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Les pays voisins du
Burundi durcissent le blocus contre les putschistes

MARDI 20 AOÛT
1996 (Jean Hélène)
LE MONDE / AFP
AFRIQUE
Le chef de la junte burundaise, le major
tutsi Pierre Buyoya, a confirmé, samedi 17 août, sa détermination à « faire face
» à l'embargo qu'ont imposé à son pays les pays de la région, auxquels
vient de se joindre la Zambie. LES MINISTRES des affaires étrangères des pays
d'Afrique orientale,réunis samedi à Kampala (Ouganda), ont de nouveau
appelé au rétablissement de l'ordre constitutionnel,avec la « réactivation » du
Parlement et des partis politiques. Ils ont décidé d'interdire leur territoire
aux membres du nouveau pouvoir installé, depuis le 25 juillet, à Bujumbura, à
l'issue d'un putsch. LES OPPOSANTS HUTUS n'ont pas exclu, pour leur
part, la formation d'un gouvernement en exil tandis que le Conseil de sécurité
de l'ONU: s'apprêterait à entendre les responsables des ailes modérées des deux
principales ethnies.
Les pays voisins du Burundi
durcissent le blocus contre les putschistes
Réunis samedi 17 août à Kampala
(Ouganda), les ministres des affaires étrangères des pays d'Afrique orientale
continuent d'exiger le retour à l'ordre constitutionnel à Bujumbura. Les
opposants hutus évoquent, de leur côté, l'idée de constituer un gouvernement en
exil
NAIROBI , de notre correspondant
en Afrique de l'Est
Malgré des déclarations conciliantes du major Pierre Buyoya, les voisins du
Burundi continuent de durcir leur position pour obtenir le « retour à l'ordre
constitutionnel ». Au moment où le chef de la junte se dit prêt à négocier avec
la rébellion hutue à condition qu'elle dépose les armes, et évoque la mise en
place d'un Parlement de transition, les ministres des affaires étrangères des
pays d'Afrique orientale, réunis, vendredi 16 août à Kampala, en Ouganda, ont
décidé d'interdire l'entrée de leur territoire aux membres du nouveau pouvoir
issu du putsch du 25 juillet.
La Zambie, qui exploite une liaison maritime avec le Burundi sur le lac
Tanganyika, a décidé de se joindre à l'embargo, emboîtant le pas à la Tanzanie,
au Kenya, à l'Ouganda, au Zaïre, à l'Ethiopie et au Rwanda. Ces pays ont accepté
toutefois d'exclure des mesures de rétorsion l'aide alimentaire et médicale,
destinée aux quarante-cinq mille Rwandais encore réfugiés au Burundi. Mais les
organisations humanitaires craignent qu'une pénurie de médicaments favorise
l'émergence de graves épidémies alors que s'annonce la saison des pluies. Les
Nations unies ont évacué de Bujumbura, samedi, vingt de leurs employés « non
essentiels », tout en maintenant sur place cent quarante agents.
Recevant, samedi, à Kampala, le président rwandais Pasteur Bizimungu, son
homologue ougandais, Yoweri Museveni, a justifié les sanctions, soulignant la
responsabilité de l'armée burundaise dans les affrontements ethniques qui ont
fait, depuis la tentative de coup d'Etat d'octobre 1993, près de cent cinquante
mille morts. « L'armée n'a rien fait pour défendre le président et prétend
aujourd'hui combler un vide », a-t-il déclaré, faisant référence à
l'assassinat, par des militaires, de Melchior Ndadaye, premier président hutu du
Burundi, en octobre 1993 et au fait que son successeur, Sylvestre Ntibantunganya,
craignant pour sa sécurité, se soit réfugié, le 23 juillet, à la résidence de
l'ambassadeur des Etats-Unis à Bujumbura.
ESSENCE RATIONNÉE
Au Rwanda, où l'essentiel du pouvoir est détenu par l'armée, dominée par la
minorité tutsie comme au Burundi, l'attitude des dirigeants vis-à-vis du régime
de M. Buyoya est plus ambiguë ne serait-ce que parce que les dirigeants de
Kigali ont bénéficié de l'appui des Tutsis du Burundi pendant leurs années de
rébellion, avant de s'emparer de la capitale, en juillet 1994. Les observateurs
s'interrogent sur la réelle volonté du Rwanda, tiraillé entre deux solidarités -
ethnique ou régionale -, à appliquer les sanctions. Le nouveau chef de la
diplomatie burundaise, Luc Rukingama, de retour d'une tournée européenne, s'est
ainsi arrêté, samedi, à Kigali, lors d'une escale d'un vol de la compagnie belge
Sabena, alors qu'au terme de la décision prise, la veille, à Kampala, le
territoire rwandais aurait dû lui être interdit.
A l'image de M. Buyoya qui s'est dit déterminé à «faire face » à l'embargo, la
population de Bujumbura, essentiellement tutsie, reste calme et conserve
l'espoir que cet isolement ne durera pas. On note déjà un début de spéculation
sur l'essence, alors que les autorités ont sévèrement rationné le carburant: 20
litres par mois, sauf pour les ministres qui ont droit à 50 litres, ce qui leur
permet tout juste de se rendre au bureau une fois pas jour. Et ce lundi devait
débuter la nouvelle journée de travail en continu -de 8 heures à 16 heures -
pour éviter aux fonctionnaires de rentrer chez eux à la pause de midi.
RÉSISTANCES
Le président déchu, Sylvestre Ntibantunganya, a réaffirmé sa propre légitimité
ainsi que celle du Parlement dissous dont les voisins du Burundi exigent qu'il
soit « réactivé ». Pour sa part, M. Buyoya a avertit les ambassades occidentales
qui accueillent des personnalités de l'ancien régime qu'« elles ne devaient pas
devenir des lieux de résistance politique ».
Le Front pour la démocratie au Burundi (Frodebu), le principal parti hutu, se
mobilise: son président, jean Minani, n'a pas exclu la formation d'un
gouvernement en exil: un de ses responsables a déclaré que, « malgré le discours
lénifiant du major Buyoya, la pacification n'a pas eu lieu et les massacres
continuent de plus belle », affirmant que cinq mille civils hutus ont été tués
depuis le coup d'Etat, ce qu'a catégoriquement démenti le porte parole de
l'armée.
Selon nos informations, le Conseil de sécurité de l'ONU s'apprêterait à entendre
des représentants du Frodebu ainsi que des membres - modérés - de l'Unité pour
le progrès national (Uprona), le principal parti à dominante tutsie, notamment
Adrien Sibomana, un Hutu, ancien premier ministre du président Buyoya de 1989 à
1993, et Anatole Kanyenkiko, un Tutsi, premier ministre de 1994 à 1995.
jean Hélène
Le major Pierre Buyoya a commenté, samedi 17 août, le rapport de l'ONU
sur la tentative de putsch d'octobre 1993 et les massacres qui avaient suivi. Ce
rapport, publié mercredi, évoque la responsabilité du chef d'état-major de
l'armée burundaise, le colonel jean Bikomagu, et celle « d'officiers haut placés
». « C'est une bonne chose que la commission d'enquête ait établi un certain
nombre défaits et de conclusions, a indiqué le chef de la junte. Il faut traiter
le rapport calmement. Des aspects nécessitent des décisions, administratives,
politiques, ou des poursuites judiciaires. » - (AFP)
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2003
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