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Pourquoi le Rwanda condamne le
Burundi
21 AOÛT
1996 (COLETTE BRAECKMAN)
LE SOIR
Contre toute attente, Kigali a condamne le putsch
burundais et contribué à l'isolement du nouveau régime.
Explication.
KIGALI
De notre envoyée spéciale
Exception faite des relations particulières entretenues
avec l'Ouganda, le Rwarida se sentaitjusqu'à présent isolé dans la région des
Grands Lacs, mal compris, voim re menacé. L'embargo décrété contre le Burundi,
son faux jumeau, a paradoxalement rapproché Kigali de ses voisins et la visite
du Premier ministre zà~ rois Kengo Wa Dondo, attendu ce mercredi, suscite
beaucoup d'espoir.
Camions bloqués, liaisons aériennes suspendues, frontières fermées: le Rwanda ne
se contente pas d'appliquer avec sérieux l'embargo décrété contre le Burundi, il
le fait avec une conviction qui fait voler en éclats la fameuse thèse de la
solidarité entre « les régimes tutsis».
Si, dans un premier temps, le vice-président Kagame avait, depuis les
Etats-Unis, estimé que l'application du blocus était peut-être prématurée, cette
fois, l'unanimité s'est faite autour des mesures décidées par le présiderit
Bizimungu et par le ministre des Affaires étrangères Anastase Gasana, et le
Rwanda surveille de près le trafic frontalier avec son voisin.
Pourquoi une telle intransigeance? Tout d'abord par réalisme. si le Rwanda
n'avait pas suivi le mouvement, il prenait le risque d'être lui-même coupé du
monde, frappé du même ostracisme que son voisin, car le Kenya et la Tanzanie,
sous l'influence des extrémistes hutus qu'ils abritent en grand nombre, auraient
pu être tentés de fermer leurs frontières. Kigali n'avait donc pas les moyens de
faire cavalier seul.
D'autres raisons ont cependant joué:
ici, qu'il s'agisse des Hutus ou des Tutsis, il est clair
que Buyoya n'a pas convaincu. Nul ne croit que l'assassinat du président Ndadaye
ait pu être préparé sans qu'il y soit mêlé, ses engagements actuels sont jugés
peu clairs, l'ombre des putschistes de 1993 pèse sur son équipe. En outre, les
Rwandais n'ont pas manqué de relever qu'avant de prendre le pouvoir Buyoya s'est
rendu en consultation à Gbadolite où il s'est entretenu avec le président Mobutu
vers lequel il a également envoyé par la suite son chef d'état
major, Bikomagu, dont le nom est
cité dans le rapport d'enquête des Nations unies.
Si la suspicion des Hutus, leur désapprobation face au renversement d'un
président hutu est compréhensible, les réactions de membres éminents du FPR sont
à première vue plus surprenantes. Un putsch n'est jamais une solution, affirme
Denis Polici, ancien ambassadeur à Bruxelles, qui dénonce le radicalisme sinon
le racisme des Burundais.
On aurait pu croire cependant que les réfugiés rwandais rentrés du Burundi
allaient condamner l'embargo qui frappe leur ancien pays d'accueil et s'efforcer
de le briser. En réalité, c'est le contraire qui se produit: de nombreux
réfugiés rappellent qu'au Burundi eux aussi ont dû subir des discriminations de
la part des extrémistes tutsis. A l'instar des Hutus, ils
se souviennent d'avoir été souvent bloqués dans leurs études, d'avoir été
considérés comme des citoyens de seconde zone. Ils sont amers, au contraire des
rapatriés du Zaïre qui parlent avec chaleur de leur
deuxième patrie.
Des rescapés quant à eux rappellent qu'alors qu'ils se faisaient massacrer sur
la frontière burundaise, au sud de Butare, l'armée
«tutsi» du pays voisin demeura l'arme au pied, sans rien tenter pour desserrer
l'étau, et que, pire encore, elle n'intervint pas pour empêcher les paysans
hutus du Burundi d'achever les survivants qui avaient miraculeusement réussi à
franchir la frontière! Dans la presse cependant, le journal « Rwanda libération
» voit dans la prise de pouvoir de Buyoya le signe d'un retour à la normale.
COLLABORATION ENTRE TUTSIS?
Sur le plan militaire, la fameuse collaboration entre les «armées tutsis- des
deux pays face aux assaillants hutus qui combattent de concert est-elle une
réalité? Dans les milieux hutus de Kigali, on en est persuadé, ajoutant même que
l'armée rwandaise n'hésite pas à franchir la frontière pour commettre des exac-
le dangereux cycle des provocations dans le pays voisin ou pour tions et des
représailles dans attaquer les camps de réfugiés. lequel le Burundi s'était
enfermé Dans les milieux militaires, par jusqu'à la prise de pouvoir de contre,
on marque les plus nettes réserves à l'égard des Burundais.
C'est ainsi que le général Kagame a déjà dénoncé à plusieurs reprises le fait
que les milices tutsis de Bujumbura aient recruté et payé (en dollars!)
plusieurs centaines de déserteurs de l'armée populaire rwandaise qu'il se
préparait à châtier pour mauvaise conduite, tandis que des officiers relèvent
avec ironie que des « stagiaires » burundais, envoyés au Rwanda pour apprendre
la guérilla et la contre guérilla, ont déclaré forfait au bout de quelques
semaines. Ils sont trop habitués à se battre en voiture, alors que, nous, c'est
à pied que nous avons remporté la guerre...
Quel conseil les Rwandais donnent -ils à leurs voisins du
Burundi? A l'instar du président Nyerere, ils préconisent l'ouverture politique
sinon la négociation avec Léonard Nyangoma qui dirige les
assaillants hutus. Dangereux conseil qui pourrait un jour être renvoyé au Rwanda
lui- même à l'heure où les
infiltrations se multiplient depuis le Zaire, et où
s'enclenche ici aussi
COLETTE BRAECKMAN
Le major Buyoya révoque le colonel Bikomagu
Pierre Buyoya, nouvel homme fort du Burundi, a limogé, mardi, les principaux
responsables militaires. Son porte-parole a annoncé la révocation du chef
d'état-major des armées, le très puissant colonel Jean Bikomagu, du patron de la
gendarmerie, le colonel Pascal Simbanduko, et du chef de la sécurité
présidentielle, le colonel Gédéon Fyiroko. Ils sont remplacés respectivement par
les lieutenants-colonels Vincent Niyungeko, Georges Muhorako et Alfred
Ngurunziza, tous Tutsis. Le limogeage de ces trois officiers pourrait être un
geste de bonne volonté du major Pierre Buyoya, les noms du colonel Jean Bikomagu
ainsi que de plusieurs autres officiers supérieurs étant cités dans un rapport
de l'ONU sur l'assassinat en octobre 1993 par l'armée du président Ndadaye. (Rtr.)
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2003
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