu du Burundi est entrain de subir de la part de l'oligarchie politico-militaire qui a renversé les institutions démocratiques élues en juin 1993, laquelle oligarchie est actuellement représentée par le gouvernement du major Buyoya". Poursuivant leur lettre, les signataires de la lettre écrivaient: " Nous joignons notre voix à celles de plusieurs personnalités et organisations gouvernementales ou non gouvernementales, notamment les Prix Nobel de la paix, Amnesty International et Médecins Sans Frontières, pour rappeler la responsabilité de votre Institution dans le maintien de la paix et la sécurité dans le monde, eu égard à l'intention, la planification et la purification ethnique et l'élimination physique des populations hutu habitant spécialement autour de Bujumbura, la Capitale du Burundi." La lettre rappelle que " la politique de déplacement forcé ou d'enfermement de populations dans des camps de concentration constitue en elle-même un crime contre l'humanité qui interpelle la responsabilité de votre institution." En conclusion, les signataires de la dite lettre demandent l'ONU " aille, comme elle l'a fait ailleurs, au-delà de la simple condamnation verbale et prenne des mesures appropriées pour arrêter immédiatement ce génocide qui se commet " sous les yeux d